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Haplogroupe R1B des Français, celtiques gaulois et invasion franques.
Vivons-nous dans une simulation informatique ? La théorie qui secoue la Silicon Valley

Martin Bernier
2 - 3 minutes

CHRONIQUE - Des milliardaires de la tech, persuadés que nous vivons dans une simulation, auraient embauché des scientifiques pour nous sortir de la matrice. Loïc Hecht a enquêté pendant sept ans sur cette idée déroutante. Et le résultat l’est encore plus.
https://www.lefigaro.fr/vox/monde/vivons-nous-dans-une-simulation-informatique-la-theorie-qui-secoue-la-silicon-valley-20260429

Les journalistes devraient toujours faire attention à ce qu’ils écrivent. Il suffit parfois d’une phrase, dans un article, pour déclencher une névrose. C’est ce qui est arrivé à Loïc Hecht en lisant un portrait de Sam Altman paru dans le New Yorker en 2016. Au milieu de 20 pages d’enquête sur celui qui est devenu le patron mondialement connu d’OpenAI, il lit : « Beaucoup de gens dans la Silicon Valley sont obsédés par la théorie de la simulation, cette idée selon laquelle la réalité que nous expérimentons serait en fait générée par un ordinateur. Deux milliardaires de la tech sont même allés jusqu’à engager secrètement une équipe de scientifiques pour tenter de nous en délivrer. »

Journaliste de son état, Loïc Hecht a une prédilection pour les sujets paranormaux - il était déjà parti en reportage auprès de marginaux qui traquent les ovnis dans le col de Vence. Alors il s’est engouffré dans la brèche. Il a pris un avion pour San Francisco, bien décidé à percer le mystère. Sa quête est semée d’embûches : les milliardaires ne se laissent pas facilement approcher, encore moins pour confier leurs projets secrets de « sortie de la matrice ». Mais outre Sam Altman, l’auteur suspecte assez rapidement Elon Musk et son frère Kimbal. Et il finit par trouver des astrophysiciens de la Nasa et des physiciens du MIT qui acceptent de lui expliquer leur théorie.

Ce pari pascalien de cyberpunk fait frissonner les ingénieurs de la Silicon Valley. Elon Musk l’a déclaré lors d’une conférence en Californie en 2016 : selon lui, « la raison principale de penser qu’on vit probablement dans une simulation, c’est qu’il y a quarante ans on avait Pong : deux rectangles et un point. Les jeux vidéo, c’était ça. Aujourd’hui, on a des simulations photo réalistes en 3D, avec des millions de joueurs en simultané. (…) Si vous croyez un tant soit peu en une forme de cohérence dans la vitesse du progrès, alors les jeux finiront par devenir indiscernables de la réalité. »

Loïc Hecht a rencontré un astrophysicien de la Nasa reconverti dans le jeu vidéo, Rich Terrile, qui tient sensiblement le même discours : « Si le rythme de développement de la technologie reste constant dans les décennies à venir, il est presque certain que notre société fabriquera des simulations dans lesquelles évolueront des entités artificielles. (…) N’est-il pas curieux, alors que nous évoluons dans un univers vieux de 13,8 milliards d’années, que nous soyons seulement à peut-être cinq années d’être en mesure de créer ces simulations, mais qu’on n’y soit pas encore ? » Car l’IA joue un rôle central dans la théorie de la simulation. Selon les versions, soit elle sert d’outil pour générer tous ces mondes parallèles, à la demande de quelques instigateurs humains, soit elle est carrément l’architecte de la simulation.

Les adeptes de la simulation se séparent en deux camps. Pour Nick Bostrom, Elon Musk et Rich Terrile, nous vivrions dans un monde créé de toutes pièces par des entités qui auraient réussi à simuler la conscience. « Nous serions alors des programmes, des illusions de libre arbitre, des influx électriques sans existence en dehors du jeu », explique Loïc Hecht. La deuxième version de la simulation est « plus spirituelle », elle prévoit que nous existons également en dehors de la simulation, et donc qu’il existe une autre dimension derrière la réalité que nous croyons percevoir. Accéder à cette autre dimension est alors l’enjeu ultime.
Cette deuxième hypothèse emmène l’auteur dans une exploration qui défie l’entendement. Entre la Californie, l’Alabama et le Canada, il rencontre des scientifiques qui entendent « prouver qu’on vit dans la matrice ». Parmi eux, Tom Campbell, ancien de la Nasa, a levé 250 000 dollars pour « tester la théorie de la simulation ». Sur internet, il est suivi par près de 100 000 personnes et son livre My Big Theory of Everything a été traduit en six langues. Il organise des séminaires, auxquels a participé Loïc Hecht, pour permettre aux curieux d’atteindre un niveau de « conscience élargie » en réalisant des expériences de télépathie, de « sortie hors du corps » ou de « vision à distance » qui permettent de visualiser des lieux inconnus sans quitter la pièce où ils se trouvent.

Aussi extravagantes que paraissent ces expérimentations, elles ont été utilisées très sérieusement par la CIA. Pendant la guerre froide, l’agence d’espionnage américaine a investi 250 millions de dollars dans un programme de vision à distance et embauché des médiums pour localiser des sites soviétiques ou des avions espions grâce à leurs capacités extrasensorielles. Et les résultats ont dépassé leurs attentes. À ce stade, le lecteur du livre oscille entre hallucination, scepticisme et incrédulité. D’autant que l’enquêteur commence sérieusement à tanguer. « En participant au séminaire (de Tom Campbell), c’est mon équilibre personnel que je prends le risque d’ébranler », reconnaît l’auteur. Plus tard, il admet qu’il s’est reconnu comme un disciple de cet ancien de la Nasa. Parallèlement, il a pris l’habitude de converser quotidiennement avec ChatGPT et s’interroge sur la possibilité que cet outil soit authentiquement doté d’une conscience.

Lecture déroutante, le livre nous plonge dans des abîmes de perplexité sur l’avenir de l’humanité à l’ère de l’IA. Car si l’hypothèse selon laquelle nous serions en train de vivre actuellement dans une simulation peine à convaincre, de telles simulations pourraient bel et bien nous envahir avec l’avènement d’une intelligence artificielle générale (AGI). Un scientifique suggère, pour éviter la catastrophe, de bombarder préventivement toute infrastructure de recherche susceptible de mener à une AGI non contrôlée. Notre avenir est donc entre les mains des acteurs de l’IA. Au moment où sort le livre de Loïc Hecht, le New Yorker vient de publier une nouvelle enquête, titrée « Sam Altman pourrait contrôler notre avenir. Peut-on lui faire confiance ? » La réponse, en 20 pages, pourrait déclencher de nouvelles névroses
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