“ […] Produit de l’hyper-narcissisme mondialisé, [le corps] est proposé par l’industrie du loisir au consommateur, devant qui s’ouvre la gamme des nouveaux culs, des cuisses inédites, autant artificiels qu’humains, fabriqués avec du fitness, des anabolisants et des bistouris. Les filles, par une sorte d’obligation morale et professionnelle, ne cachent pas qu’elles ont toutes été ‘améliorées’ par la chirurgie plastique - de cette plastique globalisée qui a fait du corps un cliché.
“ A part les seins, le nez, la bouche, j’ai rien refait, a pu dire naïvement Jessica (…) Le principal, a t-elle ajouté drôlement, c’est que je sois authentique à moi-même.” L’authenticité à soi-même, c’est, par une sorte d’auto-réification, la possibilité de choisir ses yeux, son nez, sa poitrine et ses jambes sur catalogue. Jessica a obtenu un corps fondé sur les critères de l’économie marchande, puisque le seul produit que peut fabriquer et vendre cette jeune femme, c’est son corps.
Les garçons ne sont pas en reste, avec leurs bustes sculptés, leurs bras veinés, leurs abdos dessinés à l’équerre et au compas. Les sportifs d’autrefois, les Spanghero, Bouttier et Tabarly, même rompus aux efforts physiques les plus soutenus, n’avaient pas la morphologie des candidats de ces émissions - c’est leur anatomie toute entière que l’effort physique développait avec naturel. C’est que leur corps n’était pas à vendre.
Greg, déjà évoqué, pris dans un ambigu lyrisme amoureux, a pu dire un jour :
- “ Maeva, tu fais du M, tu mets du S, on dirait un rôti. Et comme t’es toute refaite, on dirait t’es une escalope en plastique ! T’as un menton on dirait un coude ! ”
Greg a raison. Le devenir-rôti, c’est la possibilité d’un corps en plastique, en kit, où l’on se choisit un menton, où l’on se fait injecter du Botox dans les pommettes et de la graisse dans les fesses - puisque c’est la tendance, à la Kim Kardashian, peut-être par tropisme africain et nécessité twerkeuse.
Le candidat de télé-réalité, ce stade terminal de l’insatisfaction narcissique, cet haltère-ego, se cherche une identité. Déconstruit, il se reconstruit : né à Marseille, il s’installe à Dubaï ; imparfait, il se fait liposucer ; inculte, il est envahi de stéréotypes. Il n’est rien, sinon un corps - un corps-machine, l’avant-garde de l’homme-marchandise. Sur son tapis de course, il court dans le vide, comme un canard sans tête : le vieux corps est derrière lui.”
Bruno Lafourcade (Nos figures, éléments n°190)
“ A part les seins, le nez, la bouche, j’ai rien refait, a pu dire naïvement Jessica (…) Le principal, a t-elle ajouté drôlement, c’est que je sois authentique à moi-même.” L’authenticité à soi-même, c’est, par une sorte d’auto-réification, la possibilité de choisir ses yeux, son nez, sa poitrine et ses jambes sur catalogue. Jessica a obtenu un corps fondé sur les critères de l’économie marchande, puisque le seul produit que peut fabriquer et vendre cette jeune femme, c’est son corps.
Les garçons ne sont pas en reste, avec leurs bustes sculptés, leurs bras veinés, leurs abdos dessinés à l’équerre et au compas. Les sportifs d’autrefois, les Spanghero, Bouttier et Tabarly, même rompus aux efforts physiques les plus soutenus, n’avaient pas la morphologie des candidats de ces émissions - c’est leur anatomie toute entière que l’effort physique développait avec naturel. C’est que leur corps n’était pas à vendre.
Greg, déjà évoqué, pris dans un ambigu lyrisme amoureux, a pu dire un jour :
- “ Maeva, tu fais du M, tu mets du S, on dirait un rôti. Et comme t’es toute refaite, on dirait t’es une escalope en plastique ! T’as un menton on dirait un coude ! ”
Greg a raison. Le devenir-rôti, c’est la possibilité d’un corps en plastique, en kit, où l’on se choisit un menton, où l’on se fait injecter du Botox dans les pommettes et de la graisse dans les fesses - puisque c’est la tendance, à la Kim Kardashian, peut-être par tropisme africain et nécessité twerkeuse.
Le candidat de télé-réalité, ce stade terminal de l’insatisfaction narcissique, cet haltère-ego, se cherche une identité. Déconstruit, il se reconstruit : né à Marseille, il s’installe à Dubaï ; imparfait, il se fait liposucer ; inculte, il est envahi de stéréotypes. Il n’est rien, sinon un corps - un corps-machine, l’avant-garde de l’homme-marchandise. Sur son tapis de course, il court dans le vide, comme un canard sans tête : le vieux corps est derrière lui.”
Bruno Lafourcade (Nos figures, éléments n°190)
“ Je tiens la civilisation pour le grand fossoyeur de l’humanité, déclara t-il avec emphase. Le civilisé vit certes plus longtemps qu’auparavant, mais dans quel état ! Coupé de la nature et de ses instincts, il a perdu son énergie vitale et végète dans les villes pestilentielles et bruyantes, névrosé, faible, débile, aveuglé de lumière électrique, décérébré d’informatique, abruti de viande, de vin, de chimie, de travail absurde et de loisirs infantilisants, bercé par le rythme infernal de l’accumulation sans fin, baignant dans une orgie de science dont il se délecte sans même savoir pourquoi, et tout cela pour le plus grand profit des exploiteurs et des vandales gouvernementaux ! L’État est une prison, camarades ! La société, un asile de fous où la police monte la garde au profit des capitalistes ! La civilisation est consubstantielle à la terreur ! Il reprit son petit panier et se remit à tresser ses lianes de chèvrefeuille.”
Olivier Maulin ~ Le bocage à la nage
Olivier Maulin ~ Le bocage à la nage
“ Nous appelons “ décadence ” le syndrome qui, sauf crise et guérison, doit conduire à la désintégration des sociétés dites civilisées. Elle s’exprime par un nombre croissant de problèmes non résolus et, de ce fait, en voie d’aggravation. Caractéristique la plus frappante : le malade ne veut pas guérir, à en juger par l’attitude des dirigeants. C’est que la décadence est un moyen de gouverner. Pour tenir les forces saines en échec, les “ responsables ” s’appuient systématiquement sur les éléments morbides.”
Gaston-Armand Amaudruz ~ Comment surmonter la décadence
Gaston-Armand Amaudruz ~ Comment surmonter la décadence
"Quand les Français débarquèrent sur nos côtes, le mot Algérie n’existait pas. Notre histoire commence en 1845 comme celle de la France, en tant que peuple, a commencé avec les Capétiens. 1830, en cette terre d’Afrique du Nord, c’est le chaos, deux millions d’esclaves rançonnés par les pillards ou les féodaux, rongés par la syphilis, le trachome, le choléra, la malaria ; des déserts, des marais pestilentiels, plus rien de ce qui avait été la paix romaine."
Bachaga Boualam, Mon pays la France (1963)
Bachaga Boualam, Mon pays la France (1963)
Statue de Godefroy de Bouillon (derrière, le château de Bouillon, en Belgique).
Godefroy de Bouillon, né vers 1058 et mort le 18 juillet 1100 à Jérusalem, est un chevalier franc, duc de Basse-Lotharingie et duc de Bouillon. Premier souverain du royaume de Jérusalem au terme de la première croisade, il refuse le titre de roi pour celui, plus humble, d'avoué du Saint-Sépulcre.
Godefroy de Bouillon, né vers 1058 et mort le 18 juillet 1100 à Jérusalem, est un chevalier franc, duc de Basse-Lotharingie et duc de Bouillon. Premier souverain du royaume de Jérusalem au terme de la première croisade, il refuse le titre de roi pour celui, plus humble, d'avoué du Saint-Sépulcre.
“ Nous avons été expropriés de notre langue par l’enseignement, de nos chansons par la variété, de nos chairs par la pornographie de masse, de notre ville par la police, de nos amis par le salariat. A cela s’ajoute, en France, le travail féroce et séculaire d’individualisation par un pouvoir d’État qui note, compare, discipline et sépare ses sujets dès le plus jeune âge, qui broie par instinct les solidarités qui lui échappent afin que ne reste que la citoyenneté, la pure appartenance, fantasmatique, à la République. Le Français est plus que tout autre dépossédé, le misérable.”
Le Comité Invisible ~ L’insurrection qui vient
Le Comité Invisible ~ L’insurrection qui vient