Maréchal Pétain
1.6K subscribers
3.2K photos
1.22K videos
130 files
1.4K links
Réhabilitation du Maréchal Pétain
Download Telegram
l'Allemagne un modus vivendi qui permettrait d'alléger - puisque la guerre se prolonge - le poids des conditions d'armistice.
Déjà, au cours des années précédant la guerre, le souhait d'un rapprochement et d'une coopération franco-allemande susceptibles de garantir la paix en Europe a été fréquemment exprimé et l'accord de Munich (30 septembre 1938) a soulagé la majorité de l'opinion. Quelques semaines plus tard, en décembre 1938, les conversations entre Ribbentrop et Georges Bonnet ont confirmé ces espoirs. Les sentiments pacifistes de certains et le pragmatisme d'autres les encouragent alors à souhaiter que l'on enterre la vieille querelle franco- allemande pour laisser le Reich se tourner vers l'est, vers une URSS perçue avant tout comme le vecteur d'une révolution assimilée à un déferlement de barbarie asiatique.
Montoire
Dans la nouvelle donne née de la défaite française, ces perspectives reprennent une actualité certaine même s'il faut tenir compte de deux éléments nouveaux : l'ampleur du désastre militaire et politique que la France vient de subir et le fait qu'Hitler n'a pas 1'intention de faire le moindre cadeau au vaincu (il a beau jeu de rappeler que c'est la France qui lui a déclaré la guerre le 3 septembre 1939) et, d'autre part, l'alliance de fait qui unit à l'époque encore le Führer à Staline. Placés ainsi dans une position très inconfortable, les dirigeants français ne peuvent demeurer pour autant passifs. Ils sont condamnés à prendre des initiatives pour essayer de modifier une situation qui leur est totalement défavorable. C'est en ce sens qu'il convient d'interpréter leur attitude au cours de l'automne de 1940.
On sait que Je mot « collaboration », déjà lancé par Laval le 10 juillet 1940, surgit avec force à l'occasion de la fameuse rencontre de Montoire du 24 octobre 1940. Deux jours plus tôt Laval s'est entretenu avec Hitler qui se rendait à Hendaye pour rencontrer Franco et Serrano Suiier. C'est lui qui a eu l'idée de ce contact direct entre le Maréchal et le chancelier allemand. Un communiqué officiel rend compte, deux jours plus tard, de l'événement : « L'entrevue qui a eu lieu le 24 octobre entre le chancelier Hitler et le maréchal Pétain, en présence de M. von Ribbentrop et de M. Pierre Laval s'est déroulée dans une atmosphère de haute courtoisie. [...] Les deux interlocuteurs se sont mis d'accord sur le principe d'une collaboration. Les modalités en seront examinées ultérieurement. » Hitler avait employé le terme allemand signifiant «travailler ensemble» et c'est l'interprète Schmidt qui a utilisé celui de « collaboration », qui prendra ultérieurement la connotation péjorative que l'on sait. Le 30 octobre, une intervention à la radio du chef de l'État permet aux Français d'en savoir un peu plus : « C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d'occupation. Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l'administration et le ravitaillement du territoire... Cette politique est la mienne. Les ministres ne seront responsables que devant moi. C'est moi seul que l'histoire jugera... »
On comprend les préoccupations exprimées dans ce message. Les Allemands appliquent les conventions d'armistice avec la plus grande rigueur et vont même au-delà, en rattachant par exemple l'Alsace-Lorraine au Reich, en traçant la frontière d'une « zone interdite » dans le nord et l'est du pays, une frontière qui correspond en gros à celle de l'ancien Empire germanique du Moyen Âge, ce qui ne va pas sans susciter des inquiétudes quant à leurs intentions à moyen terme. Ils prélèvent une indemnité destinée à l'entretien des troupes d'occupation en fixant arbitrairement, au désavantage de la France, le cours du mark par rapport au franc. Avec les quatre cents millions que la France doit payer quotidiennement, il y aurait de quoi, dit Weygand, « entretenir dix millions de soldats
français .. . » Le vainqueur profite donc à fond de son triomphe et la France est, de fait, mise en coupe réglée, une partie des indemnités versées servant ensuite au rachat ou à la prise de contrôle d'entreprises françaises.
Illusions volontaires
Si la presse de la zone libre demeure prudente quant à l'interprétation de l'entrevue de Montoire, celle de la zone occupée, qui dépend souvent étroitement de l'autorité allemande, donne à la rencontre une dimension historique et un journaliste de L'Illustration n'hésite pas à écrire que« l'Allemagne a choisi la collaboration avec la France. {...] Le maréchal Pétain, fermement convaincu que le redressement de la France est en fonction directe de son rapprochement avec l'Allemagne, a pensé que ce rapprochement n'était réalisable que s'il était entrepris dès maintenant, quelle que soit l'issue de la guerre avec l'Angleterre et, en liant notre sort, sans arrière-pensée ni réticences, à celui de l'Allemagne. {. .. ] » On peut difficilement mentir ou s'illusionner davantage quant aux intentions réelles des deux interlocuteurs... A l'inverse, l'agence de presse allemande DNB précise, le 30 octobre« qu'aucun accordformel n'a marqué la rencontre du Führer avec les hommes d'État français. On admet que des questions fondamentales pour la position future de la France en Europe ont été abordées, en partant bien entendu du fait que la France est coresponsable de la guerre actuelle, qu'elle a per- due, et dont, pour sa part, elle devra supporter les conséquences... »
Dès le 28 octobre, Hitler se charge d'ailleurs de rassurer Mussolini à Florence, au moment où les Italiens s'apprêtent à se lancer dans leur désastreuse offensive contre la Grèce. Il a du calmer les inquiétudes du Duce, agacé par « cette mauvaise plaisanterie de Montoire ». Quelques jours plus tard, le Maréchal rassure pour sa part Roosevelt, qui s'inquiétait d'éventuels accords franco-allemands à propos de la flotte française : « Mon gouvernement a déclaré que la flotte française ne serait jamais livrée et rien ne peut autoriser le gouvernement américain à mettre en doute aujourd'hui cet engagement solennel... » A certains de ses ministres, inquiets de ce qui a pu être négocié à Montoire, le Maréchal indique, dès son retour, qu'il ne s'est «engagé à rien. Hitler m'a offert de collaborer sans autre précision. Nous ne pouvons pas faire autrement que d'étudier sa proposition. Mais nous suivrons notre politique. Et il faudra être prudent. Collaboration ? Il ne s'agit que d'un principe. En tout cas, elle ne sera jamais militaire, mais tout au plus économique. Il ne faut pas oublier qu'ils sont là... »
Attentisme et prudence sont alors les maîtres mots qui commandent l'attitude du Maréchal. Malgré Mers el-Kébir, il maintient des contacts avec les Anglais, à l'occasion de la « mission » à Londres du professeur Louis Rougier, ou quand il encourage les rencontres du comte de La Baume, ambassadeur à Madrid, avec son homologue anglais Samuel Hoare. Dès le 30 octobre, il confie également à l'ambassadeur du Portugal à Vichy le soin de rassurer Churchill. La teneur du message est claire: il n'y aura pas d'entrée en lutte contre l Angleterre et si la France est attaquée, elle se défendra, mais seule. C'est un message analogue qui est transmis par Weygand au représentant anglais à Tanger. Le 9 novembre, le délégué général du gouvernement en Afrique reçoit une lettre manuscrite du Maréchal, qui cherche sans doute à le rassurer, dans la mesure où Maxime Weygand se méfie par-dessus tout des initiatives de Pierre Laval et demeure convaincu qu'il ne faut pas aller au-delà d'une stricte application des conditions d'armistice. Le chef de l'État s'exprime alors dans les termes suivants : «Il n'a été question à Montoire que d'une collaboration de principe. Aucune modalité n'a été envisagée... Il est probable que cette question de la "collaboration" se reposera un jour. Je ferai en sorte qu'elle ne se pose que sur des considérations d'ordre économique ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d'agression contre l'Angleterre. Je
suis bien résolu à ne m'associer pour cette tâche, ni aux Italiens, ni aux Allemands... Personne ne doit être autorisé à utiliser nos bases aériennes et navales. Nous y veillerons. La situation de notre pays nécessite de maintenir un équilibre prudent entre la collaboration avec l'Allemagne - inévitable sur le plan économique - et les invites anglaises et américaines. »
Cette prudence n'est pas celle de Laval qui attend beaucoup de la « collaboration » évoquée à Montoire et qui est encouragé en ce sens par son interlocuteur parisien, l'ambassa- deur Otto Abetz, lequel s'illusionne beaucoup lui-même sur les intentions de ses chefs, aveuglé qu'il demeure par la nécessité - absolue selon lui- d'une réconciliation avec une Fran- ce à laquelle il est très attaché depuis les années d'avant-guerre. Par son activisme « collaborateur », Laval finit par agacer profondément Pétain qui, de plus, le soupçonne de le tenir à l'écart de ses conversations avec ses interlocuteurs allemands.
L'hebdomadaire Informations juives, un instrument contrôlé par les autorités d'occupation. Les initiales du signataire de l'éditorial de ce numéro sont celles de Léo Israël lsraélowicz, un Juif autrichien totalement inféodé à la Gestapo.
ANACHRONISMES
L'obsession de Vichy, depuis quelques années, marque le triomphe de l'anachronisme. Le phénomène n'a rien de surprenant.[...]
Anachronique, telle est une certaine lecture idéologique de la Résistance et de l'histoire des résistants, qui fustige les engagements antifascistes, malgré leur diversité et leurs motivations multiples. [...]
Anachronique, telle est encore la tentation du " judée-centrisme " qui cherche à relire toute l'histoire de l'Occupation à travers le prisme de l'antisémitisme. Si, à nos yeux, la politique antijuive est un fait majeur, elle n'était, àl'époque, qu'un des aspects parmi d'autres de l'Occupation, les Juifs étant des victimes au même titre que d'autres persécutés ou réprouvés. Que cela puisse choquer la conscience est une chose, que cela doive conduire à refaire l'histoire en est une autre : l'anachronisme consiste ici à confondre la morale de la postérité avec la réalité du passé. [...]
Le Vél' d'Hiv' ? L'événement est devenu depuis 1993 le symbole officiel du Vichy antisémite. Mais la grande rafle de juillet 1942, comme toutes celles qui ont suivi, en zone nord comme en zone sud, furent moins la conséquence de l'antisémitisme d'État que celui de la collaboration d'État. Le rôle des Bousquet, Leguay et consorts s'explique non par un fanatisme antijuif mais par la politique d'un régime prêt à payer le prix du sang, celui des autres, la défense d'une certaine conception de la " souveraineté nationale "· Cette politique n'a pas de lien nécessaire avec les lois antijuives promulguées deux ans plus tôt parVichy. C'était même ce que la mémoire nationale était supposée intégrer : la part d'autonomie à l'égard de l'occupant. Certes, ces lois ont favorisé ultérieurement l'application de la " Solution finale "• un crime prémédité et organisé par les nazis. Statuts, fichiers, lois d'exclusion françaises ont facilité les arrestations massives de 1942-1943. Mais le sens de ces lois, promulguées entre juillet 1940 et l'été 1941, n'était pas celui de prémisses à une extermination, projet qui, à ce moment-là, n'est pas à l'ordre du jour, ni dans la politique de Vichy, ni même dans celle du Reich.
ÉRIC CONAN ET HENRY ROUSSO Vichy, un passé qui ne passe pas, pp. 268-272. Fayard, 1994.
Joseph Darnand (1897-1945). Héros de la Grande Guerre et des combats de 1939-1940, il a <<fait», le 21 mars 1940, la couverture de Match, à la suite de ses exploits contre les lignes allemandes. A la fin de 1941, il est le fondateur du Service d'ordre légionnaire (SOL). Épuré de ses tièdes et ouvert à de jeunes volontaires qui ne sont pas anciens combattants, le SOL est transformé par Laval en Milice française au début de 1943. Pris dans l'enchaînement de la guerre civile, ce mouvement musclé se transforme en police supplétive à la fin de l'année. Bien avant cette dérive, Joseph Darnand avait tenté de rejoindre le général de Gaulle et les F F L. Le refus qui lui fut opposé l'enfermait irrémédiablement dans le jusqu 'au-boutisme de la Collaboration.
PÉTAIN, UN STRATÈGE COMPLET par Guy Chambarlac

Quatrième enfant d'une famille de paysans, Philippe Pétain (1856- 1951) est né à Cauchy-la-Tour, dans le Pas-de-Calais. Reçu à Saint-Cyr en 1876, il est sous- lieutenant au 24èmee bataillon de chasseurs alpins en 1883. En 1900, il commande le 8' bataillon de chasseurs. En pleine affaire des "fiches ", le ministère lui enjoint de livrer le nom de ses officiers qui assistent à la messe. Lui, qui n'y va jamais, répond que prenant place au premier rang, il ne peut voir ceux qui se trouvent derrière lui...
Professeur à l'École de guerre de 1901 à 1907, il développe une théorie révolutionnaire qui rompt avec la doctrine officielle de l'offensive à la baïonnette : "Le progrès du feu impose à l'infanterie des procédés de combats nouveaux[...] Le feu tue. »
Les notes de Foch, alors directeur de l'École de guerre, bien qu'hostile à ses idées, sont extrêmement élogieuses. Rien ne semble s'opposer à ce que Pétain soit enfin nommé général. Sauf son franc-parler.
En juillet 1914, le colonel Pétain a 58 ans. Il se prépare à la retraite. Un an plus tard, il commande une armée. En 1916, il triomphe à Verdun. En 1917, il est commandant en chef de l'armée française et en décembre 1918, il reçoit à Metz le bâton de maréchal de France. Dans la troupe, Pétain est le plus populaire des grands chefs de la guerre. Les soldats savent qu'il a tout fait pour soulager leur peine et limiter les pertes. Dans notre numéro 4 (cc Pétain devant l'histoire»), le professeur Guy Pedroncini a révélé les raisons d'une fortune aussi exceptionnelle, renversant notamment la légende d'un Pétain exclusivement "défensif" :
" Comment comprendre que l'on demande à ce "pessimiste" de redonner confiance à une armée qui renonce ? Comment comprendre que ce général "défensif" ait réussi toutes ses offensives et surtout gagné tous ses commandements à une époque où l'offensive avait les faveurs de Joffre ? Comment expliquer qu'en octobre- novembre 1918, il voulait lancer une puissante offensive en Lorraine et que l'offensif Foch et l'énergique Clemenceau ne l'aient pas entendu ?
" Les archives ont apporté la réponse. Elles montrent le général Pétain tel qu'il a été. Un tacticien qui a obtenu la victoire et sauvé le pays par une défensive efficace tout en ménageant les hommes ; un stratège complet, sans doute le plus complet de la Grande Guerre ; un offensif raisonné qui a compris les nouvelles conditions de la guerre - il est l'homme des chars, des avions, du matériel- et la nécessité de ménager absolument les forces humaines de la France ; un homme qui
connaissait bien ses soldats et qui a réussi en quelques semaines à maîtriser une crise du moral et de la confiance qui menaçait de conduire à la défaite. "
"La nuit du châtiment, un déluge de feu" s'abat sur Dresde, 250 000 civils seront massacrés par les bombardiers anglo-américains.
La ville ne comporte aucun objectif militaire et n' abrite que des civils, vieillards, femmes et enfants, fuyant l'armée rouge. La technique du "Carpet Bombing" (tapis de bombes incendiaires) y est implacablement appliquée .
"A 22 heures 03’, le 13 février 1945 commence l’apocalypse.
245 bombardiers Lancaster chargés de 75 % de bombes incendiaires, 25 % de bombes explosives arrivent en vue de leur objectif. "Le dosage savant des deux types de bombes provoque un véritable typhon de feu par appel d’air. Ceux qui ne sont pas brûlés vifs sont asphyxiés."
A 01 heure 45’, le 14 février 1945, 529 bombardiers surgissent. Mille hectares sont ravagés par les explosions. A 12 heures 12’, le 14 février 1945, 450 Forteresses volantes américaines mettent le point final au carnage, tandis qu’une centaine de chasseurs
Mustang mitraillent au sol tout ce qui a encore l’apparence de la vie.
Des bombardiers et chasseurs furent "dépêchés" en guise de leurre sur Magdebourg, Leipzig et Nuremberg, d'autres exécutèrent un MASSACRE de même espèce sur Chemnitz
(730.000 tonnes de bombes incendiaires)
"Mesdames et messieurs, lorsque vous pensez à la France, si vous ne l’avez jamais vue, ne pensez pas d’abord à ses bibliothèques et à ses musées, mais à ses belles routes pleines d’ombre, à ses fleuves tranquilles, à ses villages fleuris, à ses vieilles églises rurales, six ou sept fois centenaires, à ses villes illustres, toutes ruisselantes d’histoire, mais d’un accueil simple et discret, à nos vieux palais construits si près du sol, en un si parfait accord avec l’horizon qu’un Américain, habitué aux gratte-ciel de son pays, risquerait de passer auprès d’eux sans les voir. Et lorsque vous pensez à notre littérature, pensez-y aussi comme à une espèce de paysage presque semblable à celui que je viens de décrire, aussi familier, aussi accessible à tous, car nos plus grandes œuvres sont aussi les plus proches de l’expérience et du cœur des hommes, de leurs joies et de leurs peines."
Le Chemin de la Croix-des-Ames - Georges Bernanos
Le 14 juin 1941, le colonel Groussard, envoyé secrètement à Londres par le général Huntzinger, ministre de la Défense de Vichy, avec l’assentiment du maréchal Pétain, est reçu par Winston Churchill qui lui déclare:
« Dites à ceux qui vous ont envoyé ici que je comprends la situation pénible qui est la vôtre, dans cette malheureuse France saignante, pressurée, coupée en deux… Je sais que la tâche de vos chefs est presque surhumaine ; je les approuve de vouloir protéger le plus possible la France et les Français : mais je leur demande de ne pas oublier que leurs Alliés continuent à se battre ; je leur demande d’avoir foi en l’avenir … Moi aussi, si je gouvernais votre pays, je ne dirais pas aux Allemands: « Je vous déteste ! » Parce qu’il faut toujours éviter le pire, avec acharnement… Moi aussi je biaiserais, je chercherais à gagner du temps, à propos de tout : mais j’aiderais par tous les moyens possibles ceux qui restent mes compagnons d’armes… Dites à Vichy que je respecte profondément la personne du maréchal Pétain. Jamais je n’ai cru que cet homme puisse souhaiter la victoire allemande. »
Témoignage du colonel Georges Groussard, livre "Service secret 1940-1945".
20 février 1631 : les princes protestants allemands s'allient avec le roi de Suède Gustave II Adolphe, dans le cadre de la guerre de Trente Ans. Religieuse à l'origine, la guerre de Trente Ans est partie de la Bohême où se déroulèrent les deux événements détonateurs : la défenestration de Prague par les protestants en 1618 et la célèbre défaite, à la Montagne Blanche, de ces derniers qui refusaient de reconnaître l'empereur Ferdinand II. Les affaires de Bohême dégénérèrent en un interminable affrontement entre l'empereur catholique et certains princes protestants du Saint Empire, ce qui entraîna l'intervention en Allemagne des souverains protestants du Nord (Danemark et Suède), soutenus financièrement par la France de Richelieu et de Louis XIII, ceux-ci ayant intérêt à la défaite de l'empereur.
La guerre de Trente Ans (1618-1648) a été longtemps considérée, mais trop étroitement, comme une guerre d'Allemagne, sur laquelle s'est greffée, à partir de 1635, une nouvelle phase de la lutte traditionnelle entre l'Espagne et la France. Commencée en Bohême par la défenestration de Prague (23 mai 1618) et terminée par la signature des traités de Westphalie, à Münster et à Osnabrück, le 24 octobre 1648, elle s'est déroulée sur le territoire du Saint Empire. À partir de l'intervention du roi de Suède, Gustave II Adolphe, des armées étrangères ont pénétré en Allemagne et pris part à la lutte. Les faits de guerre ont laissé des ruines tragiques, moins les batailles que les pillages, les incendies du plat pays, la propagation des épidémies, entraînant des pertes de vies humaines et des dévastations matérielles. Le conflit était né de l'opposition entre protestants et catholiques dans l'Empire, il s'est élargi à la mesure européenne, dans un affrontement entre les maisons d'Autriche et de France, la première cherchant à asseoir sa prépondérance en Europe, la seconde défendant sa propre liberté et prenant dans sa clientèle les petits États d'Allemagne et d'Italie. La paix a consacré un nouvel ordre dans le Saint Empire : ordre politique, où l'Empereur ne pouvait plus prétendre à la souveraineté absolue, ordre religieux, par la reconnaissance des trois confessions chrétiennes, catholique, luthérienne, calviniste. La France et la Suède étaient garantes de la nouvelle Constitution de l'Empire : Constitutio Westphalica, avec les autres signataires du traité. L'historiographie contemporaine prend une vue encore plus large de l'événement ; la guerre de Trente Ans, par sa durée, son intensité, ses résultats, représente la période la plus aiguë d'une large crise qui la déborde : crise idéologique de la chrétienté.
Victor-Lucien TAPIÉ
21 février 1916
Début de la bataille de Verdun.
L’offensive de Verdun débute par l’ordre du général Falkenhayn d'attaquer la ville de Verdun le 21 février 1916 à 07h15.
Les premiers obus tombent à 08h15, visant la gare et les ponts en amont de la ville.
Il s'ensuit un pilonnage de près d'un million d'obus sur les tranchées françaises, pendant huit heures.
Miraculeusement, en fin de journée, deux divisions françaises sont toujours debout.
Les survivants français se battront courageusement à un contre cent et tiendront la draguée haute aux Allemands.
La bataille de Verdun durera 300 jours et se traduira par un échec pour le commandement allemand.
Le bilan est terrible : plus de 700.000 blessés, tués et disparus.
Côté français, 163.000 tués et disparus et 216.000 blessés ; 143.000 tués et disparus et 190.000 blessés côté allemand.
Plus de 50 millions d'obus seront tirés des deux côtés du front pendant cette période.
Aux soldats français, le cher et vieux pays reconnaissant.
21 février, premier jour d’audience,du procès de Jeanne d'Arc.
Les minutes de ce procès, consignées dans les manuscrits de d’Urfé et d’Orléans, donnent un précieux aperçu de ce jugement historique. C’est en les lisant que l’on prend pleinement conscience de l’extraordinaire habileté de Jeanne : elle comparaît seule, sans avocat, âgée de 19 ans, ignorante en droit, et détenue depuis des mois dans d’affreuses conditions. Malgré cela, elle est capable d’audace, de hardiesse, et déjoue les pièges que lui tendent les hommes d’Église. Elle fait preuve d’une présence d’esprit admirable, se montre habile et pleine d’humour, elle qui ne savait « ni A ni B » (ni lire, ni écrire, selon ses dires au tribunal de Poitiers), et déstabilise ses juges par la force de sa sincérité. « À toute question douteuse, elle oppose une autre question, un trait d’humour, une demande de confrontation, d’enquête ou de délai », fait remarquer Olivier Sers dans la préface du livre Jeanne d’Arc, le procès de Rouen, lu et commenté par Jacques Trémolet de Villers (Les Belles Lettres, 2016). Intelligence supérieure, naïve sincérité ou inspiration divine ? Quoi qu’il en soit, les réponses de Jeanne d’Arc demeurent extraordinaires.
À chaque début d’audience, l’évêque Cauchon demande à Jeanne de jurer sur les Évangiles de dire la vérité. Chaque fois, sans faillir, Jeanne prévient qu’elle peut dire « le vrai » à propos de sa foi et de sa vie, mais qu’en aucun cas elle ne pourra parler des révélations que Dieu lui a faites pour le roi. C’est donc l’accusée elle-même qui délimite le cadre du procès qui lui est intenté. Ainsi, dès le 21 février, premier jour d’audience, à 8 heures du matin, alors que l’évêque exhorte Jeanne à prêter serment, celle-ci retourne la situation et fixe elle-même les conditions :
« Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure, me pourriez-vous demander telles choses que je ne vous dirais point. (…) De mon père, de ma mère et des choses que j’ai faites depuis que j’ai pris le chemin de France, volontiers je jurerai. Mais, des révélations à moi faites de par Dieu, je ne les ai dites ni révélées à personne, fors au seul Charles, mon roi. Et je ne les révélerais même si on devait me couper la tête. Car j’ai eu cet ordre par visions, j’entends par mon conseil secret, de ne rien révéler à personne. Et, avant huit jours, je saurai bien si je dois les révéler. »
Non seulement Jeanne s’érige en maîtresse de l’interrogatoire, un comble pour une accusée, mais « elle s’abrite derrière une impossibilité qui vient de Dieu, et donc, à ces hommes de Dieu, elle oppose Dieu ». En outre, elle se pose en maîtresse du temps en évoquant ces huit jours, prérogative qui revient normalement au juge. Elle impose son délai, gagne du temps, fait miroiter une éventuelle ouverture, telle une experte en art oratoire.
La question du Pater Noster
Ce même premier jour de procès, cherchant à tester sa foi, l’évêque demande à Jeanne de réciter le Pater Noster. Ce à quoi Jeanne répond : « Entendez-moi en confession, et je vous le dirai volontiers. »
Une résistance incroyable de la part d’une jeune paysanne face à un évêque et un parterre de juges. Une manière de réclamer à son interlocuteur un sacrement qui lui était donné quotidiennement par son confesseur, le frère Pasquerel, jusqu’à ce qu’elle soit jetée en prison et en soit durement privée. La réponse de Jeanne est également une façon de lui rappeler sa fonction d’évêque. Car avant d’être juge, il est prêtre, et se doit de donner ce sacrement au fidèle qui le réclame. « Jeanne tend ainsi à Cauchon l’occasion d’être ce qu’il doit être : un prêtre et un évêque, et non un juge payé par l’ennemi ».
Le troisième jour, le 24 février, alors que l’évêque lui intime l’ordre de parler, elle assure ne pas pouvoir, et démontre à l’évêque que cela n’est pas dans son intérêt d’insister car sinon, il la pousserait à devenir parjure.
« Par ma foi, vous me pourriez demander telles choses que je ne vous dirais pas. Peut-être que de beaucoup de choses que vous me pourriez demander, je ne vous dirai pas le vrai, spécialement sur ce qui touche à mes révélations. Car, par aventure, vous me pourriez contraindre à dire telle chose que j’ai juré de ne pas dire, et ainsi je serais parjure, ce que vous ne devriez pas vouloir. »
Tout se passe comme si elle tentait de raisonner l’évêque afin que celui-ci ne la pousse pas au péché, ce qui serait absurde, pour un homme d’Église. Jeanne fait ainsi preuve d’une loyauté infaillible envers Dieu. Son discours ne varie pas : c’est toujours Dieu « premier servi », avant l’Église des hommes.
« Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu ? »
Par cette question, Jean Beaupère, ancien recteur de l’Université de Paris (1412 et 1413) et ami de l’évêque Pierre Cauchon, cherche à la piéger. Car si elle avait répondu oui, on l’aurait accusée d’orgueil, et si elle avait dit non, on l’aurait traitée de pécheresse. Jeanne esquive habilement, et répond, inspirée sans doute par une prière récitée à l’époque par le prêtre dans la liturgie dominicale (le prône) :
« Si je n’y suis, Dieu m’y mette ; et si j’y suis, Dieu m’y tienne. Je serais la plus dolente du monde si je savais n’être pas en la grâce de Dieu. Et, si j’étais en péché, je crois que la voix ne viendrait pas à moi. »
Selon les témoins de l’époque, les juges restèrent stupéfaits et silencieux face à cette répartie.
Le 14 mars, l’évêque essaie de savoir quel danger les menace, lui et ses assesseurs, du fait de mettre en cause Jeanne. Cette dernière précise donc :
« Vous dites que vous êtes mon juge, je ne sais si vous l’êtes ; mais avisez-vous bien de ne pas juger mal, vous vous mettriez en grand danger. Et je vous en avertis, afin que si Notre-Seigneur vous en châtie, j’aie fait mon devoir de le vous dire. »
Une parole qui sonne comme un avertissement, et qui à nouveau remet en question la légitimité du juge.
Un peu plus tard, le même jour, Jeanne raconte que ses voix, effectivement prémonitoires, lui ont dit : « Prends tout en gré, ne te chaille pas de ton martyre. Tu t’en viendras enfin au royaume de Paradis ». À ce moment-là pourtant, Jeanne est à mille lieux d’imaginer sa condamnation à mort. Elle est certaine d’être libérée, soit en s’échappant de prison, soit par un jugement clément, et entend bien achever la libération de la France. Cependant, elle ne manque pas d’espérance. Lorsque ses juges lui demandent : « Depuis que vos voix vous ont dit que vous iriez en la fin au royaume de Paradis, vous tenez-vous assurée d’être sauvée, et de n’être point damnée en enfer ? », elle répond, souveraine :
« Je crois fermement ce que mes voix m’ont dit, que je serais sauvée, aussi fermement que si j’y étais déjà. »

Mathilde de Robien -