es ou tuées. Le compte de ces victimes est difficile à établir. On parle de 20 ou 30 000, peut-être plus ?
Au nom de l’épuration, on a martyrisé et tondu des femmes amoureuses (celles, par exemple, qui refusèrent de quitter leur concubin ou leur mari allemand, lors des évacuations de civils des bases de sous-marins de Saint-Nazaire, Lorient et Dunkerque), puis celles qui, après tout, n’ont fait que leur métier (entraineuses, prostituées…). On se souvient de la tirade de la comédienne Arletty à qui on reprochait un amant allemand et qui répondit de sa voix gouailleuse et nasillarde : « Et alors ? Mon cœur est français mais mon cul est international ! ».
Après-guerre, des femmes tondues, battues, violées ont tenté des actions en justice contre leurs bourreaux mais leur action a été disqualifiée, elles n’étaient pas considérées comme des victimes.
Le chiffre officiel de l'épuration, communiqué par Adrien Tixier, alors ministre de l'intérieur, au « colonel Passy » (le capitaine Dewavrin) est de 105 000 victimes. Ce chiffre émanait des rapports des préfets. Il n'a jamais trouvé de démentis sérieusement étayés.
On a toujours tendance, pour minorer voire légitimer les crimes de l’épuration, à les mettre en parallèle avec ceux de la Milice, de sinistre mémoire. Mais les exactions barbares de la Milice, dans les derniers mois de la guerre, représentent entre 2 000 et 5 000 victimes. C’est odieux et énorme (sur une courte période et avec des effectifs armés d’environ 10 à 15 000 hommes à peine) mais cela représente de 2 à 5% maximum des crimes commis par les FTP et/ou d’autres (vrais ou faux) résistants…
Durant la seconde guerre mondiale, sur le sol de France, les « purges » de la libération et les bombardements anglo-américains firent, officiellement, 3 à 4 fois plus de victimes civiles que celles attribuées aux nazis.
« C'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme » soutenait Peguy. Dans le but de promouvoir une vérité historique par trop malmenée, Eric de Verdelhan –avec la sagacité qu’on lui connaît- a réussi la prouesse de transmettre dans son livre « Les massacres oubliés » (1), cette mémoire si maltraitée de nos jours.
Jusqu’ici, l’Histoire n’a été qu’un recueil de mensonges, d’ironies, de bouffonneries, un amoncellement de massacres et de cris de douleur. C’est ce qui est lassant chez elle : cette trame toujours semblable sous l’infini variété des motifs, cette lutte constante pour un chimérique pouvoir, ces victoires perdues, ces espoirs trahis, ces décadences, ces chutes, ces reniements, ces efforts vers un avenir qui se dérobe sans fin et qui ne relâche rien de ses exigences sanguinaires, donne une image de l’homme dont on ne saura jamais si elle exprime sa grandeur ou au contraire sa misère.
Albert Camus soutenait que « seule la vérité peut affronter l’injustice. La vérité ou bien l’amour ». Un homme qui écrit a charge d’âme, tout livre est un plaidoyer. Eric de Verdelhan, nous livre, ici, une étude réaliste à base de faits et de vérités vraies à l’histoire morale du XXème siècle.
José CASTANO
Au nom de l’épuration, on a martyrisé et tondu des femmes amoureuses (celles, par exemple, qui refusèrent de quitter leur concubin ou leur mari allemand, lors des évacuations de civils des bases de sous-marins de Saint-Nazaire, Lorient et Dunkerque), puis celles qui, après tout, n’ont fait que leur métier (entraineuses, prostituées…). On se souvient de la tirade de la comédienne Arletty à qui on reprochait un amant allemand et qui répondit de sa voix gouailleuse et nasillarde : « Et alors ? Mon cœur est français mais mon cul est international ! ».
Après-guerre, des femmes tondues, battues, violées ont tenté des actions en justice contre leurs bourreaux mais leur action a été disqualifiée, elles n’étaient pas considérées comme des victimes.
Le chiffre officiel de l'épuration, communiqué par Adrien Tixier, alors ministre de l'intérieur, au « colonel Passy » (le capitaine Dewavrin) est de 105 000 victimes. Ce chiffre émanait des rapports des préfets. Il n'a jamais trouvé de démentis sérieusement étayés.
On a toujours tendance, pour minorer voire légitimer les crimes de l’épuration, à les mettre en parallèle avec ceux de la Milice, de sinistre mémoire. Mais les exactions barbares de la Milice, dans les derniers mois de la guerre, représentent entre 2 000 et 5 000 victimes. C’est odieux et énorme (sur une courte période et avec des effectifs armés d’environ 10 à 15 000 hommes à peine) mais cela représente de 2 à 5% maximum des crimes commis par les FTP et/ou d’autres (vrais ou faux) résistants…
Durant la seconde guerre mondiale, sur le sol de France, les « purges » de la libération et les bombardements anglo-américains firent, officiellement, 3 à 4 fois plus de victimes civiles que celles attribuées aux nazis.
« C'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme » soutenait Peguy. Dans le but de promouvoir une vérité historique par trop malmenée, Eric de Verdelhan –avec la sagacité qu’on lui connaît- a réussi la prouesse de transmettre dans son livre « Les massacres oubliés » (1), cette mémoire si maltraitée de nos jours.
Jusqu’ici, l’Histoire n’a été qu’un recueil de mensonges, d’ironies, de bouffonneries, un amoncellement de massacres et de cris de douleur. C’est ce qui est lassant chez elle : cette trame toujours semblable sous l’infini variété des motifs, cette lutte constante pour un chimérique pouvoir, ces victoires perdues, ces espoirs trahis, ces décadences, ces chutes, ces reniements, ces efforts vers un avenir qui se dérobe sans fin et qui ne relâche rien de ses exigences sanguinaires, donne une image de l’homme dont on ne saura jamais si elle exprime sa grandeur ou au contraire sa misère.
Albert Camus soutenait que « seule la vérité peut affronter l’injustice. La vérité ou bien l’amour ». Un homme qui écrit a charge d’âme, tout livre est un plaidoyer. Eric de Verdelhan, nous livre, ici, une étude réaliste à base de faits et de vérités vraies à l’histoire morale du XXème siècle.
José CASTANO
Extrait par Philippe Conrad
Juin 1940.
La France est abasourdie par la défaite. Lancée le 10 mai, la blitzkrieg allemande a tout balayé. Les armées hollandaise et belge ont été contraintes à la capitulation, le front de la Meuse a été enfoncé, rien n'a pu stopper la ruée des panzers vers l'estuaire de la Somme. La réduction du camp retranché de Dunkerque et le repli britannique ont ensuite précédé de peu l'ultime coup de boutoir sur la Somme et sur l'Aisne. Le 14 juin, les Allemands sont à Paris. Une fois la Loire franchie, leurs grandes unités blindées et mécanisées foncent vers Bordeaux, Clermont- Ferrand, Lyon et Grenoble. Malgré le sacrifice - au cours de ces six semaines fatales - de près de cent cinquante mille hommes, la défaite est totale, la pire peut-être de toutes celles qu'a essuyé le pays au cours de sa longue histoire. Pour une écrasante majorité de Français, dont beaucoup errent en lamentables cortèges sur les routes de l'exode, l'annonce de l'armistice engendre un soulagement certain. Sonnée par l'ampleur du désastre, la nation a besoin de récupérer et il ne fait aucun doute que la présence à sa tête du vainqueur de Verdun, de l'ancien commandant en chef de l'armée victorieuse de 1918, ranime la confiance dans les destinées de la patrie, trahie par les politiciens incapables d'une Ill' République à bout de souffle.
Dès ce moment une petite minorité entend poursuivre la lutte et, prenant date pour un avenir qui est imprévisible, elle contribuera à la résurrection de 1944-1945. Mais il faut assumer dans l'immédiat l'écrasante défaite et, au cours de ce triste été de 1940, la France apparaît tragiquement seule. L'Angleterre est repliée sur son île dans son égoïsme sacré, elle n'hésite pas devant le coup bas de Mers el- Kébir. L'URSS est de fait l'alliée de Hitler. L'Amérique de Roosevelt, en pleine campagne électorale, n'a aucune intention d'intervenir dans le conflit. L'Italie ne cache pas ses vues sur l'Afrique du Nord française, la Corse, la Savoie et Nice. Même l'Espagne de Franco s'intéresse au Maroc et à l'Oranie. L' Allemagne surtout apparaît durablement victorieuse et les points qu'elle marquera bientôt dans l'Europe danubienne , les succès qu'elle obtiendra en Yougoslavie et en Grèce au printemps 1941, suivis des premières victoires remportées sur le front russe vont confirmer son apparente invincibilité.
On ne peut aborder la question de la « collaboration » sans avoir à l'esprit ce contexte très défavorable à la France. L'armistice a, certes, permis de sauver la flotte et l'empire, de maintenir une zone libre où l'État français exerce toujours une autorité pleine et entière, de conserver une souveraineté plus formelle sur la zone occupée, mais l'avenir s'annonce plus qu'incertain. L'agression anglaise contre Mers el-Kébir et Dakar a rompu les liens entre la France et l'Angleterre et une éventuelle paix de compromis anglo-allemande - à laquelle tout le monde pense fatalement à ce moment - a toutes les chances de se conclure sur le dos de la France, la grande perdante de l'été 1940. Dans le règlement à venir - et l'on espère à Vichy qu'il interviendra rapidement, pour libérer le pays des contraintes très lourdes de l'armistice - la France ne disposera également que de peu d'atouts face aux revendications territoriales et coloniales d'une Italie alliée du vainqueur.
Dans la perspective d' une hégémonie durable de l'Allemagne- ce pays prenant ainsi désormais le relais de l'Angleterre en Europe - le nouveau régime français, placé dans un rapport de forces on ne peut plus défavorable, doit normalement chercher à se tailler une place dans «l'ordre nouveau » qui s'annonce. L' issue inattendue de la bataille aérienne d' Angleterre reportera sine die le débarquement allemand dans les îles britanniques mais le gouvernement de Londres n'en demeure pas moins condamné pour longtemps à une stratégie périphérique qui ne peut lui laisser l'espoir de renverser rapidement la situation. Toutes ces considérations conduisent naturellement les responsables de Vichy - et singulièrement Pierre Laval - à rechercher avec
Juin 1940.
La France est abasourdie par la défaite. Lancée le 10 mai, la blitzkrieg allemande a tout balayé. Les armées hollandaise et belge ont été contraintes à la capitulation, le front de la Meuse a été enfoncé, rien n'a pu stopper la ruée des panzers vers l'estuaire de la Somme. La réduction du camp retranché de Dunkerque et le repli britannique ont ensuite précédé de peu l'ultime coup de boutoir sur la Somme et sur l'Aisne. Le 14 juin, les Allemands sont à Paris. Une fois la Loire franchie, leurs grandes unités blindées et mécanisées foncent vers Bordeaux, Clermont- Ferrand, Lyon et Grenoble. Malgré le sacrifice - au cours de ces six semaines fatales - de près de cent cinquante mille hommes, la défaite est totale, la pire peut-être de toutes celles qu'a essuyé le pays au cours de sa longue histoire. Pour une écrasante majorité de Français, dont beaucoup errent en lamentables cortèges sur les routes de l'exode, l'annonce de l'armistice engendre un soulagement certain. Sonnée par l'ampleur du désastre, la nation a besoin de récupérer et il ne fait aucun doute que la présence à sa tête du vainqueur de Verdun, de l'ancien commandant en chef de l'armée victorieuse de 1918, ranime la confiance dans les destinées de la patrie, trahie par les politiciens incapables d'une Ill' République à bout de souffle.
Dès ce moment une petite minorité entend poursuivre la lutte et, prenant date pour un avenir qui est imprévisible, elle contribuera à la résurrection de 1944-1945. Mais il faut assumer dans l'immédiat l'écrasante défaite et, au cours de ce triste été de 1940, la France apparaît tragiquement seule. L'Angleterre est repliée sur son île dans son égoïsme sacré, elle n'hésite pas devant le coup bas de Mers el- Kébir. L'URSS est de fait l'alliée de Hitler. L'Amérique de Roosevelt, en pleine campagne électorale, n'a aucune intention d'intervenir dans le conflit. L'Italie ne cache pas ses vues sur l'Afrique du Nord française, la Corse, la Savoie et Nice. Même l'Espagne de Franco s'intéresse au Maroc et à l'Oranie. L' Allemagne surtout apparaît durablement victorieuse et les points qu'elle marquera bientôt dans l'Europe danubienne , les succès qu'elle obtiendra en Yougoslavie et en Grèce au printemps 1941, suivis des premières victoires remportées sur le front russe vont confirmer son apparente invincibilité.
On ne peut aborder la question de la « collaboration » sans avoir à l'esprit ce contexte très défavorable à la France. L'armistice a, certes, permis de sauver la flotte et l'empire, de maintenir une zone libre où l'État français exerce toujours une autorité pleine et entière, de conserver une souveraineté plus formelle sur la zone occupée, mais l'avenir s'annonce plus qu'incertain. L'agression anglaise contre Mers el-Kébir et Dakar a rompu les liens entre la France et l'Angleterre et une éventuelle paix de compromis anglo-allemande - à laquelle tout le monde pense fatalement à ce moment - a toutes les chances de se conclure sur le dos de la France, la grande perdante de l'été 1940. Dans le règlement à venir - et l'on espère à Vichy qu'il interviendra rapidement, pour libérer le pays des contraintes très lourdes de l'armistice - la France ne disposera également que de peu d'atouts face aux revendications territoriales et coloniales d'une Italie alliée du vainqueur.
Dans la perspective d' une hégémonie durable de l'Allemagne- ce pays prenant ainsi désormais le relais de l'Angleterre en Europe - le nouveau régime français, placé dans un rapport de forces on ne peut plus défavorable, doit normalement chercher à se tailler une place dans «l'ordre nouveau » qui s'annonce. L' issue inattendue de la bataille aérienne d' Angleterre reportera sine die le débarquement allemand dans les îles britanniques mais le gouvernement de Londres n'en demeure pas moins condamné pour longtemps à une stratégie périphérique qui ne peut lui laisser l'espoir de renverser rapidement la situation. Toutes ces considérations conduisent naturellement les responsables de Vichy - et singulièrement Pierre Laval - à rechercher avec
l'Allemagne un modus vivendi qui permettrait d'alléger - puisque la guerre se prolonge - le poids des conditions d'armistice.
Déjà, au cours des années précédant la guerre, le souhait d'un rapprochement et d'une coopération franco-allemande susceptibles de garantir la paix en Europe a été fréquemment exprimé et l'accord de Munich (30 septembre 1938) a soulagé la majorité de l'opinion. Quelques semaines plus tard, en décembre 1938, les conversations entre Ribbentrop et Georges Bonnet ont confirmé ces espoirs. Les sentiments pacifistes de certains et le pragmatisme d'autres les encouragent alors à souhaiter que l'on enterre la vieille querelle franco- allemande pour laisser le Reich se tourner vers l'est, vers une URSS perçue avant tout comme le vecteur d'une révolution assimilée à un déferlement de barbarie asiatique.
Montoire
Dans la nouvelle donne née de la défaite française, ces perspectives reprennent une actualité certaine même s'il faut tenir compte de deux éléments nouveaux : l'ampleur du désastre militaire et politique que la France vient de subir et le fait qu'Hitler n'a pas 1'intention de faire le moindre cadeau au vaincu (il a beau jeu de rappeler que c'est la France qui lui a déclaré la guerre le 3 septembre 1939) et, d'autre part, l'alliance de fait qui unit à l'époque encore le Führer à Staline. Placés ainsi dans une position très inconfortable, les dirigeants français ne peuvent demeurer pour autant passifs. Ils sont condamnés à prendre des initiatives pour essayer de modifier une situation qui leur est totalement défavorable. C'est en ce sens qu'il convient d'interpréter leur attitude au cours de l'automne de 1940.
On sait que Je mot « collaboration », déjà lancé par Laval le 10 juillet 1940, surgit avec force à l'occasion de la fameuse rencontre de Montoire du 24 octobre 1940. Deux jours plus tôt Laval s'est entretenu avec Hitler qui se rendait à Hendaye pour rencontrer Franco et Serrano Suiier. C'est lui qui a eu l'idée de ce contact direct entre le Maréchal et le chancelier allemand. Un communiqué officiel rend compte, deux jours plus tard, de l'événement : « L'entrevue qui a eu lieu le 24 octobre entre le chancelier Hitler et le maréchal Pétain, en présence de M. von Ribbentrop et de M. Pierre Laval s'est déroulée dans une atmosphère de haute courtoisie. [...] Les deux interlocuteurs se sont mis d'accord sur le principe d'une collaboration. Les modalités en seront examinées ultérieurement. » Hitler avait employé le terme allemand signifiant «travailler ensemble» et c'est l'interprète Schmidt qui a utilisé celui de « collaboration », qui prendra ultérieurement la connotation péjorative que l'on sait. Le 30 octobre, une intervention à la radio du chef de l'État permet aux Français d'en savoir un peu plus : « C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d'occupation. Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l'administration et le ravitaillement du territoire... Cette politique est la mienne. Les ministres ne seront responsables que devant moi. C'est moi seul que l'histoire jugera... »
On comprend les préoccupations exprimées dans ce message. Les Allemands appliquent les conventions d'armistice avec la plus grande rigueur et vont même au-delà, en rattachant par exemple l'Alsace-Lorraine au Reich, en traçant la frontière d'une « zone interdite » dans le nord et l'est du pays, une frontière qui correspond en gros à celle de l'ancien Empire germanique du Moyen Âge, ce qui ne va pas sans susciter des inquiétudes quant à leurs intentions à moyen terme. Ils prélèvent une indemnité destinée à l'entretien des troupes d'occupation en fixant arbitrairement, au désavantage de la France, le cours du mark par rapport au franc. Avec les quatre cents millions que la France doit payer quotidiennement, il y aurait de quoi, dit Weygand, « entretenir dix millions de soldats
Déjà, au cours des années précédant la guerre, le souhait d'un rapprochement et d'une coopération franco-allemande susceptibles de garantir la paix en Europe a été fréquemment exprimé et l'accord de Munich (30 septembre 1938) a soulagé la majorité de l'opinion. Quelques semaines plus tard, en décembre 1938, les conversations entre Ribbentrop et Georges Bonnet ont confirmé ces espoirs. Les sentiments pacifistes de certains et le pragmatisme d'autres les encouragent alors à souhaiter que l'on enterre la vieille querelle franco- allemande pour laisser le Reich se tourner vers l'est, vers une URSS perçue avant tout comme le vecteur d'une révolution assimilée à un déferlement de barbarie asiatique.
Montoire
Dans la nouvelle donne née de la défaite française, ces perspectives reprennent une actualité certaine même s'il faut tenir compte de deux éléments nouveaux : l'ampleur du désastre militaire et politique que la France vient de subir et le fait qu'Hitler n'a pas 1'intention de faire le moindre cadeau au vaincu (il a beau jeu de rappeler que c'est la France qui lui a déclaré la guerre le 3 septembre 1939) et, d'autre part, l'alliance de fait qui unit à l'époque encore le Führer à Staline. Placés ainsi dans une position très inconfortable, les dirigeants français ne peuvent demeurer pour autant passifs. Ils sont condamnés à prendre des initiatives pour essayer de modifier une situation qui leur est totalement défavorable. C'est en ce sens qu'il convient d'interpréter leur attitude au cours de l'automne de 1940.
On sait que Je mot « collaboration », déjà lancé par Laval le 10 juillet 1940, surgit avec force à l'occasion de la fameuse rencontre de Montoire du 24 octobre 1940. Deux jours plus tôt Laval s'est entretenu avec Hitler qui se rendait à Hendaye pour rencontrer Franco et Serrano Suiier. C'est lui qui a eu l'idée de ce contact direct entre le Maréchal et le chancelier allemand. Un communiqué officiel rend compte, deux jours plus tard, de l'événement : « L'entrevue qui a eu lieu le 24 octobre entre le chancelier Hitler et le maréchal Pétain, en présence de M. von Ribbentrop et de M. Pierre Laval s'est déroulée dans une atmosphère de haute courtoisie. [...] Les deux interlocuteurs se sont mis d'accord sur le principe d'une collaboration. Les modalités en seront examinées ultérieurement. » Hitler avait employé le terme allemand signifiant «travailler ensemble» et c'est l'interprète Schmidt qui a utilisé celui de « collaboration », qui prendra ultérieurement la connotation péjorative que l'on sait. Le 30 octobre, une intervention à la radio du chef de l'État permet aux Français d'en savoir un peu plus : « C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d'occupation. Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l'administration et le ravitaillement du territoire... Cette politique est la mienne. Les ministres ne seront responsables que devant moi. C'est moi seul que l'histoire jugera... »
On comprend les préoccupations exprimées dans ce message. Les Allemands appliquent les conventions d'armistice avec la plus grande rigueur et vont même au-delà, en rattachant par exemple l'Alsace-Lorraine au Reich, en traçant la frontière d'une « zone interdite » dans le nord et l'est du pays, une frontière qui correspond en gros à celle de l'ancien Empire germanique du Moyen Âge, ce qui ne va pas sans susciter des inquiétudes quant à leurs intentions à moyen terme. Ils prélèvent une indemnité destinée à l'entretien des troupes d'occupation en fixant arbitrairement, au désavantage de la France, le cours du mark par rapport au franc. Avec les quatre cents millions que la France doit payer quotidiennement, il y aurait de quoi, dit Weygand, « entretenir dix millions de soldats
français .. . » Le vainqueur profite donc à fond de son triomphe et la France est, de fait, mise en coupe réglée, une partie des indemnités versées servant ensuite au rachat ou à la prise de contrôle d'entreprises françaises.
Illusions volontaires
Si la presse de la zone libre demeure prudente quant à l'interprétation de l'entrevue de Montoire, celle de la zone occupée, qui dépend souvent étroitement de l'autorité allemande, donne à la rencontre une dimension historique et un journaliste de L'Illustration n'hésite pas à écrire que« l'Allemagne a choisi la collaboration avec la France. {...] Le maréchal Pétain, fermement convaincu que le redressement de la France est en fonction directe de son rapprochement avec l'Allemagne, a pensé que ce rapprochement n'était réalisable que s'il était entrepris dès maintenant, quelle que soit l'issue de la guerre avec l'Angleterre et, en liant notre sort, sans arrière-pensée ni réticences, à celui de l'Allemagne. {. .. ] » On peut difficilement mentir ou s'illusionner davantage quant aux intentions réelles des deux interlocuteurs... A l'inverse, l'agence de presse allemande DNB précise, le 30 octobre« qu'aucun accordformel n'a marqué la rencontre du Führer avec les hommes d'État français. On admet que des questions fondamentales pour la position future de la France en Europe ont été abordées, en partant bien entendu du fait que la France est coresponsable de la guerre actuelle, qu'elle a per- due, et dont, pour sa part, elle devra supporter les conséquences... »
Dès le 28 octobre, Hitler se charge d'ailleurs de rassurer Mussolini à Florence, au moment où les Italiens s'apprêtent à se lancer dans leur désastreuse offensive contre la Grèce. Il a du calmer les inquiétudes du Duce, agacé par « cette mauvaise plaisanterie de Montoire ». Quelques jours plus tard, le Maréchal rassure pour sa part Roosevelt, qui s'inquiétait d'éventuels accords franco-allemands à propos de la flotte française : « Mon gouvernement a déclaré que la flotte française ne serait jamais livrée et rien ne peut autoriser le gouvernement américain à mettre en doute aujourd'hui cet engagement solennel... » A certains de ses ministres, inquiets de ce qui a pu être négocié à Montoire, le Maréchal indique, dès son retour, qu'il ne s'est «engagé à rien. Hitler m'a offert de collaborer sans autre précision. Nous ne pouvons pas faire autrement que d'étudier sa proposition. Mais nous suivrons notre politique. Et il faudra être prudent. Collaboration ? Il ne s'agit que d'un principe. En tout cas, elle ne sera jamais militaire, mais tout au plus économique. Il ne faut pas oublier qu'ils sont là... »
Attentisme et prudence sont alors les maîtres mots qui commandent l'attitude du Maréchal. Malgré Mers el-Kébir, il maintient des contacts avec les Anglais, à l'occasion de la « mission » à Londres du professeur Louis Rougier, ou quand il encourage les rencontres du comte de La Baume, ambassadeur à Madrid, avec son homologue anglais Samuel Hoare. Dès le 30 octobre, il confie également à l'ambassadeur du Portugal à Vichy le soin de rassurer Churchill. La teneur du message est claire: il n'y aura pas d'entrée en lutte contre l Angleterre et si la France est attaquée, elle se défendra, mais seule. C'est un message analogue qui est transmis par Weygand au représentant anglais à Tanger. Le 9 novembre, le délégué général du gouvernement en Afrique reçoit une lettre manuscrite du Maréchal, qui cherche sans doute à le rassurer, dans la mesure où Maxime Weygand se méfie par-dessus tout des initiatives de Pierre Laval et demeure convaincu qu'il ne faut pas aller au-delà d'une stricte application des conditions d'armistice. Le chef de l'État s'exprime alors dans les termes suivants : «Il n'a été question à Montoire que d'une collaboration de principe. Aucune modalité n'a été envisagée... Il est probable que cette question de la "collaboration" se reposera un jour. Je ferai en sorte qu'elle ne se pose que sur des considérations d'ordre économique ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d'agression contre l'Angleterre. Je
Illusions volontaires
Si la presse de la zone libre demeure prudente quant à l'interprétation de l'entrevue de Montoire, celle de la zone occupée, qui dépend souvent étroitement de l'autorité allemande, donne à la rencontre une dimension historique et un journaliste de L'Illustration n'hésite pas à écrire que« l'Allemagne a choisi la collaboration avec la France. {...] Le maréchal Pétain, fermement convaincu que le redressement de la France est en fonction directe de son rapprochement avec l'Allemagne, a pensé que ce rapprochement n'était réalisable que s'il était entrepris dès maintenant, quelle que soit l'issue de la guerre avec l'Angleterre et, en liant notre sort, sans arrière-pensée ni réticences, à celui de l'Allemagne. {. .. ] » On peut difficilement mentir ou s'illusionner davantage quant aux intentions réelles des deux interlocuteurs... A l'inverse, l'agence de presse allemande DNB précise, le 30 octobre« qu'aucun accordformel n'a marqué la rencontre du Führer avec les hommes d'État français. On admet que des questions fondamentales pour la position future de la France en Europe ont été abordées, en partant bien entendu du fait que la France est coresponsable de la guerre actuelle, qu'elle a per- due, et dont, pour sa part, elle devra supporter les conséquences... »
Dès le 28 octobre, Hitler se charge d'ailleurs de rassurer Mussolini à Florence, au moment où les Italiens s'apprêtent à se lancer dans leur désastreuse offensive contre la Grèce. Il a du calmer les inquiétudes du Duce, agacé par « cette mauvaise plaisanterie de Montoire ». Quelques jours plus tard, le Maréchal rassure pour sa part Roosevelt, qui s'inquiétait d'éventuels accords franco-allemands à propos de la flotte française : « Mon gouvernement a déclaré que la flotte française ne serait jamais livrée et rien ne peut autoriser le gouvernement américain à mettre en doute aujourd'hui cet engagement solennel... » A certains de ses ministres, inquiets de ce qui a pu être négocié à Montoire, le Maréchal indique, dès son retour, qu'il ne s'est «engagé à rien. Hitler m'a offert de collaborer sans autre précision. Nous ne pouvons pas faire autrement que d'étudier sa proposition. Mais nous suivrons notre politique. Et il faudra être prudent. Collaboration ? Il ne s'agit que d'un principe. En tout cas, elle ne sera jamais militaire, mais tout au plus économique. Il ne faut pas oublier qu'ils sont là... »
Attentisme et prudence sont alors les maîtres mots qui commandent l'attitude du Maréchal. Malgré Mers el-Kébir, il maintient des contacts avec les Anglais, à l'occasion de la « mission » à Londres du professeur Louis Rougier, ou quand il encourage les rencontres du comte de La Baume, ambassadeur à Madrid, avec son homologue anglais Samuel Hoare. Dès le 30 octobre, il confie également à l'ambassadeur du Portugal à Vichy le soin de rassurer Churchill. La teneur du message est claire: il n'y aura pas d'entrée en lutte contre l Angleterre et si la France est attaquée, elle se défendra, mais seule. C'est un message analogue qui est transmis par Weygand au représentant anglais à Tanger. Le 9 novembre, le délégué général du gouvernement en Afrique reçoit une lettre manuscrite du Maréchal, qui cherche sans doute à le rassurer, dans la mesure où Maxime Weygand se méfie par-dessus tout des initiatives de Pierre Laval et demeure convaincu qu'il ne faut pas aller au-delà d'une stricte application des conditions d'armistice. Le chef de l'État s'exprime alors dans les termes suivants : «Il n'a été question à Montoire que d'une collaboration de principe. Aucune modalité n'a été envisagée... Il est probable que cette question de la "collaboration" se reposera un jour. Je ferai en sorte qu'elle ne se pose que sur des considérations d'ordre économique ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d'agression contre l'Angleterre. Je
suis bien résolu à ne m'associer pour cette tâche, ni aux Italiens, ni aux Allemands... Personne ne doit être autorisé à utiliser nos bases aériennes et navales. Nous y veillerons. La situation de notre pays nécessite de maintenir un équilibre prudent entre la collaboration avec l'Allemagne - inévitable sur le plan économique - et les invites anglaises et américaines. »
Cette prudence n'est pas celle de Laval qui attend beaucoup de la « collaboration » évoquée à Montoire et qui est encouragé en ce sens par son interlocuteur parisien, l'ambassa- deur Otto Abetz, lequel s'illusionne beaucoup lui-même sur les intentions de ses chefs, aveuglé qu'il demeure par la nécessité - absolue selon lui- d'une réconciliation avec une Fran- ce à laquelle il est très attaché depuis les années d'avant-guerre. Par son activisme « collaborateur », Laval finit par agacer profondément Pétain qui, de plus, le soupçonne de le tenir à l'écart de ses conversations avec ses interlocuteurs allemands.
Cette prudence n'est pas celle de Laval qui attend beaucoup de la « collaboration » évoquée à Montoire et qui est encouragé en ce sens par son interlocuteur parisien, l'ambassa- deur Otto Abetz, lequel s'illusionne beaucoup lui-même sur les intentions de ses chefs, aveuglé qu'il demeure par la nécessité - absolue selon lui- d'une réconciliation avec une Fran- ce à laquelle il est très attaché depuis les années d'avant-guerre. Par son activisme « collaborateur », Laval finit par agacer profondément Pétain qui, de plus, le soupçonne de le tenir à l'écart de ses conversations avec ses interlocuteurs allemands.
ANACHRONISMES
L'obsession de Vichy, depuis quelques années, marque le triomphe de l'anachronisme. Le phénomène n'a rien de surprenant.[...]
Anachronique, telle est une certaine lecture idéologique de la Résistance et de l'histoire des résistants, qui fustige les engagements antifascistes, malgré leur diversité et leurs motivations multiples. [...]
Anachronique, telle est encore la tentation du " judée-centrisme " qui cherche à relire toute l'histoire de l'Occupation à travers le prisme de l'antisémitisme. Si, à nos yeux, la politique antijuive est un fait majeur, elle n'était, àl'époque, qu'un des aspects parmi d'autres de l'Occupation, les Juifs étant des victimes au même titre que d'autres persécutés ou réprouvés. Que cela puisse choquer la conscience est une chose, que cela doive conduire à refaire l'histoire en est une autre : l'anachronisme consiste ici à confondre la morale de la postérité avec la réalité du passé. [...]
Le Vél' d'Hiv' ? L'événement est devenu depuis 1993 le symbole officiel du Vichy antisémite. Mais la grande rafle de juillet 1942, comme toutes celles qui ont suivi, en zone nord comme en zone sud, furent moins la conséquence de l'antisémitisme d'État que celui de la collaboration d'État. Le rôle des Bousquet, Leguay et consorts s'explique non par un fanatisme antijuif mais par la politique d'un régime prêt à payer le prix du sang, celui des autres, la défense d'une certaine conception de la " souveraineté nationale "· Cette politique n'a pas de lien nécessaire avec les lois antijuives promulguées deux ans plus tôt parVichy. C'était même ce que la mémoire nationale était supposée intégrer : la part d'autonomie à l'égard de l'occupant. Certes, ces lois ont favorisé ultérieurement l'application de la " Solution finale "• un crime prémédité et organisé par les nazis. Statuts, fichiers, lois d'exclusion françaises ont facilité les arrestations massives de 1942-1943. Mais le sens de ces lois, promulguées entre juillet 1940 et l'été 1941, n'était pas celui de prémisses à une extermination, projet qui, à ce moment-là, n'est pas à l'ordre du jour, ni dans la politique de Vichy, ni même dans celle du Reich.
ÉRIC CONAN ET HENRY ROUSSO Vichy, un passé qui ne passe pas, pp. 268-272. Fayard, 1994.
L'obsession de Vichy, depuis quelques années, marque le triomphe de l'anachronisme. Le phénomène n'a rien de surprenant.[...]
Anachronique, telle est une certaine lecture idéologique de la Résistance et de l'histoire des résistants, qui fustige les engagements antifascistes, malgré leur diversité et leurs motivations multiples. [...]
Anachronique, telle est encore la tentation du " judée-centrisme " qui cherche à relire toute l'histoire de l'Occupation à travers le prisme de l'antisémitisme. Si, à nos yeux, la politique antijuive est un fait majeur, elle n'était, àl'époque, qu'un des aspects parmi d'autres de l'Occupation, les Juifs étant des victimes au même titre que d'autres persécutés ou réprouvés. Que cela puisse choquer la conscience est une chose, que cela doive conduire à refaire l'histoire en est une autre : l'anachronisme consiste ici à confondre la morale de la postérité avec la réalité du passé. [...]
Le Vél' d'Hiv' ? L'événement est devenu depuis 1993 le symbole officiel du Vichy antisémite. Mais la grande rafle de juillet 1942, comme toutes celles qui ont suivi, en zone nord comme en zone sud, furent moins la conséquence de l'antisémitisme d'État que celui de la collaboration d'État. Le rôle des Bousquet, Leguay et consorts s'explique non par un fanatisme antijuif mais par la politique d'un régime prêt à payer le prix du sang, celui des autres, la défense d'une certaine conception de la " souveraineté nationale "· Cette politique n'a pas de lien nécessaire avec les lois antijuives promulguées deux ans plus tôt parVichy. C'était même ce que la mémoire nationale était supposée intégrer : la part d'autonomie à l'égard de l'occupant. Certes, ces lois ont favorisé ultérieurement l'application de la " Solution finale "• un crime prémédité et organisé par les nazis. Statuts, fichiers, lois d'exclusion françaises ont facilité les arrestations massives de 1942-1943. Mais le sens de ces lois, promulguées entre juillet 1940 et l'été 1941, n'était pas celui de prémisses à une extermination, projet qui, à ce moment-là, n'est pas à l'ordre du jour, ni dans la politique de Vichy, ni même dans celle du Reich.
ÉRIC CONAN ET HENRY ROUSSO Vichy, un passé qui ne passe pas, pp. 268-272. Fayard, 1994.
Joseph Darnand (1897-1945). Héros de la Grande Guerre et des combats de 1939-1940, il a <<fait», le 21 mars 1940, la couverture de Match, à la suite de ses exploits contre les lignes allemandes. A la fin de 1941, il est le fondateur du Service d'ordre légionnaire (SOL). Épuré de ses tièdes et ouvert à de jeunes volontaires qui ne sont pas anciens combattants, le SOL est transformé par Laval en Milice française au début de 1943. Pris dans l'enchaînement de la guerre civile, ce mouvement musclé se transforme en police supplétive à la fin de l'année. Bien avant cette dérive, Joseph Darnand avait tenté de rejoindre le général de Gaulle et les F F L. Le refus qui lui fut opposé l'enfermait irrémédiablement dans le jusqu 'au-boutisme de la Collaboration.
PÉTAIN, UN STRATÈGE COMPLET par Guy Chambarlac
Quatrième enfant d'une famille de paysans, Philippe Pétain (1856- 1951) est né à Cauchy-la-Tour, dans le Pas-de-Calais. Reçu à Saint-Cyr en 1876, il est sous- lieutenant au 24èmee bataillon de chasseurs alpins en 1883. En 1900, il commande le 8' bataillon de chasseurs. En pleine affaire des "fiches ", le ministère lui enjoint de livrer le nom de ses officiers qui assistent à la messe. Lui, qui n'y va jamais, répond que prenant place au premier rang, il ne peut voir ceux qui se trouvent derrière lui...
Professeur à l'École de guerre de 1901 à 1907, il développe une théorie révolutionnaire qui rompt avec la doctrine officielle de l'offensive à la baïonnette : "Le progrès du feu impose à l'infanterie des procédés de combats nouveaux[...] Le feu tue. »
Les notes de Foch, alors directeur de l'École de guerre, bien qu'hostile à ses idées, sont extrêmement élogieuses. Rien ne semble s'opposer à ce que Pétain soit enfin nommé général. Sauf son franc-parler.
En juillet 1914, le colonel Pétain a 58 ans. Il se prépare à la retraite. Un an plus tard, il commande une armée. En 1916, il triomphe à Verdun. En 1917, il est commandant en chef de l'armée française et en décembre 1918, il reçoit à Metz le bâton de maréchal de France. Dans la troupe, Pétain est le plus populaire des grands chefs de la guerre. Les soldats savent qu'il a tout fait pour soulager leur peine et limiter les pertes. Dans notre numéro 4 (cc Pétain devant l'histoire»), le professeur Guy Pedroncini a révélé les raisons d'une fortune aussi exceptionnelle, renversant notamment la légende d'un Pétain exclusivement "défensif" :
" Comment comprendre que l'on demande à ce "pessimiste" de redonner confiance à une armée qui renonce ? Comment comprendre que ce général "défensif" ait réussi toutes ses offensives et surtout gagné tous ses commandements à une époque où l'offensive avait les faveurs de Joffre ? Comment expliquer qu'en octobre- novembre 1918, il voulait lancer une puissante offensive en Lorraine et que l'offensif Foch et l'énergique Clemenceau ne l'aient pas entendu ?
" Les archives ont apporté la réponse. Elles montrent le général Pétain tel qu'il a été. Un tacticien qui a obtenu la victoire et sauvé le pays par une défensive efficace tout en ménageant les hommes ; un stratège complet, sans doute le plus complet de la Grande Guerre ; un offensif raisonné qui a compris les nouvelles conditions de la guerre - il est l'homme des chars, des avions, du matériel- et la nécessité de ménager absolument les forces humaines de la France ; un homme qui
connaissait bien ses soldats et qui a réussi en quelques semaines à maîtriser une crise du moral et de la confiance qui menaçait de conduire à la défaite. "
Quatrième enfant d'une famille de paysans, Philippe Pétain (1856- 1951) est né à Cauchy-la-Tour, dans le Pas-de-Calais. Reçu à Saint-Cyr en 1876, il est sous- lieutenant au 24èmee bataillon de chasseurs alpins en 1883. En 1900, il commande le 8' bataillon de chasseurs. En pleine affaire des "fiches ", le ministère lui enjoint de livrer le nom de ses officiers qui assistent à la messe. Lui, qui n'y va jamais, répond que prenant place au premier rang, il ne peut voir ceux qui se trouvent derrière lui...
Professeur à l'École de guerre de 1901 à 1907, il développe une théorie révolutionnaire qui rompt avec la doctrine officielle de l'offensive à la baïonnette : "Le progrès du feu impose à l'infanterie des procédés de combats nouveaux[...] Le feu tue. »
Les notes de Foch, alors directeur de l'École de guerre, bien qu'hostile à ses idées, sont extrêmement élogieuses. Rien ne semble s'opposer à ce que Pétain soit enfin nommé général. Sauf son franc-parler.
En juillet 1914, le colonel Pétain a 58 ans. Il se prépare à la retraite. Un an plus tard, il commande une armée. En 1916, il triomphe à Verdun. En 1917, il est commandant en chef de l'armée française et en décembre 1918, il reçoit à Metz le bâton de maréchal de France. Dans la troupe, Pétain est le plus populaire des grands chefs de la guerre. Les soldats savent qu'il a tout fait pour soulager leur peine et limiter les pertes. Dans notre numéro 4 (cc Pétain devant l'histoire»), le professeur Guy Pedroncini a révélé les raisons d'une fortune aussi exceptionnelle, renversant notamment la légende d'un Pétain exclusivement "défensif" :
" Comment comprendre que l'on demande à ce "pessimiste" de redonner confiance à une armée qui renonce ? Comment comprendre que ce général "défensif" ait réussi toutes ses offensives et surtout gagné tous ses commandements à une époque où l'offensive avait les faveurs de Joffre ? Comment expliquer qu'en octobre- novembre 1918, il voulait lancer une puissante offensive en Lorraine et que l'offensif Foch et l'énergique Clemenceau ne l'aient pas entendu ?
" Les archives ont apporté la réponse. Elles montrent le général Pétain tel qu'il a été. Un tacticien qui a obtenu la victoire et sauvé le pays par une défensive efficace tout en ménageant les hommes ; un stratège complet, sans doute le plus complet de la Grande Guerre ; un offensif raisonné qui a compris les nouvelles conditions de la guerre - il est l'homme des chars, des avions, du matériel- et la nécessité de ménager absolument les forces humaines de la France ; un homme qui
connaissait bien ses soldats et qui a réussi en quelques semaines à maîtriser une crise du moral et de la confiance qui menaçait de conduire à la défaite. "
"La nuit du châtiment, un déluge de feu" s'abat sur Dresde, 250 000 civils seront massacrés par les bombardiers anglo-américains.
La ville ne comporte aucun objectif militaire et n' abrite que des civils, vieillards, femmes et enfants, fuyant l'armée rouge. La technique du "Carpet Bombing" (tapis de bombes incendiaires) y est implacablement appliquée .
"A 22 heures 03’, le 13 février 1945 commence l’apocalypse.
245 bombardiers Lancaster chargés de 75 % de bombes incendiaires, 25 % de bombes explosives arrivent en vue de leur objectif. "Le dosage savant des deux types de bombes provoque un véritable typhon de feu par appel d’air. Ceux qui ne sont pas brûlés vifs sont asphyxiés."
A 01 heure 45’, le 14 février 1945, 529 bombardiers surgissent. Mille hectares sont ravagés par les explosions. A 12 heures 12’, le 14 février 1945, 450 Forteresses volantes américaines mettent le point final au carnage, tandis qu’une centaine de chasseurs
Mustang mitraillent au sol tout ce qui a encore l’apparence de la vie.
Des bombardiers et chasseurs furent "dépêchés" en guise de leurre sur Magdebourg, Leipzig et Nuremberg, d'autres exécutèrent un MASSACRE de même espèce sur Chemnitz
(730.000 tonnes de bombes incendiaires)
La ville ne comporte aucun objectif militaire et n' abrite que des civils, vieillards, femmes et enfants, fuyant l'armée rouge. La technique du "Carpet Bombing" (tapis de bombes incendiaires) y est implacablement appliquée .
"A 22 heures 03’, le 13 février 1945 commence l’apocalypse.
245 bombardiers Lancaster chargés de 75 % de bombes incendiaires, 25 % de bombes explosives arrivent en vue de leur objectif. "Le dosage savant des deux types de bombes provoque un véritable typhon de feu par appel d’air. Ceux qui ne sont pas brûlés vifs sont asphyxiés."
A 01 heure 45’, le 14 février 1945, 529 bombardiers surgissent. Mille hectares sont ravagés par les explosions. A 12 heures 12’, le 14 février 1945, 450 Forteresses volantes américaines mettent le point final au carnage, tandis qu’une centaine de chasseurs
Mustang mitraillent au sol tout ce qui a encore l’apparence de la vie.
Des bombardiers et chasseurs furent "dépêchés" en guise de leurre sur Magdebourg, Leipzig et Nuremberg, d'autres exécutèrent un MASSACRE de même espèce sur Chemnitz
(730.000 tonnes de bombes incendiaires)