Maréchal Pétain
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Réhabilitation du Maréchal Pétain
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CHURCHILL EN 1941 : JE COMPRENDS LE MARÉCHAL PÉTAIN
Le 14 juin 1941, le colonel Groussard*, envoyé secrètement à Londres par le général Huntzinger, ministre de la Défense de Vichy, avec l'assentiment du maréchal Pétain, est reçu par Winston Churchill qui lui déclare:
" Dites à ceux qui vous ont envoyé ici que je comprends la situation pénible qui est la vôtre, dans cette malheureuse France saignante, pressurée, coupée en deux... Je sais que la tâche de vos chefs est presque surhumaine ; je les approuve de vouloir protéger le plus possible la France et les Français : mais je leur demande de ne pas oublier que leurs Alliés continuent à se battre ; je leur demande d'avoir foi en l'avenir... Moi aussi, si je gouvernais votre pays, je ne dirais pas aux Allemands : "Je vous déteste !", parce qu'il faut toujours éviter le pire, avec acharnement... Moi aussi,
je biaiserais, je chercherais à gagner du temps, à propos de tout : mais j'aiderais par tous les moyens possibles ceux qui restent mes compagnons d'armes... Dites à Vichy que je respecte profondément la personne du maréchal Pétain. Jamais je n'ai cru que cet homme puisse souhaiter la victoire allemande. »
COLONEL GEORGES GROUSSARD Service Secret 1940·1945, La Table Ronde.
• Le colonel Groussard animera à partir de 1942 l'un des plus importants réseaux de résistance.
<<Je reprendrai contre un capitalisme égoïste et aveugle, la lutte que les souverains de France ont engagée et gagnée contre la féodalité. J'entends que notre pays soit débarrassé de la tutelle la plus méprisable: celle de l'argent. »
Maréchal Pétain, 12 août 1941.
Jacques le Groignec, Pétain et De Gaulle :
De 1930 à 1940, la France connait 20 gouvernements (1) dont 2 seulement ont à leur tête un chef issu de la droite ou du centre-droit (2). En matière de défense nationale, écrit De Gaulle, "de telles conditions interdisaient aux responsables cet ensemble de desseins continus, de décision mûries, de mesures menées à leur terme, qu'on appelle une politique"(3).
Entre l'avènement d'Hitler (30 janvier 1933) et la déclaration de guerre par le gouvernement Daladier (3 septembre 1939), la droite sera restée durant 7 mois au pouvoir. Il est donc indéniable que, face à la menace allemande, la responsabilité de l'impréparation matérielle et morale de la France incombe à la gauche et au régime de la III ème république agonisante, régime qui selon de Gaulle, "s'est paralysé dans la licence". Pétain partage ce jugement quand, au terme d'un ministère de onze mois au sein du gouvernement présidé par le radical-socialiste Doumergue, il clame son soulagement de "sortir la pétaudière".
1 - Chautemps - Tardier - Steeg - Laval - Tardieu - Herriot - Paul-Boncour - Daladier - Sarraut - Chautemps - Daladier - Doumergue - Flandin - Bouisson - Laval - Sarraut/Blum - Chautemps - Blum - Daladier.
2 - Tardier, Flandin
LES CRIMES DE L’EPURATION
« Il y a deux histoires, l’une que l’on enseigne et qui ment, l’autre que l’on tait parce qu’elle recèle l’inavouable » (Honoré de Balzac)
Si l’on en croit l’historien Henri Amouroux, les Français étaient majoritairement pétainistes jusqu’au débarquement en Normandie le 6 juin 1944. Mais l’histoire d’après-guerre, écrite et enjolivée par les gaullistes et les communistes, a scindé le pays, de façon assez caricaturale, en deux camps : les résistants et les « collabos », ce qui permettait de minimiser les crimes commis à la libération : une période appelée « l’épuration » et qui, hélas, justifie bien son nom !
Qu’on le veuille ou non, la France de 1940 à 1944 a été pétainiste et passive à 90 ou 95%. Il y a bien eu une poignée, une faible proportion de la population, pour fournir les « résistants de la première heure ».
Le 22 juin 1941 l’armée allemande attaqua l’URSS scellant ainsi la rupture du pacte germano-soviétique. C’est seulement à partir de ce moment là que les communistes basculèrent dans la résistance. En mars 1942, l'instauration du STO poussa plus massivement des jeunes vers les maquis mais la résistance restera cependant marginale jusqu'au débarquement allié du 6 juin 1944.
Dans les clichés de cette époque trouble, on a retenu des résistants -gaullistes, communistes, socialistes- et une droite « maréchaliste » voire collaborationniste, ce qui relève des « mensonges de l’Histoire ».
La droite d’avant-guerre était, dans son immense majorité fortement antiallemande. Deux partis, exclusivement, se déclaraient fascistes : le « Faisceau » de Georges Valois –arrêté pour « faits de résistance » à l'Hôtel Dardières, aux Ardillats par la Gestapo, le 18 mai 1944, il mourra du typhus, en déportation, à Bergen-Belsen, en février 1945- et le « Franscisme » de Marcel Bucard.
Seul le premier avait des accointances avec l'Italie fasciste. Le chantre de la collaboration fut Pierre Laval, ancien député socialiste. Les partis les plus collaborationnistes furent le « Parti Populaire Français » créé et dirigé par Jacques Doriot, ancien député-maire communiste de Saint-Denis qui mourra sous l'uniforme allemand et le « Rassemblement National Populaire » du député socialiste Marcel Déat, éphémère ministre de l'aviation en 1936.
La droite nationaliste, souvent favorable au maréchal Pétain, va s'impliquer massivement dans la résistance. Son premier martyr connu fut l'officier de la « Royale », Honoré d'Estienne d'Orves, fusillé au Mont-Valérien, le 29 août 1941. L'amiral Darlan était sur le point d'obtenir sa grâce quand, le 21 août, le Communiste Pierre Georges, futur « colonel Fabien » -qui ne sera qu’un pseudonyme que les communistes s’empresseront de sacraliser- tira dans le dos d'un officier allemand, l'aspirant Moser, au métro « Barbès ». L'histoire officielle n'a pas retenu ce détail, ni le fait que l'aspirant Moser attendait le métro sans arme, quand Pierre Georges lui a (héroïquement) tiré dans le dos. En représailles, cent otages sont exécutés dont Honoré d'Estienne d'Orves.
Hélas trop souvent, tels les ouvriers de la dernière heure, certains résistants tardifs se montreront les pires épurateurs (parfois pour faire oublier un passé de « collabo » ou une fortune bâtie en faisant du marché noir.)
C’est une époque où l’armée française, qui veut se persuader qu'elle a gagné la guerre, reconstitue ses effectifs en régularisant des FFI et des FTP communistes. Heureusement, avant d'en faire des militaires d'active, on envoie ces cadres au rabais tester leur niveau de connaissance à l'école des officiers de Cherchell, en Algérie. L'ancien député Marcel Bouyer, lieutenant FFI, ex-agent de liaison dans la poche de Royan, racontait en riant :
« Cherchell, c'était impayable ! Des gens y rentraient avec des galons de colonels et en ressortaient... sergents. ». Il est vrai que l'inflation aux galons était monnaie courante à l'époque : Jacques Delmas (Chaban dans la résistance), futur maire de Bordeaux, aspirant en 1939, sera... général en 1944, à 27 ans. Malgré des états de service honorables, on n'avait plus vu ça
depuis Bonaparte ! Mais, en ces temps troublés, tout est permis, il suffit d'oser ! On a même vu, chez les FTP, des « colonels à 6 galons » (un colonel en porte 5) dont un qui avait échoué à son peloton de… caporal en 1939.
De Gaulle, décorant à Bordeaux une rangée d'une douzaine de « colonels » FFI ou FTP trouve, en bout de file, un simple capitaine auquel il déclare en souriant : « Vous ne savez pas coudre ? »
Tout ceci pourrait prêter à sourire, mais la France de la libération, c'est aussi celle des crimes de l'épuration qui demeureront une honte et entachera à jamais notre Histoire…
A la libération, en métropole, commencera une kyrielle de procès, plus ou moins bâclés, plus ou moins expéditifs, mais avec une apparence de légalité.
Intransigeance d’une justice partisane et injuste : le 27 janvier 1945, la cour de justice de Lyon rend son verdict : Charles Maurras, 76 ans, l'un des écrivains les plus influents de son temps, est condamné à la réclusion perpétuelle et à la dégradation nationale pour « intelligence avec l'ennemi ».
Si quelqu'un n'avait jamais eu d'« intelligence » avec l'Allemagne, c'était bien Maurras. Lutter contre le germanisme avait été l'un des buts de sa vie. Mais nous étions en 1945 et le seul fait d'être proche de Pétain valait d'être taxé aussitôt du crime de collaboration… donc de traître.
Durant la même période s’ouvre le procès de Robert Brasillach, directeur du journal « Je suis partout ». Condamné à mort, il a bénéficié d'un soutien massif des intellectuels -gaullistes et communistes, entre autres- qui ont signé une pétition pour demander sa grâce à De Gaulle. Le « premier résistant de France » refusa son recours en grâce et Brasillach fut fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge.
De Gaulle justifiera sa décision, plus tard, par « son indignation d'avoir vu Brasillach posant en uniforme allemand sur la couverture d'un magazine ... ». Oui mais voilà, Robert Brasillach n'a jamais porté l'uniforme allemand. De Gaulle l'a simplement confondu avec Jacques Doriot. Un « détail » peu glorieux qui entache la « belle histoire » du gaullisme…
Le 15 août 1945, en plein été, la cour rend son verdict au procès Pétain : la peine de mort.
Ce vieux maréchal, qui, en juin 1940 avait « fait don de sa personne à la France pour atténuer ses malheurs » paie pour la lâcheté de tout un peuple.
En effet, arrêtons de faire croire que ce vieillard aurait fait, avec la complicité de Pierre Laval, une sorte de coup de force pour s'emparer du pouvoir. Rappelons les faits : les parlementaires français ont accordé les pleins pouvoirs à Pétain par 569 voix pour et 80 contre, soit, en gros, 85% des suffrages exprimés. Ce vote eut lieu le 10 juillet 1940. Comment ose-t-on écrire que la France et ses représentants légaux ne pardonnaient pas au maréchal d'avoir demandé les conditions d'un armistice le...18 juin ? Ils ont eu le temps de la réflexion et ont donc voté en leur âme et conscience.
Dans un entretien à Valeurs actuelles en date du 13 décembre 1993, l’historien, Henri Amouroux, déclarait : « Le gaullisme a imposé l'idée qu'il ne fallait pas signer cet armistice et que Vichy était illégitime. C'est fabuleux ! Mais, ce n'est pas sérieux ! ».
L'épuration a été sanglante dans presque toute la France. Citons, par exemple, les « purges » et règlements de compte effectués, en toute impunité, par les FTP du Limousin. Des comportements monstrueux qui finiront par irriter puis indigner Georges Guingouin, commandant le « régiment de marche du Limousin » (FTP), bien qu'il s'agisse de ses propres troupes. Guingouin, maire de Limoges à la libération, sera exclu du PCF après un long procès « stalinien » ; il avait osé écorner le mythe d'une France combattante pure, incarnée par les communistes !
L'épuration, c'est aussi cet exploitant agricole en Charente, Paul de M...., qui a vu son père et son frère fusillés sous ses yeux parce qu'ils étaient aristocrates, catholiques et châtelains. L'enquête prouvera qu'ils aidaient la résistance non-communiste.
Robert Aron, historien de la période de l’épuration, note : « C’est un véritable
armorial, un annuaire des châteaux ou un bottin mondain de province que l’on pourrait constituer avec les victimes. D’autant que beaucoup d’entre elles ont eu le tort inexpiable, tout en étant antiallemandes, de faire confiance à Pétain, ou bien d’être, dans la résistance, d’un camp différent de celui de leur assassin… ».
C'est aussi, cette jeune fille, catholique et cheftaine des guides de France, qu'on viendra chercher le jour de son mariage pour la fusiller devant ses proches au motif que sa famille -mais pas elle !- aurait été « collabo...
C'est cet amiral en retraite, proche du maréchal Pétain, que les épurateurs vont écarteler entre deux camions en le brûlant à la lampe à souder...
C'est le comte Christian de Lorgeril, parent de d'Estienne d'Orves, mais à qui on reproche son château et ses idées monarchistes. Il est arrêté le 22 août 1944 : « Complètement nu, le malheureux dut s'asseoir sur une baïonnette. Puis il eut les espaces métacarpiens sectionnés, les pieds et les mains broyés. Les bourreaux lui transpercèrent le thorax et le dos avec une baïonnette rougie au feu. Le martyr fut ensuite plongé dans une baignoire pleine d'essence à laquelle les sadiques mirent le feu. Leur victime s'étant évanouie, ils le ranimèrent pour répandre ensuite sur ses plaies du pétrole enflammé. Le malheureux vivait encore. Il devait mourir, 55 jours plus tard, dans les souffrances d'un damné... ».
Ce récit, d’un sadisme écœurant, est paru dans le quotidien « L'Aube » en novembre 1950. Nous étions revenus aux pires heures de la Révolution de 1789 !
Parmi la faune de barbares « résistants » de l’époque, figurait un certain Henrot, responsable, entre autres, du massacre de la famille de Buffières et du pillage de leurs propriétés de Dolomieu et Milliassière, près de Grenoble. Le rapport d’enquête établit que : « Le 16 août 1944 au matin, une équipe d’une dizaine d’hommes fut désignée et placée sous la responsabilité d’Henrot, pour se rendre au château de Dolomieu afin de ramener au maquis le comte et la comtesse signalés comme collaborateurs… Lourdement armés, ils enfoncèrent la porte et abattirent philibert venu à leur rencontre les bras levés. Il fut abattu d’une rafale de mitraillette… Son épouse, qui protégeait leur petit garçon Michel, resta au premier étage… Marcelle et son fils Michel furent emmenés au camp du Châtelard… Arrivée au camp, Marcelle fut soumise aux pires tortures… une nuit d’orgies, devant son fils… Marcelle fut exécutée par ordre ainsi que son fils, sans qu’il soit question de la mise en jugement ou d’une décision de condamnation… ».
Ce rapport d’enquête stipule que l’enfant de 5 ans reçut une balle dans la tête, allongé sur le corps de sa mère.
Philibert de Buffières avait un frère en camp de concentration. Il y mourra. Son fils Bernard était sous-officier dans l’armée de Lattre.
Quelques jours plus tard, le 22 août, toujours sous les ordres du « lieutenant » Henrot, la bande investit le domaine de Milliassière : « Elisabeth de Buffières nota dans son livre de messe, une phrase prémonitoire : « Aimer c’est se donner jusqu’au sacrifice. 22/08/1944 ». Les FTP pillent et saccagent le château. Puis, vers 22h30 ils repartent vers d’autres forfaits : « Elisabeth ne réapparaissait pas… Etendue sur son lit, elle avait reçu trois balles de revolver dont une dans la tempe, après avoir été violée… »
Le « lieutenant » Henrot, lui, ne rendra jamais de compte à la justice : tué d’une balle en pleine tête (sans doute tirée par un de ses hommes), le 3 septembre, place des Terreaux, à Lyon, durant la libération de la ville. Le nom de ce « grand résistant » figure quelque part, sur un monument aux morts « pour la France ».
Il existe un autre volet de l’épuration qu’on a trop tendance à minimiser : celui des femmes tondues.
Pour les « épurateurs », le fait de coucher avec l’occupant était sanctionné, à minima, par la tonte des cheveux. Ces femmes tondues étaient accusées de « collaboration horizontale », un acte qui n'est pas incriminé dans le code pénal et qui n’a donc rien d’illégal. Certaines ont été lynchées, violées, torturé
es ou tuées. Le compte de ces victimes est difficile à établir. On parle de 20 ou 30 000, peut-être plus ?
Au nom de l’épuration, on a martyrisé et tondu des femmes amoureuses (celles, par exemple, qui refusèrent de quitter leur concubin ou leur mari allemand, lors des évacuations de civils des bases de sous-marins de Saint-Nazaire, Lorient et Dunkerque), puis celles qui, après tout, n’ont fait que leur métier (entraineuses, prostituées…). On se souvient de la tirade de la comédienne Arletty à qui on reprochait un amant allemand et qui répondit de sa voix gouailleuse et nasillarde : « Et alors ? Mon cœur est français mais mon cul est international ! ».
Après-guerre, des femmes tondues, battues, violées ont tenté des actions en justice contre leurs bourreaux mais leur action a été disqualifiée, elles n’étaient pas considérées comme des victimes.
Le chiffre officiel de l'épuration, communiqué par Adrien Tixier, alors ministre de l'intérieur, au « colonel Passy » (le capitaine Dewavrin) est de 105 000 victimes. Ce chiffre émanait des rapports des préfets. Il n'a jamais trouvé de démentis sérieusement étayés.
On a toujours tendance, pour minorer voire légitimer les crimes de l’épuration, à les mettre en parallèle avec ceux de la Milice, de sinistre mémoire. Mais les exactions barbares de la Milice, dans les derniers mois de la guerre, représentent entre 2 000 et 5 000 victimes. C’est odieux et énorme (sur une courte période et avec des effectifs armés d’environ 10 à 15 000 hommes à peine) mais cela représente de 2 à 5% maximum des crimes commis par les FTP et/ou d’autres (vrais ou faux) résistants…
Durant la seconde guerre mondiale, sur le sol de France, les « purges » de la libération et les bombardements anglo-américains firent, officiellement, 3 à 4 fois plus de victimes civiles que celles attribuées aux nazis.
« C'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme » soutenait Peguy. Dans le but de promouvoir une vérité historique par trop malmenée, Eric de Verdelhan –avec la sagacité qu’on lui connaît- a réussi la prouesse de transmettre dans son livre « Les massacres oubliés » (1), cette mémoire si maltraitée de nos jours.
Jusqu’ici, l’Histoire n’a été qu’un recueil de mensonges, d’ironies, de bouffonneries, un amoncellement de massacres et de cris de douleur. C’est ce qui est lassant chez elle : cette trame toujours semblable sous l’infini variété des motifs, cette lutte constante pour un chimérique pouvoir, ces victoires perdues, ces espoirs trahis, ces décadences, ces chutes, ces reniements, ces efforts vers un avenir qui se dérobe sans fin et qui ne relâche rien de ses exigences sanguinaires, donne une image de l’homme dont on ne saura jamais si elle exprime sa grandeur ou au contraire sa misère.
Albert Camus soutenait que « seule la vérité peut affronter l’injustice. La vérité ou bien l’amour ». Un homme qui écrit a charge d’âme, tout livre est un plaidoyer. Eric de Verdelhan, nous livre, ici, une étude réaliste à base de faits et de vérités vraies à l’histoire morale du XXème siècle.
José CASTANO
Extrait par Philippe Conrad
Juin 1940.
La France est abasourdie par la défaite. Lancée le 10 mai, la blitzkrieg allemande a tout balayé. Les armées hollandaise et belge ont été contraintes à la capitulation, le front de la Meuse a été enfoncé, rien n'a pu stopper la ruée des panzers vers l'estuaire de la Somme. La réduction du camp retranché de Dunkerque et le repli britannique ont ensuite précédé de peu l'ultime coup de boutoir sur la Somme et sur l'Aisne. Le 14 juin, les Allemands sont à Paris. Une fois la Loire franchie, leurs grandes unités blindées et mécanisées foncent vers Bordeaux, Clermont- Ferrand, Lyon et Grenoble. Malgré le sacrifice - au cours de ces six semaines fatales - de près de cent cinquante mille hommes, la défaite est totale, la pire peut-être de toutes celles qu'a essuyé le pays au cours de sa longue histoire. Pour une écrasante majorité de Français, dont beaucoup errent en lamentables cortèges sur les routes de l'exode, l'annonce de l'armistice engendre un soulagement certain. Sonnée par l'ampleur du désastre, la nation a besoin de récupérer et il ne fait aucun doute que la présence à sa tête du vainqueur de Verdun, de l'ancien commandant en chef de l'armée victorieuse de 1918, ranime la confiance dans les destinées de la patrie, trahie par les politiciens incapables d'une Ill' République à bout de souffle.
Dès ce moment une petite minorité entend poursuivre la lutte et, prenant date pour un avenir qui est imprévisible, elle contribuera à la résurrection de 1944-1945. Mais il faut assumer dans l'immédiat l'écrasante défaite et, au cours de ce triste été de 1940, la France apparaît tragiquement seule. L'Angleterre est repliée sur son île dans son égoïsme sacré, elle n'hésite pas devant le coup bas de Mers el- Kébir. L'URSS est de fait l'alliée de Hitler. L'Amérique de Roosevelt, en pleine campagne électorale, n'a aucune intention d'intervenir dans le conflit. L'Italie ne cache pas ses vues sur l'Afrique du Nord française, la Corse, la Savoie et Nice. Même l'Espagne de Franco s'intéresse au Maroc et à l'Oranie. L' Allemagne surtout apparaît durablement victorieuse et les points qu'elle marquera bientôt dans l'Europe danubienne , les succès qu'elle obtiendra en Yougoslavie et en Grèce au printemps 1941, suivis des premières victoires remportées sur le front russe vont confirmer son apparente invincibilité.
On ne peut aborder la question de la « collaboration » sans avoir à l'esprit ce contexte très défavorable à la France. L'armistice a, certes, permis de sauver la flotte et l'empire, de maintenir une zone libre où l'État français exerce toujours une autorité pleine et entière, de conserver une souveraineté plus formelle sur la zone occupée, mais l'avenir s'annonce plus qu'incertain. L'agression anglaise contre Mers el-Kébir et Dakar a rompu les liens entre la France et l'Angleterre et une éventuelle paix de compromis anglo-allemande - à laquelle tout le monde pense fatalement à ce moment - a toutes les chances de se conclure sur le dos de la France, la grande perdante de l'été 1940. Dans le règlement à venir - et l'on espère à Vichy qu'il interviendra rapidement, pour libérer le pays des contraintes très lourdes de l'armistice - la France ne disposera également que de peu d'atouts face aux revendications territoriales et coloniales d'une Italie alliée du vainqueur.
Dans la perspective d' une hégémonie durable de l'Allemagne- ce pays prenant ainsi désormais le relais de l'Angleterre en Europe - le nouveau régime français, placé dans un rapport de forces on ne peut plus défavorable, doit normalement chercher à se tailler une place dans «l'ordre nouveau » qui s'annonce. L' issue inattendue de la bataille aérienne d' Angleterre reportera sine die le débarquement allemand dans les îles britanniques mais le gouvernement de Londres n'en demeure pas moins condamné pour longtemps à une stratégie périphérique qui ne peut lui laisser l'espoir de renverser rapidement la situation. Toutes ces considérations conduisent naturellement les responsables de Vichy - et singulièrement Pierre Laval - à rechercher avec
l'Allemagne un modus vivendi qui permettrait d'alléger - puisque la guerre se prolonge - le poids des conditions d'armistice.
Déjà, au cours des années précédant la guerre, le souhait d'un rapprochement et d'une coopération franco-allemande susceptibles de garantir la paix en Europe a été fréquemment exprimé et l'accord de Munich (30 septembre 1938) a soulagé la majorité de l'opinion. Quelques semaines plus tard, en décembre 1938, les conversations entre Ribbentrop et Georges Bonnet ont confirmé ces espoirs. Les sentiments pacifistes de certains et le pragmatisme d'autres les encouragent alors à souhaiter que l'on enterre la vieille querelle franco- allemande pour laisser le Reich se tourner vers l'est, vers une URSS perçue avant tout comme le vecteur d'une révolution assimilée à un déferlement de barbarie asiatique.
Montoire
Dans la nouvelle donne née de la défaite française, ces perspectives reprennent une actualité certaine même s'il faut tenir compte de deux éléments nouveaux : l'ampleur du désastre militaire et politique que la France vient de subir et le fait qu'Hitler n'a pas 1'intention de faire le moindre cadeau au vaincu (il a beau jeu de rappeler que c'est la France qui lui a déclaré la guerre le 3 septembre 1939) et, d'autre part, l'alliance de fait qui unit à l'époque encore le Führer à Staline. Placés ainsi dans une position très inconfortable, les dirigeants français ne peuvent demeurer pour autant passifs. Ils sont condamnés à prendre des initiatives pour essayer de modifier une situation qui leur est totalement défavorable. C'est en ce sens qu'il convient d'interpréter leur attitude au cours de l'automne de 1940.
On sait que Je mot « collaboration », déjà lancé par Laval le 10 juillet 1940, surgit avec force à l'occasion de la fameuse rencontre de Montoire du 24 octobre 1940. Deux jours plus tôt Laval s'est entretenu avec Hitler qui se rendait à Hendaye pour rencontrer Franco et Serrano Suiier. C'est lui qui a eu l'idée de ce contact direct entre le Maréchal et le chancelier allemand. Un communiqué officiel rend compte, deux jours plus tard, de l'événement : « L'entrevue qui a eu lieu le 24 octobre entre le chancelier Hitler et le maréchal Pétain, en présence de M. von Ribbentrop et de M. Pierre Laval s'est déroulée dans une atmosphère de haute courtoisie. [...] Les deux interlocuteurs se sont mis d'accord sur le principe d'une collaboration. Les modalités en seront examinées ultérieurement. » Hitler avait employé le terme allemand signifiant «travailler ensemble» et c'est l'interprète Schmidt qui a utilisé celui de « collaboration », qui prendra ultérieurement la connotation péjorative que l'on sait. Le 30 octobre, une intervention à la radio du chef de l'État permet aux Français d'en savoir un peu plus : « C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration. Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d'occupation. Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l'administration et le ravitaillement du territoire... Cette politique est la mienne. Les ministres ne seront responsables que devant moi. C'est moi seul que l'histoire jugera... »
On comprend les préoccupations exprimées dans ce message. Les Allemands appliquent les conventions d'armistice avec la plus grande rigueur et vont même au-delà, en rattachant par exemple l'Alsace-Lorraine au Reich, en traçant la frontière d'une « zone interdite » dans le nord et l'est du pays, une frontière qui correspond en gros à celle de l'ancien Empire germanique du Moyen Âge, ce qui ne va pas sans susciter des inquiétudes quant à leurs intentions à moyen terme. Ils prélèvent une indemnité destinée à l'entretien des troupes d'occupation en fixant arbitrairement, au désavantage de la France, le cours du mark par rapport au franc. Avec les quatre cents millions que la France doit payer quotidiennement, il y aurait de quoi, dit Weygand, « entretenir dix millions de soldats
français .. . » Le vainqueur profite donc à fond de son triomphe et la France est, de fait, mise en coupe réglée, une partie des indemnités versées servant ensuite au rachat ou à la prise de contrôle d'entreprises françaises.
Illusions volontaires
Si la presse de la zone libre demeure prudente quant à l'interprétation de l'entrevue de Montoire, celle de la zone occupée, qui dépend souvent étroitement de l'autorité allemande, donne à la rencontre une dimension historique et un journaliste de L'Illustration n'hésite pas à écrire que« l'Allemagne a choisi la collaboration avec la France. {...] Le maréchal Pétain, fermement convaincu que le redressement de la France est en fonction directe de son rapprochement avec l'Allemagne, a pensé que ce rapprochement n'était réalisable que s'il était entrepris dès maintenant, quelle que soit l'issue de la guerre avec l'Angleterre et, en liant notre sort, sans arrière-pensée ni réticences, à celui de l'Allemagne. {. .. ] » On peut difficilement mentir ou s'illusionner davantage quant aux intentions réelles des deux interlocuteurs... A l'inverse, l'agence de presse allemande DNB précise, le 30 octobre« qu'aucun accordformel n'a marqué la rencontre du Führer avec les hommes d'État français. On admet que des questions fondamentales pour la position future de la France en Europe ont été abordées, en partant bien entendu du fait que la France est coresponsable de la guerre actuelle, qu'elle a per- due, et dont, pour sa part, elle devra supporter les conséquences... »
Dès le 28 octobre, Hitler se charge d'ailleurs de rassurer Mussolini à Florence, au moment où les Italiens s'apprêtent à se lancer dans leur désastreuse offensive contre la Grèce. Il a du calmer les inquiétudes du Duce, agacé par « cette mauvaise plaisanterie de Montoire ». Quelques jours plus tard, le Maréchal rassure pour sa part Roosevelt, qui s'inquiétait d'éventuels accords franco-allemands à propos de la flotte française : « Mon gouvernement a déclaré que la flotte française ne serait jamais livrée et rien ne peut autoriser le gouvernement américain à mettre en doute aujourd'hui cet engagement solennel... » A certains de ses ministres, inquiets de ce qui a pu être négocié à Montoire, le Maréchal indique, dès son retour, qu'il ne s'est «engagé à rien. Hitler m'a offert de collaborer sans autre précision. Nous ne pouvons pas faire autrement que d'étudier sa proposition. Mais nous suivrons notre politique. Et il faudra être prudent. Collaboration ? Il ne s'agit que d'un principe. En tout cas, elle ne sera jamais militaire, mais tout au plus économique. Il ne faut pas oublier qu'ils sont là... »
Attentisme et prudence sont alors les maîtres mots qui commandent l'attitude du Maréchal. Malgré Mers el-Kébir, il maintient des contacts avec les Anglais, à l'occasion de la « mission » à Londres du professeur Louis Rougier, ou quand il encourage les rencontres du comte de La Baume, ambassadeur à Madrid, avec son homologue anglais Samuel Hoare. Dès le 30 octobre, il confie également à l'ambassadeur du Portugal à Vichy le soin de rassurer Churchill. La teneur du message est claire: il n'y aura pas d'entrée en lutte contre l Angleterre et si la France est attaquée, elle se défendra, mais seule. C'est un message analogue qui est transmis par Weygand au représentant anglais à Tanger. Le 9 novembre, le délégué général du gouvernement en Afrique reçoit une lettre manuscrite du Maréchal, qui cherche sans doute à le rassurer, dans la mesure où Maxime Weygand se méfie par-dessus tout des initiatives de Pierre Laval et demeure convaincu qu'il ne faut pas aller au-delà d'une stricte application des conditions d'armistice. Le chef de l'État s'exprime alors dans les termes suivants : «Il n'a été question à Montoire que d'une collaboration de principe. Aucune modalité n'a été envisagée... Il est probable que cette question de la "collaboration" se reposera un jour. Je ferai en sorte qu'elle ne se pose que sur des considérations d'ordre économique ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d'agression contre l'Angleterre. Je