Maréchal Pétain
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Réhabilitation du Maréchal Pétain
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P274
La seconde chance, le général de Gaulle la doit au général Weygand. Là, c'est sûr.
La démonstration en est simple : Si jamais Weygand avait accepté, en 1942, l'offre des Américains, puis du général Giraud, de se mettre à la tête de la dissidence de l'Afrique française, jamais de Gaulle ne serait venu en Algérie. Nous avons trop vu les sentiments que Weygand nourrissait à son égard et l'estime dans laquelle il le tenait pour pouvoir en douter.
De Gaulle fût resté à Londres et eût continué — difficilement — d'assurer le rôle qu'il y avait jusqu'alors tenu, s'orientant sans doute de plus en plus vers la préparation de la résistance en France et la formation des maquis. En admettant que Churchill, excédé de la présence du Comité Français de Londres, voulût bien donner son aval. Et de même Weygand...
Cette chance s'est renouvelée avec le maréchal Pétain, lorsque le 12 novembre 1942 le Maréchal a refusé de transporter le gouvernement français à Alger et de relancer officiellement la France dans la guerre.
Le maréchal Pétain à Alger, jamais le général de Gaulle n'aurait pu, non plus, y venir, même en subordonné. Il était depuis deux ans en rébellion ouverte contre non seulement le gouvernement de Vichy mais contre la personne même du Maréchal, qu'il avait couverte d'invectives et d'injures. En admettant que le maréchal Pétain ait voulu user de clémence et recevoir de Gaulle en lui donnant un poste dans son ombre, Weygand s'y serait violemment opposé.
Il n'aurait pas eu cette peine, de Gaulle aurait refusé par fierté.
En somme, en ne venant pas à Alger, le maréchal Pétain a, bien involontairement et pour la seconde fois, laissé de Gaulle courir sa chance. Et quelle chance ! De Gaulle est poursuivi par une chance extraordinaire ! Les obstacles sur sa route s'écartent d'eux-mêmes, les uns après les autres. Est-il donc l'objet d'une protection divine ? Sans doute le pense-t-il.
Et ce n'est pas fini.
Weygand face à des gouvernements successifs socialistes en 1934 se retrouve face à des politiques incapables de prendre en compte le réarmement massif de l'Allemagne nazi.
Extrait du livre de Max Schiavon, Weygand l'intransigeant
Blum déclare en 1934 :
« Le parti socialiste n’a jamais voté les crédits militaires en temps de paix et nous continuerons la même politique : nous ne voterons pas ces crédits. »
....
« C’est aussi en octobre 1934 qu’Hitler prend la décision d’augmenter fortement le nombre de ses divisions pour disposer de 21 DI dès mars 1935, puis de 36 DI, trois Panzerdivisionen, deux divisions de cavalerie et une division rapide, sous-entendu motorisée, à moyen terme. La Luftwaffe est officiellement créée, la Kriegsakademie, l’école de guerre allemande, est rouverte. Un rapport argumenté du 2e bureau informe le chef de l’État, le président du Conseil, les ministres et les principaux généraux : « Au printemps 1935, les effectifs de la Reichswehr tendront vers 400 000 hommes », et non 100 000 comme stipulé par le traité de Versailles. Le rapport ajoute que les effectifs de policiers sont aussi largement dépassés, qu’il faut y ajouter les forces « paramilitaires » des SS (300 000 à 400 000 hommes), des SA, du corps automobile, du service du travail, soit deux millions d’hommes. Le 2e bureau estime que la Luftwaffe comptera fin 1936 une centaine d’escadrilles, soit 1 300 avions de combat, et de conclure : « En bref, l’Allemagne réarme à un rythme accéléré. » Tout ce qu’avait annoncé Weygand se réalise, crescendo. Le traité de Versailles vole en éclats. Dès cette date, il devient clair que l’armée française sera distancée si des mesures fortes ne sont pas prises immédiatement. »
L'Aventure algérienne (1940-1944) - Lucien Adès

Voici donc toute l'Algérie française engagée dans une politique de soutien actif à l'œuvre de rénovation nationale. Le grand chef qu'on lui a délégué, le général Weygand, leur inculque l'esprit de la résistance à toute ingérance extérieure et en particulier à celle de nos anciens alliés les Anglais. L'Algérie baigne tout entière dans les marais de la collaboration teintés des moirures tricolores d'un patriotisme outrancier quand surgit le débarquement de novembre 1942.
Darlan, puis Giraud convient les Français d'Algérie à ne brûler qu'une partie des choses qu'on leur a fait adorer. Pétain c'est bien, mais avec les Américains : au feu, le pangermanisme, au feu, Hitler et ses séides. Engagez-vous tous pour combattre l'ennemi héréditaire qui n'est plus l'Angleterre mais l'Allemagne. Franchissant une nouvelle étape, les Français d'Algérie, dans leur majorité, s'embarquent sur ce nouvel esquif qu'on leur dit, de plus, remorqué par les Américains. Ils peuvent le faire sans repentir, sans reniement profond et avec le sentiment qu'ils n'auront pas à rendre de comptes; mais voici que de Gaulle, le traître de Londres, le général félon, arrive à Alger en mai 1943. C'est un bouleversement complet qui va ouvrir les vannes de l'épuration.
Pour un Français d'Algérie qui a opté pour toutes les opinions de Vichy, qui a cru découvrir en elles des vérités absolues, c'est à la fois la crise de conscience, le drame moral et surtout la crainte de représailles.
Pourtant, une fois encore, il va tout accepter de cette France souveraine qui désormais semble s'exprimer par le martyre et l'héroïsme de sa résistance. Derrière de Gaulle, derrière le comité de Londres, il va s'engager pour libérer, au prix de son sang, l'Europe occupée et la France.
Lucien Adès sur Alger en 1940
Alger est en juin 1940 la véritable capitale de toute l'Afrique du Nord. La ville, bâtie au fond d'une baie somptueuse, s'enorgueillit d'être une vraie métropole. Par sa population voisine de quatre cent mille habitants, elle est, de fait, en 1940, la troisième ville de France après Paris et Marseille. Mais les statistiques officielles ne le reconnaîtront jamais. Avec ses deux cent cinquante mille Européens, elle domine non seulement toute l'Afrique du Nord mais aussi tout l'empire français d'Afrique. Son université, qui reçoit les étudiants de toute l'Algérie, ceux du Maroc et de Tunisie, est réputée pour l'exigence de ses examens; affectée d'un complexe d'infériorité inculqué par tous les maîtres et tous les professeurs venus de la métropole pour y enseigner, elle n'a cessé, au cours de ces cent dernières années, de tenter de rattraper le niveau des universités de France. Insensiblement et sans s'en rendre compte elle a fini par le dépasser et le dominer à un point tel que le baccalauréat d'Alger comporte, en 1940, les épreuves les plus difficiles de toutes les académies de France.
La ville est ordonnée sur un amphithéâtre dont le dessin et la beauté envoûtent le visiteur étranger. Les larges boulevards tracés en arc de cercle sur le front de mer, les jardins somptueux qui s'épanouissent des hauteurs de la ville jusqu'aux rivages de la baie, la ville arabe, la Casbah, dont les petites maisons blanches et bleues se touchent et s'imbriquent les unes dans les autres (selon des principes architecturaux dont le secret sera souvent recherché) déferlent en terrasses fleuries sur deux kilomètres de pentes et d'escaliers; le climat doux et tempéré, le ciel profond, ardent et bleu feront dire à Montherlant : « Il y a encore des Paradis. »
Alger est aussi une ville moderne. Le génie français a contribué à son développement. Ses bâtiments officiels ou publics sont des modèles enviés en Europe. La Grande Poste, inaugurée lors des fêtes du centenaire de l'Algérie française, et dont le central téléphonique et les services de tri font à l'époque l'admiration de tous les techniciens, offre au public un hall immense et ordonné dont l'esthétique tranche avec une tradition d'indigence. Le
Gouvernement général abrite ses fonctionnaires dans des édifices modernes qui ouvrent leurs ailes sur des jardins qui dominent la mer. Les rues de la ville française sont ornées de magasins luxueux et sillonnées de tramways aérodynamiques qui provoquent l'envie des habitants des plus grandes métropoles; les lycées et les écoles sont vastes, aérés, équipés et agréables; l'université, qui déploie ses bâtiments dans des allées fleuries et ombragées, offre aux étudiants une bibliothèque dont la richesse et la sérénité invitent à l'étude.
Gloire à l'armée d'Afrique
Auteur : André Figueras

Le tombeau sous l'Arc de Triomphe
L'Arc de Triomphe de l'Étoile est le dernier grand monument dont la Gloire ait doté Paris. La terrible victoire de 1918, trop endeuillée pour bâtir, s'est recueillie sous cette voûte, en y creusant le plus illustre des sépulcres anonymes. Un simple soldat a choisi, parmi des cercueils inconnus, le soldat français qui dormirait là, pour un million cinq cent mille de ses frères. Et chaque soir, malgré le fracas de la ville, un étroit instant de silence permet à ceux qui se souviennent de la Patrie, de saluer le représentant glacé du peuple fabuleux de nos morts.
Parfois même, une fanfare lugubre annonce l'émotion officielle. Le Président de la République vient un peu se faire sacrer là, comme le Roi jadis à Reims. Sur cette tombe où dorment symboliquement un million et demi de sacrifices suprêmes,
l'homme qui, pendant quelques années, incarnera la France, promet, en s'inclinant pour déposer une gerbe, qu'il n'oubliera pas que le passé commande, et les ordres que les défunts sublimes ont le droit de donner aux vivants.
Ainsi, cette dalle est-elle comme la pierre d'autel du culte indispensable de la Patrie. Et de même que toute église doit placer sous son autel les reliques d'un saint, petits fragments de son squelette, voici sous l'Arc de Triomphe l'un million cinq cent millième fragment laïque, et cependant sacré, de cette légion funèbre qui a subi le martyre des tranchées, de l'yperite, de la grippe espagnole, les baïonnettes dans les tripes, les biscaïens qui découpent la chair, le massacre mécanique perpétré par les mitrailleuses, et enfin la vie — avant de mourir à son tour — dans la compagnie décomposée des cadavres. Tout cela, pour qu'il y ait de nouveau trois couleurs en haut de la cathédrale de Strasbourg, et que Paris ne connaisse point l'amertume des bottes étrangères sur les Champs-Élysées. Oui, tout cela, qui fut le plus grand témoignage et la plus large offrande, rapproche, au plan terrestre sans doute, mais à un moment où la terre n'est peut-être pas très loin du ciel, ceux de Douaumont, et ceux des arènes sacrilèges de Rome.
Le débarquement à Sidi-Ferruch en 1830 (Dessin original de René F. Follet exécuté pour la «Petite Histoire des Colonies et des Missions». D.P.F. Editeur). Combats devant Alger, juillet 1830
🇫🇷 5 août 1701, Montréal, Nouvelle France. La Grande Paix à été signée la veille entre les Français et les 30 nations amérindiennes alliées à eux, et avec la confédération des 5 nations iroquoises d'autre part. Ce moment complètement oublié dans notre Histoire est pourtant un coup de génie de la diplomatie française, de son administration et de son rapport au monde de façon générale unique dans son Histoire.
🇫🇷 la France a réussi peut-être ce qu'elle n'a jamais réussi en Europe, c'est-à-dire fédérer une multitude de nations en proposant un projet de paix perpétuel plus de 80 ans avant sa théorie philosophique conceptualisée par Kant. Elle réussit l'exploit non seulement de se faire accepter comme nation amérindienne à part entière, et surtout à isoler militairement la Nouvel Angleterre, pourtant 10 fois plus peuplée et qui n'a plus alors aucun allié autochtone.
🇫🇷 la France est à ce moment là non seulement partie prenante à un traité de paix global, mais aussi d'une alliance militaire qui durera même après son éviction définitive du continent nord américain en 1763, certaines nations amérindiennes toujours fidèles à la France l'inciteront à revenir en déclenchant une guerre contre les colons anglais. Cette dernière failli pourtant réussir j'y reviendrai au courant de l'été pour vous raconter cette drôle d'aventure.
🇫🇷 Parler de la Nouvelle-France comme une possession française en Amérique du Nord serait alors beaucoup trop réducteur. Le fait que les Américains et les Anglais parlent des opérations militaires en Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans de "French and Indian War", montre le caractère hybride de cette nouvelle entité politique qui est né après 1700. Français et Indiens ne font plus qu'un.
🇫🇷 Les Français vont alors pouvoir se lancer dans l'exploration de l'Ouest américain, jusqu'au Rocheuses en toute sécurité , mais aussi du Sud jusqu'au Texas en implantant plus de 200 forts un peu partout dans le Midwest. Chose unique sur ce continent et qui ne se reproduira pas, ce ne sont pas que des colons français qui s'élancent sur des chariots à travers le Midwest, mais également des nations indiennes du Canada parties aussi coloniser ces territoires presque vierges de la Grande Louisiane.
🇫🇷 Si la Nouvelle France avait survécu, il n'y a aucun doute qu'elle aurait arraché son indépendance vis-à-vis de la métropole tôt ou tard, et qu'un empire métissé, franco-indien aurait alors supplanté la vieille administration royale métropolitaine. Cette Grande Paix a donc favorisé une expansion française, mais surtout permis aux Amérindiens d'Amérique du Nord de rester encore maîtres de la terre 70 ans encore. Même les nations non parties au traité comme les Sioux chercheront à établir de bons rapports avec les Français pour profiter de l'incroyable essor économique que va procurer la Grande Paix de Montréal.
🇫🇷 A l'heure où nous n'avons plus de repères, que l'écriture d'un récit national devient de plus en plus compliqué, il serait I intéressant de revenir à l'esprit de cette Grande Paix, travaille acharné de diplomate, militaire explorateur et religieux français qui ont réussi à trouver les compromis nécessaires avec chacune des nations qui passaient pourtant leur temps à se battre entre elles, et ce pour exploiter un territoire de façon intelligente, et surtout humaine.
⚜️ De Henri IV à Louis XIV, le mot d'ordre des rois de France « faites la paix avec les Sauvages (non usuel des Amérindiens à l'époque en France) et chercher toujours à vivre en bonne intelligence avec eux» avait été respecté à la lettre par tous le pionniers français . Et pour reprendre les mots de Chateaubriand "La France possédait autrefois, dans l'Amérique septentrionale, un vaste empire qui s'étendait depuis le Labrador jusqu'aux Florides, et depuis les rivages de l'Atlantique jusqu'aux lacs les plus reculés du haut Canada". Je rajouterai simplement "et qui avait su vivre en paix avec ses habitants originels, et promettait l'idéal d'un nouveau monde humain tel que l'avait imaginé Montaigne au premier temps de la découverte des Amériques"
🇫🇷⚜️ 5 août 1701 : Amérindiens et Français deviennent des frères
Vallée de la Dordogne

À quelques pas de Martel, blotti contre la falaise, la rivière en contrebas, le village de Gluges rayonne
LOUIS BERTEIL, né en 1904, sorti de Saint- Cyr en 1926, a passé les premières années de sa vie militaire en Afrique du Nord.
En 1944, il participe à la campagne d'Italie. De 1945 à 1957, de nombreuses missions militaires le conduisent d'Afrique du Nord au Tonkin. Il est nommé Conseillé militaire à l'OTAN en 1957, puis demande sa mise à la retraite comme général en 1961.
Louis Berteil est l'auteur de nombreuses études militaires, d'un important ouvrage d'histoire et de stratégie « De Clausewitz à la Guerre Froide » et d'un récit de la campagne d'Italie « Baroud pour Rome ».

Quatrième de couverture
Les événements qui se sont succédés en Afrique du Nord de 1940 à 1944 ont fait l'objet d'une abondante littérature car bien des personnalités qui y furent mêlées ont narré l'enchaînement politique des faits, mais ils ont bien souvent donné à leurs récits la forme d'un plaidoyer ! Après une victoire il y a toujours bousculade au portillon de la gloire !
Ce livre est d'une autre nature : il montre, présenté en un style, rapide toute une galerie de tableaux qui donnent, au niveau des exécutants, une vue kaléidoscopique et véridique des circonstances qui décidèrent du « tournant de la Deuxième Guerre Mondiale » et mirent les Alliés sur le « plan incliné de la Victoire ».
Il montre comment l'Armée d'Afrique, qui était demeurée impuissante en 1940 fut reconstituée par Weygand et Juin, prépara patiemment sa revanche. En attendant d'avoir le matériel qui lui permettrait de rentrer dans la lutte, elle mena contre l'Axe le jeu subtil et dangereux que les Prussiens avaient conduit contre Napoléon après 1807.
Ces pages sont écrites pour les témoins qui revivront ainsi un peu de leur jeunesse passée et aussi pour que les générations d'aujourd'hui sachent que même aux jours les plus sombres de notre Histoire leurs aînés n'ont jamais désespéré de la France.
Extrait de : "Weygand: L'intransigeant"
de Max Schiavon - 1 novembre 2018 -
LE FRONT POPULAIRE
Le 3 mai 1936, le Front populaire, alliance des socialistes, des communistes et des radicaux-socialistes, remporte les élections législatives en France. Albert Lebrun appelle Léon Blum à la présidence du Conseil. Cette victoire de la coalition de gauche suscite de grands espoirs chez ses partisans, dans un pays profondément fracturé par la crise économique et les divisions politiques. L’environnement international apparaît aussi de plus en plus dangereux. Parce que Blum a constamment attaqué la défense nationale et refusé les crédits militaires, « les préventions de l’armée à l’encontre du Front populaire sont évidentes, bien que l’autorité de Daladier y soit peu contestée» (Lacouture). Il n’y a aucun doute que Weygand déteste les nouveaux gouvernants – il n’aimait déjà pas beaucoup les anciens –, mais puisque le pays les a choisis, il faut s’en accommoder et tenter de les convaincre des menaces extérieures de plus en plus graves qui pèsent sur la France. L’affaire est peu connue, mais des centaines d’officiers ont alors la tentation de démissionner pour ne pas servir un tel régime. Le général Altmayer, un cavalier réputé pour son franc-parler, est leur représentant officieux et interroge Weygand sur le sujet. Ce dernier les dissuade. Pour lui, « un officier en activité de service ne doit se laisser aller ni à une parole, ni à un geste qui risque d’introduire dans l’armée les passions politiques». Il ajoute :
« Tant qu’un officier n’est pas placé personnellement dans une situation mettant en cause son honneur de soldat ou sa dignité personnelle, il doit supporter en silence et s’abstenir de tout ce qui a un caractère politique. »
Le désordre ambiant de l’été 1936 conforte Weygand dans son opinion. Lui qui professe depuis toujours que l’ordre est la santé d’un État est effaré par la tournure que prennent les événements. Il dit regretter que le gouvernement travaille pour la foule et non pour le pays. Que faire pour que les esprits prennent conscience de la menace ? Avertir, parler, écrire, mais rien en dehors de la légalité, pas de complot, pas de manœuvres occultes. Des associations, des partis, le sondent et voudraient le voir entrer en politique, certains pour qu’ils deviennent le chef d’État autoritaire qu’ils espèrent. Il refuse net, irrité par le contenu de certains articles lui prêtant des ambitions qu’il n’a pas. « En l’annexant, la presse de droite n’exprimait qu’un désir, que la gauche prenait pour une réalité» (Nobécourt). Un incident qui se produit lors d’une manifestation patriotique vient ajouter un peu plus de trouble encore à cette situation. Tous les samedis, à tour de rôle, des associations d’anciens combattants se rassemblent au carrefour de l’avenue Georges V, remontent les Champs-Élysées, se recueillent puis raniment la flamme sous l’Arc de Triomphe.
Quelque temps après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, les anciens combattants du 20e régiment de dragons demandent à Weygand de présider la cérémonie. Il accepte, retrouve les anciens du régiment dans un hôtel où un vin d’honneur est servi. Lorsqu’il sort sur l’avenue, en uniforme bien évidemment, une foule l’attend. Dès qu’elle l’aperçoit, les acclamations fusent mais bientôt les « Vive Weygand » se transforment en « Weygand au pouvoir ! », suivis d’injures visant Léon Blum. Un service d’ordre improvisé par les anciens du 20e dragons protège le général d’une foule de plus en plus excitée. Weygand fait quelques centaines de mètres vers l’Arc de Triomphe puis décide de se réfugier dans un hôtel particulier proche. Il est furieux de ce qui vient de se passer. Le gouvernement va encore le suspecter d’être un factieux. Il n’avait pas besoin de cela. Daladier, ministre de la Guerre, ne lui adresse aucune observation mais décide de « supprimer la musique militaire qui participait jusque-là à la cérémonie.
S’il refuse l’action politique directe, il participe à de nombreux cercles de réflexion. Ainsi, il est membre de l’Association des amis de l’éducation française et du cercle Fustel de Coulanges qui fustige les instituteurs antipatriotes et tente d’agir contre la décadence de l’enseignement. Il fréquente le Rassemblement national pour la reconstruction de la France, fondé par Le Provost de Launay, conseiller municipal de Paris, dont l’objectif officiel est d’approfondir certains thèmes relatifs à l’économie, à l’éducation et aux aspects sociaux mais qui, officieusement, lutte intellectuellement contre les idées du Front populaire, en particulier marxistes. Il fait aussi partie du Centre d’études politiques et civiques, de la Cité catholique, de l’Alliance Jeanne d’Arc, des Écrivains combattants. Il soutient les cercles sociaux d’officiers, animés par le capitaine Frédéric de La Chapelle, qui réunissent des officiers à la fois chrétiens et soucieux d’humanisme social. Leur maître à penser est Lyautey mais ils se réfèrent aussi aux écrits de Weygand. Parmi les participants, on retrouve les futurs généraux Leclerc, de Monsabert, de Brébisson, Huet et Gambiez. Le compte rendu de leur première réunion cite une recommandation de Weygand :
« Préparation de l’homme à son rôle au profit de la société, rôle bienfaisant, fait d’amour et non de haine ou d’indifférence, pour quelque chose et non contre quelque chose, avec un idéal et non des appétits, avec des devoirs et pas seulement des droits, avec une discipline consentie, ce qui est le plus haut sommet de la liberté. »
Weygand refuse toutes les présidences généreusement offertes, mais tient à apporter sa pierre.
En septembre 1936, Blum a enfin compris combien la France se trouve désarmée et risque gros en cas de crise internationale. Il change son fusil d’épaule et fait voter des crédits massifs pour la défense nationale, comme on n’en a pas vu depuis la Première Guerre mondiale. C’est une bonne décision mais qui arrive bien tard. De surcroît, les crédits sont une chose, les moyens de production en sont une autre. Les nationalisations, la semaine de quarante heures, les grèves qui perdurent freinent la fabrication et la livraison des nouveaux armements.
Couverture d'un livre médiéval, du 12ème siècle, France.