André Posokhow, essayiste
♦ Le 23 juin 2016, les téléspectateurs ont pu voir un documentaire de France 3 sur « Léon Blum, haï et adoré ». Présentée par Robert Badinter, avec les interventions de Pierre Birnbaum, Serge Bernstein et Ilan Greilsammer, cette émission a revêtu pendant une heure un caractère purement et strictement laudatif qui a fait exploser les bornes de l’objectivité historique.
Il ne s’agit pas ici de réécrire la vie du leader socialiste ni de faire son procès. Il n’est pas question non plus de le haïr ou de l’adorer. D’autres s’en sont chargés depuis longtemps.
En revanche, il apparaît indispensable, avec comme ambition la simple réinformation historique, de souligner les mensonges et les omissions du documentaire.
Le documentaire ne parle pas des aveuglements de Léon Blum face au péril allemand et nazi
Léon Blum tenait une rubrique régulière dans le journal socialiste : Le Populaire. A relire des passages de ses articles parus de 1930 à 1933, on peut mesurer son stupéfiant aveuglement devant un péril qui s’annonçait mortel pour l’Europe. Citons deux exemples parmi d’autres :
en septembre 1930, 107 députés nazis entrent au Reichstag. Blum affirme : « Hitler est aujourd’hui loin du pouvoir» (Populaire 23/11/30) ;
aux élections de novembre 1932 les nazis perdent 34 sièges mais demeurent le parti le plus fort d’Allemagne. Blum vaticine : « Entre Hitler et le pouvoir une barrière infranchissable est dressée. Hitler est désormais exclu du pouvoir. Il est même exclu, si je puis dire, de l’espérance du pouvoir » (Populaire 8/11/1932).
« L’accès du pouvoir légal et illégal est désormais clos devant Hitler. La social-démocratie a eu Hitler» (Populaire 9/11/1932).
A quoi l’opinion française devait-elle de tels écrits qui ne pouvaient que la fourvoyer lourdement ? Certes, à une profonde incompréhension de l’actualité mais aussi à une motivation politique constante : le désarmement.
Le documentaire ne dit pas que Blum fut un fervent apôtre du pacifisme intégral et du désarmement de la France face à l’ennemi
En 1930, les troupes françaises quittent la Rhénanie. Blum tranche : « La France n’a plus à redouter l’agression allemande. Nous (…) Nous pouvons dès maintenant entamer le désarmement » (Populaire, mai à juillet 1930).
Au congrès de Tours de 1931 Blum explique : « Le désarmement ne peut être conditionné par rien. Il est en soi un moyen de sécurité (…) la garantie de l’indépendance nationale » (Alain Bergounioux).
De même il a appuyé en 1932 le plan dit « constructif » de Herriot qui a abouti, le 11/12/1932, à l’égalité des droits de l’Allemagne au plan militaire et réclamé un désarmement rapide et progressif.
C’est cependant à la séance du 15 mars 1935 de la Chambre des députés, au cours de laquelle le président du conseil Flandin avait proposé un allongement provisoire du service militaire, qu’il s’est surpassé en s’élevant longuement et avec force contre :
le service militaire de 2 ans, pourtant nécessaire devant la progression des effectifs allemands ;
les thèses du général De Gaulle soutenues par Paul Raynaud, de « l’armée de choc et de vitesse ».
A ses yeux la protection militaire du pays ne pouvait reposer que sur la levée en masse du peuple comme sous la Révolution. La vraie sécurité devait résider dans « les conventions internationales, la réconciliation, la sécurité collective, le désarmement progressif, le contrôle mutuel… » (colonel Michelet dans La Revanche de l’Armée d’Afrique 1940-1944).
De telles prises de position pacifistes face au forcené de Berlin et à la puissance allemande ne peuvent être considérées que comme des crimes envers la nation. Blum ne les aura pas à l’esprit lorsqu’en juillet 1936 il ne renonça à faire entrer la France dans la guerre civile espagnole que sous la pression des Britanniques, pour une fois bien inspirés, et des radicaux.
Les contre-vérités de Badinter sur la question des responsabilités militaires
Dans le documentaire, Badinter évoque le procès de Riom répondant aux souhaits de nombreux Français de voir punis les responsables de la défaite. Ce procès en p
♦ Le 23 juin 2016, les téléspectateurs ont pu voir un documentaire de France 3 sur « Léon Blum, haï et adoré ». Présentée par Robert Badinter, avec les interventions de Pierre Birnbaum, Serge Bernstein et Ilan Greilsammer, cette émission a revêtu pendant une heure un caractère purement et strictement laudatif qui a fait exploser les bornes de l’objectivité historique.
Il ne s’agit pas ici de réécrire la vie du leader socialiste ni de faire son procès. Il n’est pas question non plus de le haïr ou de l’adorer. D’autres s’en sont chargés depuis longtemps.
En revanche, il apparaît indispensable, avec comme ambition la simple réinformation historique, de souligner les mensonges et les omissions du documentaire.
Le documentaire ne parle pas des aveuglements de Léon Blum face au péril allemand et nazi
Léon Blum tenait une rubrique régulière dans le journal socialiste : Le Populaire. A relire des passages de ses articles parus de 1930 à 1933, on peut mesurer son stupéfiant aveuglement devant un péril qui s’annonçait mortel pour l’Europe. Citons deux exemples parmi d’autres :
en septembre 1930, 107 députés nazis entrent au Reichstag. Blum affirme : « Hitler est aujourd’hui loin du pouvoir» (Populaire 23/11/30) ;
aux élections de novembre 1932 les nazis perdent 34 sièges mais demeurent le parti le plus fort d’Allemagne. Blum vaticine : « Entre Hitler et le pouvoir une barrière infranchissable est dressée. Hitler est désormais exclu du pouvoir. Il est même exclu, si je puis dire, de l’espérance du pouvoir » (Populaire 8/11/1932).
« L’accès du pouvoir légal et illégal est désormais clos devant Hitler. La social-démocratie a eu Hitler» (Populaire 9/11/1932).
A quoi l’opinion française devait-elle de tels écrits qui ne pouvaient que la fourvoyer lourdement ? Certes, à une profonde incompréhension de l’actualité mais aussi à une motivation politique constante : le désarmement.
Le documentaire ne dit pas que Blum fut un fervent apôtre du pacifisme intégral et du désarmement de la France face à l’ennemi
En 1930, les troupes françaises quittent la Rhénanie. Blum tranche : « La France n’a plus à redouter l’agression allemande. Nous (…) Nous pouvons dès maintenant entamer le désarmement » (Populaire, mai à juillet 1930).
Au congrès de Tours de 1931 Blum explique : « Le désarmement ne peut être conditionné par rien. Il est en soi un moyen de sécurité (…) la garantie de l’indépendance nationale » (Alain Bergounioux).
De même il a appuyé en 1932 le plan dit « constructif » de Herriot qui a abouti, le 11/12/1932, à l’égalité des droits de l’Allemagne au plan militaire et réclamé un désarmement rapide et progressif.
C’est cependant à la séance du 15 mars 1935 de la Chambre des députés, au cours de laquelle le président du conseil Flandin avait proposé un allongement provisoire du service militaire, qu’il s’est surpassé en s’élevant longuement et avec force contre :
le service militaire de 2 ans, pourtant nécessaire devant la progression des effectifs allemands ;
les thèses du général De Gaulle soutenues par Paul Raynaud, de « l’armée de choc et de vitesse ».
A ses yeux la protection militaire du pays ne pouvait reposer que sur la levée en masse du peuple comme sous la Révolution. La vraie sécurité devait résider dans « les conventions internationales, la réconciliation, la sécurité collective, le désarmement progressif, le contrôle mutuel… » (colonel Michelet dans La Revanche de l’Armée d’Afrique 1940-1944).
De telles prises de position pacifistes face au forcené de Berlin et à la puissance allemande ne peuvent être considérées que comme des crimes envers la nation. Blum ne les aura pas à l’esprit lorsqu’en juillet 1936 il ne renonça à faire entrer la France dans la guerre civile espagnole que sous la pression des Britanniques, pour une fois bien inspirés, et des radicaux.
Les contre-vérités de Badinter sur la question des responsabilités militaires
Dans le documentaire, Badinter évoque le procès de Riom répondant aux souhaits de nombreux Français de voir punis les responsables de la défaite. Ce procès en p
leine guerre, mal préparé et mal mené sous l’œil attentif de l’occupant, donna lieu à des abus de droit de la part du chef de l’Etat français que Badinter dénonce à juste titre. En revanche, lorsqu’en cette occasion il désigne Pétain et le général Weygand comme les responsables du désastre, il profère purement et simplement des contre-vérités.
Weygand n’eut des responsabilités à la tête des armées que jusqu’en janvier 1935. Il passa les cinq années précédentes à se battre avec ténacité contre l’abaissement de l’outil militaire de la France, contre la réduction des crédits militaires et pour le service de deux ans. C’est lui qui a lancé la création des divisions légères mécaniques (DLM) qui préfiguraient les divisions blindées et qui furent parmi les premières de ce type dans le monde.
Ce fut Weygand qui releva, le 19/12/1933, cette déclaration de Léon Blum : « Du moment qu’on démolit l’armée, j’en suis » !
Quant au maréchal Pétain, ses responsabilités officielles à la tête des armées cessèrent en janvier 1931. Il devint inspecteur de la Défense aérienne du territoire et ses propositions en ce domaine, qui ne furent évidemment pas écoutées par les incompétents de la IIIe République, ont fait de lui un authentique précurseur.
Sa préface au livre du général Chauvineau (*) fut malvenue et lui est toujours reprochée. Mais on n’évoque jamais d’autres citations comme celle prononcée le 6/4/1935 à l’Ecole supérieure de guerre devant le président de la République : « Il est nécessaire de tenir le plus grand compte des perspectives ouvertes par l’engin blindé et l’avion (…). En fait la victoire appartiendra à celui qui saura le premier exploiter au maximum les propriétés des engins modernes et combiner leur action. »
Pétain fut ministre de la Guerre dans le ministère Doumergue en 1934 pendant 9 mois. Dans ce bref délai il tenta de rétablir la situation des forces armées malgré l’obstruction de la gauche. Le 15 juin 1934, il se heurta à la Chambre des députés aux protestations de parlementaires dont J. Moch, E. Daladier et Blum qui s’est écrié : « Déposons les armes ; bon gré, mal gré, l’Allemagne sera bien obligée d’en faire autant », ce qui explique qu’il n’ait pu rétablir le service de 2 ans. Du point de vue budgétaire il obtint 1,2MdF pour la Ligne Maginot. Grâce aux comptes spéciaux il lança un programme de 3MdF pour les trois armées sur plusieurs années. Enfin, il fit accepter le programme Pétain pour 1935, principalement tourné vers les chars d’assaut.
Lorsque Badinter s’en prend à l’état-major, il a raison, mais ce n’était plus Weygand et Pétain qui étaient en charge en 1940, c’était Gamelin, malade et âgé, qui commanda les armées de 1935 à 1940, et à qui E. Daladier, un autre responsable du désastre, accorda sa confiance jusqu’au bout.
Le documentaire est très discret sur l’échec économique de Blum et du Front populaire
Président du Conseil du Front populaire, Blum lança un important programme de réformes sociales et économiques qui devait permettre de combler une partie du retard accumulé par la IIIe République radicale au détriment de la classe ouvrière, en particulier : les congés payés et les conventions collectives qui furent des décisions de progrès.
En revanche, la mise en place des 40 heures a été jugée par Alfred Sauvy comme un contresens économique qui a constitué la cause essentielle de l’échec économique du Front populaire. Les effets bénéfiques de la dévaluation qui fut décidée par Blum, malheureusement trop tard, se heurtèrent aux goulots d’étranglement de la production engendrés par les 40 heures, ce qui entraîna une hausse des prix, un pouvoir d’achat des ouvriers en stagnation, une production industrielle en baisse et d’autres dévaluations.
Au plan de la défense, le gouvernement lança un programme de 14MdF pour l’armement qui constituait un progrès certain mais « trop peu et trop tard ». Cet effort était échelonné sur 4 ans et fut entamé par l’inflation. Il n’y eut pas de plan de mobilisation industrielle digne de ce nom et, là encore, la loi des 40 heures constitua un handicap considérable pour
Weygand n’eut des responsabilités à la tête des armées que jusqu’en janvier 1935. Il passa les cinq années précédentes à se battre avec ténacité contre l’abaissement de l’outil militaire de la France, contre la réduction des crédits militaires et pour le service de deux ans. C’est lui qui a lancé la création des divisions légères mécaniques (DLM) qui préfiguraient les divisions blindées et qui furent parmi les premières de ce type dans le monde.
Ce fut Weygand qui releva, le 19/12/1933, cette déclaration de Léon Blum : « Du moment qu’on démolit l’armée, j’en suis » !
Quant au maréchal Pétain, ses responsabilités officielles à la tête des armées cessèrent en janvier 1931. Il devint inspecteur de la Défense aérienne du territoire et ses propositions en ce domaine, qui ne furent évidemment pas écoutées par les incompétents de la IIIe République, ont fait de lui un authentique précurseur.
Sa préface au livre du général Chauvineau (*) fut malvenue et lui est toujours reprochée. Mais on n’évoque jamais d’autres citations comme celle prononcée le 6/4/1935 à l’Ecole supérieure de guerre devant le président de la République : « Il est nécessaire de tenir le plus grand compte des perspectives ouvertes par l’engin blindé et l’avion (…). En fait la victoire appartiendra à celui qui saura le premier exploiter au maximum les propriétés des engins modernes et combiner leur action. »
Pétain fut ministre de la Guerre dans le ministère Doumergue en 1934 pendant 9 mois. Dans ce bref délai il tenta de rétablir la situation des forces armées malgré l’obstruction de la gauche. Le 15 juin 1934, il se heurta à la Chambre des députés aux protestations de parlementaires dont J. Moch, E. Daladier et Blum qui s’est écrié : « Déposons les armes ; bon gré, mal gré, l’Allemagne sera bien obligée d’en faire autant », ce qui explique qu’il n’ait pu rétablir le service de 2 ans. Du point de vue budgétaire il obtint 1,2MdF pour la Ligne Maginot. Grâce aux comptes spéciaux il lança un programme de 3MdF pour les trois armées sur plusieurs années. Enfin, il fit accepter le programme Pétain pour 1935, principalement tourné vers les chars d’assaut.
Lorsque Badinter s’en prend à l’état-major, il a raison, mais ce n’était plus Weygand et Pétain qui étaient en charge en 1940, c’était Gamelin, malade et âgé, qui commanda les armées de 1935 à 1940, et à qui E. Daladier, un autre responsable du désastre, accorda sa confiance jusqu’au bout.
Le documentaire est très discret sur l’échec économique de Blum et du Front populaire
Président du Conseil du Front populaire, Blum lança un important programme de réformes sociales et économiques qui devait permettre de combler une partie du retard accumulé par la IIIe République radicale au détriment de la classe ouvrière, en particulier : les congés payés et les conventions collectives qui furent des décisions de progrès.
En revanche, la mise en place des 40 heures a été jugée par Alfred Sauvy comme un contresens économique qui a constitué la cause essentielle de l’échec économique du Front populaire. Les effets bénéfiques de la dévaluation qui fut décidée par Blum, malheureusement trop tard, se heurtèrent aux goulots d’étranglement de la production engendrés par les 40 heures, ce qui entraîna une hausse des prix, un pouvoir d’achat des ouvriers en stagnation, une production industrielle en baisse et d’autres dévaluations.
Au plan de la défense, le gouvernement lança un programme de 14MdF pour l’armement qui constituait un progrès certain mais « trop peu et trop tard ». Cet effort était échelonné sur 4 ans et fut entamé par l’inflation. Il n’y eut pas de plan de mobilisation industrielle digne de ce nom et, là encore, la loi des 40 heures constitua un handicap considérable pour
la production. En 1938 les ouvriers allemands de l’aéronautique travaillaient 54 heures en moyenne contre 40 en France (A. Sauvy).
Enfin, c’est sous le gouvernement Blum qu’E. Daladier, son ministre de la Guerre, s’opposa au cours du 1er semestre 1937 à la constitution de divisions blindées d’active et de nouvelles DLM.
Si le documentaire est explicite sur l’engagement sioniste de Blum il est partiel sur l’antisémitisme
Dans le documentaire de France 3, il est clairement fait mention du profond engagement sioniste de Blum, de son tropisme à s’entourer de coreligionnaires : Blumel, Boris, Moch, etc., et de son action pour favoriser l’entrée de réfugiés juifs en France. Notons au passage que ceux-ci furent au nombre d’environ 200.000 entre les deux guerres, ce qui relève d’un sens certain de l’hospitalité qu’il serait juste de souligner de temps à autre.
Y eut-il un lien de cause à effet ? Pierre-Georges Dreyfus, dans son Histoire de Vichy a noté le climat d’antisémitisme qui existait en France à la veille de la guerre. Badinter parle de la haine que portait l’extrême droite à Blum. Il a raison de citer l’agression d’une grande violence et d’une grande lâcheté dont fut victime Blum en mars 1936 de la part de l’Action française, boulevard Saint-Germain.
Badinter oublie de préciser que des propos antisémites identiques étaient tenus à la SFIO à la même époque. Entre autres citations, P.-G. Dreyfus rappelle qu’en 1938, en plein congrès de la SFIO, donc pas en catimini, un député, Chouffet, hurlait : « J’en ai assez de la dictature juive sur le parti. Le socialisme n’est pas un ghetto ». L’historien ajoute que l’on retrouvait l’antisémitisme chez les radicaux et une bonne partie de la gauche mais que La Rocque, chef du PSF, en était exempt.
Le documentaire proclame abusivement Blum chef de l’opposition au maréchal Pétain, chef de l’Etat français
Le documentaire tourne à la triste farce quand il nous est dit que Blum apparaissait comme le chef de l’opposition à Pétain. Les grands duels français de 1940-1945 ont été ceux de De Gaulle contre Pétain puis contre Giraud et également celui de P. Brossolette contre J. Moulin.
Blum était largement oublié de l’opinion et faisait l’objet de la même déconsidération que vouaient les Français, que ce soit les vichystes, les résistants ou les gaullistes, à la IIIe République. Ce « régime moral, social, politique, économique, a abdiqué dans la défaite, après s’être lui-même paralysé dans la licence », comme le dit De Gaulle.
Blum : la IIIe République, encore et toujours
La paix revenue, De Gaulle, comme Badinter l’indique, demanda à Blum de participer au relèvement de la France. Blum lui répondit qu’il préférait restaurer la SFIO : esprit sectaire de parti contre hauteur de vue nationale. Le général en fut choqué et Badinter en sourit. Nous ne pensons pas qu’il y ait matière à sourire.
De Gaulle une fois neutralisé, Blum participa à la préparation d’un projet de Constitution. Il prit parti en faveur d’une constitution de type parlementariste et d’un nouveau régime peu différent de la IIIe République. A ce titre il doit être considéré comme l’un des pères de la IVe République dont les faiblesses du système furent à l’origine de désastres pour notre pays : guerres d’Indochine et d’Algérie, Suez, la déroute financière quasi permanente, la dépendance envers les Etats-Unis et l’impuissance diplomatique.
En définitive
Aveuglement face à l’Allemagne et aux nazis jusqu’en 1936, pacifisme et appel au désarmement à un moment où il fallait appeler aux armes et à la détermination, échec économique de son gouvernement, engagement sioniste et en faveur des révolutionnaires espagnols alors que c’était pour la France qu’il fallait s’engager, fidélité au système parlementariste, oubli de ses propres responsabilités dans le désastre, Léon Blum a bien appartenu à cette classe politique incompétente de l’entre-deux-guerres qui a transformé une grande victoire en un désastre sans précédent et « refilé l’ardoise de ses erreurs à un vieillard presque centenaire ».
Non, ce documentaire n’aurait pas dû être
Enfin, c’est sous le gouvernement Blum qu’E. Daladier, son ministre de la Guerre, s’opposa au cours du 1er semestre 1937 à la constitution de divisions blindées d’active et de nouvelles DLM.
Si le documentaire est explicite sur l’engagement sioniste de Blum il est partiel sur l’antisémitisme
Dans le documentaire de France 3, il est clairement fait mention du profond engagement sioniste de Blum, de son tropisme à s’entourer de coreligionnaires : Blumel, Boris, Moch, etc., et de son action pour favoriser l’entrée de réfugiés juifs en France. Notons au passage que ceux-ci furent au nombre d’environ 200.000 entre les deux guerres, ce qui relève d’un sens certain de l’hospitalité qu’il serait juste de souligner de temps à autre.
Y eut-il un lien de cause à effet ? Pierre-Georges Dreyfus, dans son Histoire de Vichy a noté le climat d’antisémitisme qui existait en France à la veille de la guerre. Badinter parle de la haine que portait l’extrême droite à Blum. Il a raison de citer l’agression d’une grande violence et d’une grande lâcheté dont fut victime Blum en mars 1936 de la part de l’Action française, boulevard Saint-Germain.
Badinter oublie de préciser que des propos antisémites identiques étaient tenus à la SFIO à la même époque. Entre autres citations, P.-G. Dreyfus rappelle qu’en 1938, en plein congrès de la SFIO, donc pas en catimini, un député, Chouffet, hurlait : « J’en ai assez de la dictature juive sur le parti. Le socialisme n’est pas un ghetto ». L’historien ajoute que l’on retrouvait l’antisémitisme chez les radicaux et une bonne partie de la gauche mais que La Rocque, chef du PSF, en était exempt.
Le documentaire proclame abusivement Blum chef de l’opposition au maréchal Pétain, chef de l’Etat français
Le documentaire tourne à la triste farce quand il nous est dit que Blum apparaissait comme le chef de l’opposition à Pétain. Les grands duels français de 1940-1945 ont été ceux de De Gaulle contre Pétain puis contre Giraud et également celui de P. Brossolette contre J. Moulin.
Blum était largement oublié de l’opinion et faisait l’objet de la même déconsidération que vouaient les Français, que ce soit les vichystes, les résistants ou les gaullistes, à la IIIe République. Ce « régime moral, social, politique, économique, a abdiqué dans la défaite, après s’être lui-même paralysé dans la licence », comme le dit De Gaulle.
Blum : la IIIe République, encore et toujours
La paix revenue, De Gaulle, comme Badinter l’indique, demanda à Blum de participer au relèvement de la France. Blum lui répondit qu’il préférait restaurer la SFIO : esprit sectaire de parti contre hauteur de vue nationale. Le général en fut choqué et Badinter en sourit. Nous ne pensons pas qu’il y ait matière à sourire.
De Gaulle une fois neutralisé, Blum participa à la préparation d’un projet de Constitution. Il prit parti en faveur d’une constitution de type parlementariste et d’un nouveau régime peu différent de la IIIe République. A ce titre il doit être considéré comme l’un des pères de la IVe République dont les faiblesses du système furent à l’origine de désastres pour notre pays : guerres d’Indochine et d’Algérie, Suez, la déroute financière quasi permanente, la dépendance envers les Etats-Unis et l’impuissance diplomatique.
En définitive
Aveuglement face à l’Allemagne et aux nazis jusqu’en 1936, pacifisme et appel au désarmement à un moment où il fallait appeler aux armes et à la détermination, échec économique de son gouvernement, engagement sioniste et en faveur des révolutionnaires espagnols alors que c’était pour la France qu’il fallait s’engager, fidélité au système parlementariste, oubli de ses propres responsabilités dans le désastre, Léon Blum a bien appartenu à cette classe politique incompétente de l’entre-deux-guerres qui a transformé une grande victoire en un désastre sans précédent et « refilé l’ardoise de ses erreurs à un vieillard presque centenaire ».
Non, ce documentaire n’aurait pas dû être
une hagiographie.
André Posokhow
23/08/2016
https://www.polemia.com/une-hagiographie-de-france-3-leon-blum-hai-et-surtout-adore/
André Posokhow
23/08/2016
https://www.polemia.com/une-hagiographie-de-france-3-leon-blum-hai-et-surtout-adore/
Polémia
Une hagiographie de France 3 : Léon Blum, haï et surtout adoré | Polémia
Facebook Twitter LinkedIn Print Friendly André Posokhow, essayiste ♦ Le 23 juin 2016, les téléspectateurs ont pu voir un documentaire de France 3 sur « Léon Blum, haï et adoré ». Présentée par Robert Badinter, avec les interventions de Pierre Birnbaum, Serge…
Dans l’esprit d’Eichmann et des planificateurs du génocide, comme dans leurs bilans, la France était associée à la Belgique et aux Pays-Bas. À Berlin, on observait avec satisfaction les chiffres des départs vers les camps d’extermination. De 1942 à 1944, 200 trains partirent des trois pays, dont 80 depuis la France. À l’Ouest, la « solution finale » se heurtait, en somme, à peu d’obstacles. Assurément, les difficultés étaient plus grandes du côté de Vichy que de la Belgique et encore plus de la Hollande, où environ 104 000 juifs sur 140 000 recensés en 1940-1941 ont été déportés, soit près de 75 %.
Joly, Laurent. L'État contre les juifs : Vichy, les nazis et la persécution antisémite (essai français) (French Edition) (pp. 217-218)
Joly, Laurent. L'État contre les juifs : Vichy, les nazis et la persécution antisémite (essai français) (French Edition) (pp. 217-218)
Quand Edouard Daladier (en photo) de l'extrême gauche française négociait avec Hitler en 1938 dans les accords de Munich, "c'est pour la paix".
Quand Pétain négocie l'armistice avec Hitler pour éviter un drame supplémentaire du peuple français après le chaos de juin 40 et pour éviter la mise en place d'un gauleiter en France, "c'est un démon".
Quand Pétain négocie l'armistice avec Hitler pour éviter un drame supplémentaire du peuple français après le chaos de juin 40 et pour éviter la mise en place d'un gauleiter en France, "c'est un démon".
De Sedan à Sedan - André Bourachot
Ce tome II, bien que racontant une histoire plus récente, a cependant été difficile à écrire tant la documentation est abondante et son interprétation délicate. Les événements de 1939-1945, et les déchirures qui les ont suivis, probablement pas toutes encore cicatrisées, ainsi que la recherche effrénée des responsabilités tant pour se défendre que pour accuser, permettent presque une double lecture des faits. Pour ne donner qu’un seul exemple, on peut aussi bien affirmer que les socialistes du Front populaire ont réarmé la France, dans le même temps que les 40 heures, retardant tout effort industriel d’importance, l’ont pratiquement désarmée.
Corollaire, suivant les époques, des vérités militaires diverses apparaissent et prospèrent ; de Gaulle devient le père des chars de combat et Pétain le créateur de la ligne Maginot. Sur ces idées reçues, bien installées, mais fausses, s’élèvent des statues à la gloire des uns ou des potences à la malédiction des autres. La vérité n’est pas binaire, bien sûr, mais les défenseurs des idéologies, toutes les idéologies, exigent cette simplification à laquelle je me refuse.
J’ai essayé d’y échapper en me rapportant chaque fois que nécessaire aux faits, et pas à la façon dont ils ont été commentés et continuent à être commentés ! Cependant, au risque d’être taxé de partialité, je ne peux pas sous-estimer et taire le rôle du parti socialiste, seul parti politique français d’importance nationale (en dehors du parti communiste encore en croissance) à avoir, le plus souvent, refusé, de voter les crédits militaires jusqu’en 1936. Cette volonté délibérée, affirmée avec force, défendue avec talent par tous ses leaders de 1920 jusqu’à 1936, et par certains encore jusqu’en 1939, est la conséquence des positions idéologiques du XIXe siècle.
Ce tome II, bien que racontant une histoire plus récente, a cependant été difficile à écrire tant la documentation est abondante et son interprétation délicate. Les événements de 1939-1945, et les déchirures qui les ont suivis, probablement pas toutes encore cicatrisées, ainsi que la recherche effrénée des responsabilités tant pour se défendre que pour accuser, permettent presque une double lecture des faits. Pour ne donner qu’un seul exemple, on peut aussi bien affirmer que les socialistes du Front populaire ont réarmé la France, dans le même temps que les 40 heures, retardant tout effort industriel d’importance, l’ont pratiquement désarmée.
Corollaire, suivant les époques, des vérités militaires diverses apparaissent et prospèrent ; de Gaulle devient le père des chars de combat et Pétain le créateur de la ligne Maginot. Sur ces idées reçues, bien installées, mais fausses, s’élèvent des statues à la gloire des uns ou des potences à la malédiction des autres. La vérité n’est pas binaire, bien sûr, mais les défenseurs des idéologies, toutes les idéologies, exigent cette simplification à laquelle je me refuse.
J’ai essayé d’y échapper en me rapportant chaque fois que nécessaire aux faits, et pas à la façon dont ils ont été commentés et continuent à être commentés ! Cependant, au risque d’être taxé de partialité, je ne peux pas sous-estimer et taire le rôle du parti socialiste, seul parti politique français d’importance nationale (en dehors du parti communiste encore en croissance) à avoir, le plus souvent, refusé, de voter les crédits militaires jusqu’en 1936. Cette volonté délibérée, affirmée avec force, défendue avec talent par tous ses leaders de 1920 jusqu’à 1936, et par certains encore jusqu’en 1939, est la conséquence des positions idéologiques du XIXe siècle.
P274
La seconde chance, le général de Gaulle la doit au général Weygand. Là, c'est sûr.
La démonstration en est simple : Si jamais Weygand avait accepté, en 1942, l'offre des Américains, puis du général Giraud, de se mettre à la tête de la dissidence de l'Afrique française, jamais de Gaulle ne serait venu en Algérie. Nous avons trop vu les sentiments que Weygand nourrissait à son égard et l'estime dans laquelle il le tenait pour pouvoir en douter.
De Gaulle fût resté à Londres et eût continué — difficilement — d'assurer le rôle qu'il y avait jusqu'alors tenu, s'orientant sans doute de plus en plus vers la préparation de la résistance en France et la formation des maquis. En admettant que Churchill, excédé de la présence du Comité Français de Londres, voulût bien donner son aval. Et de même Weygand...
Cette chance s'est renouvelée avec le maréchal Pétain, lorsque le 12 novembre 1942 le Maréchal a refusé de transporter le gouvernement français à Alger et de relancer officiellement la France dans la guerre.
Le maréchal Pétain à Alger, jamais le général de Gaulle n'aurait pu, non plus, y venir, même en subordonné. Il était depuis deux ans en rébellion ouverte contre non seulement le gouvernement de Vichy mais contre la personne même du Maréchal, qu'il avait couverte d'invectives et d'injures. En admettant que le maréchal Pétain ait voulu user de clémence et recevoir de Gaulle en lui donnant un poste dans son ombre, Weygand s'y serait violemment opposé.
Il n'aurait pas eu cette peine, de Gaulle aurait refusé par fierté.
En somme, en ne venant pas à Alger, le maréchal Pétain a, bien involontairement et pour la seconde fois, laissé de Gaulle courir sa chance. Et quelle chance ! De Gaulle est poursuivi par une chance extraordinaire ! Les obstacles sur sa route s'écartent d'eux-mêmes, les uns après les autres. Est-il donc l'objet d'une protection divine ? Sans doute le pense-t-il.
Et ce n'est pas fini.
La seconde chance, le général de Gaulle la doit au général Weygand. Là, c'est sûr.
La démonstration en est simple : Si jamais Weygand avait accepté, en 1942, l'offre des Américains, puis du général Giraud, de se mettre à la tête de la dissidence de l'Afrique française, jamais de Gaulle ne serait venu en Algérie. Nous avons trop vu les sentiments que Weygand nourrissait à son égard et l'estime dans laquelle il le tenait pour pouvoir en douter.
De Gaulle fût resté à Londres et eût continué — difficilement — d'assurer le rôle qu'il y avait jusqu'alors tenu, s'orientant sans doute de plus en plus vers la préparation de la résistance en France et la formation des maquis. En admettant que Churchill, excédé de la présence du Comité Français de Londres, voulût bien donner son aval. Et de même Weygand...
Cette chance s'est renouvelée avec le maréchal Pétain, lorsque le 12 novembre 1942 le Maréchal a refusé de transporter le gouvernement français à Alger et de relancer officiellement la France dans la guerre.
Le maréchal Pétain à Alger, jamais le général de Gaulle n'aurait pu, non plus, y venir, même en subordonné. Il était depuis deux ans en rébellion ouverte contre non seulement le gouvernement de Vichy mais contre la personne même du Maréchal, qu'il avait couverte d'invectives et d'injures. En admettant que le maréchal Pétain ait voulu user de clémence et recevoir de Gaulle en lui donnant un poste dans son ombre, Weygand s'y serait violemment opposé.
Il n'aurait pas eu cette peine, de Gaulle aurait refusé par fierté.
En somme, en ne venant pas à Alger, le maréchal Pétain a, bien involontairement et pour la seconde fois, laissé de Gaulle courir sa chance. Et quelle chance ! De Gaulle est poursuivi par une chance extraordinaire ! Les obstacles sur sa route s'écartent d'eux-mêmes, les uns après les autres. Est-il donc l'objet d'une protection divine ? Sans doute le pense-t-il.
Et ce n'est pas fini.
Weygand face à des gouvernements successifs socialistes en 1934 se retrouve face à des politiques incapables de prendre en compte le réarmement massif de l'Allemagne nazi.
Extrait du livre de Max Schiavon, Weygand l'intransigeant
Blum déclare en 1934 :
« Le parti socialiste n’a jamais voté les crédits militaires en temps de paix et nous continuerons la même politique : nous ne voterons pas ces crédits. »
....
« C’est aussi en octobre 1934 qu’Hitler prend la décision d’augmenter fortement le nombre de ses divisions pour disposer de 21 DI dès mars 1935, puis de 36 DI, trois Panzerdivisionen, deux divisions de cavalerie et une division rapide, sous-entendu motorisée, à moyen terme. La Luftwaffe est officiellement créée, la Kriegsakademie, l’école de guerre allemande, est rouverte. Un rapport argumenté du 2e bureau informe le chef de l’État, le président du Conseil, les ministres et les principaux généraux : « Au printemps 1935, les effectifs de la Reichswehr tendront vers 400 000 hommes », et non 100 000 comme stipulé par le traité de Versailles. Le rapport ajoute que les effectifs de policiers sont aussi largement dépassés, qu’il faut y ajouter les forces « paramilitaires » des SS (300 000 à 400 000 hommes), des SA, du corps automobile, du service du travail, soit deux millions d’hommes. Le 2e bureau estime que la Luftwaffe comptera fin 1936 une centaine d’escadrilles, soit 1 300 avions de combat, et de conclure : « En bref, l’Allemagne réarme à un rythme accéléré. » Tout ce qu’avait annoncé Weygand se réalise, crescendo. Le traité de Versailles vole en éclats. Dès cette date, il devient clair que l’armée française sera distancée si des mesures fortes ne sont pas prises immédiatement. »
Extrait du livre de Max Schiavon, Weygand l'intransigeant
Blum déclare en 1934 :
« Le parti socialiste n’a jamais voté les crédits militaires en temps de paix et nous continuerons la même politique : nous ne voterons pas ces crédits. »
....
« C’est aussi en octobre 1934 qu’Hitler prend la décision d’augmenter fortement le nombre de ses divisions pour disposer de 21 DI dès mars 1935, puis de 36 DI, trois Panzerdivisionen, deux divisions de cavalerie et une division rapide, sous-entendu motorisée, à moyen terme. La Luftwaffe est officiellement créée, la Kriegsakademie, l’école de guerre allemande, est rouverte. Un rapport argumenté du 2e bureau informe le chef de l’État, le président du Conseil, les ministres et les principaux généraux : « Au printemps 1935, les effectifs de la Reichswehr tendront vers 400 000 hommes », et non 100 000 comme stipulé par le traité de Versailles. Le rapport ajoute que les effectifs de policiers sont aussi largement dépassés, qu’il faut y ajouter les forces « paramilitaires » des SS (300 000 à 400 000 hommes), des SA, du corps automobile, du service du travail, soit deux millions d’hommes. Le 2e bureau estime que la Luftwaffe comptera fin 1936 une centaine d’escadrilles, soit 1 300 avions de combat, et de conclure : « En bref, l’Allemagne réarme à un rythme accéléré. » Tout ce qu’avait annoncé Weygand se réalise, crescendo. Le traité de Versailles vole en éclats. Dès cette date, il devient clair que l’armée française sera distancée si des mesures fortes ne sont pas prises immédiatement. »
L'Aventure algérienne (1940-1944) - Lucien Adès
Voici donc toute l'Algérie française engagée dans une politique de soutien actif à l'œuvre de rénovation nationale. Le grand chef qu'on lui a délégué, le général Weygand, leur inculque l'esprit de la résistance à toute ingérance extérieure et en particulier à celle de nos anciens alliés les Anglais. L'Algérie baigne tout entière dans les marais de la collaboration teintés des moirures tricolores d'un patriotisme outrancier quand surgit le débarquement de novembre 1942.
Darlan, puis Giraud convient les Français d'Algérie à ne brûler qu'une partie des choses qu'on leur a fait adorer. Pétain c'est bien, mais avec les Américains : au feu, le pangermanisme, au feu, Hitler et ses séides. Engagez-vous tous pour combattre l'ennemi héréditaire qui n'est plus l'Angleterre mais l'Allemagne. Franchissant une nouvelle étape, les Français d'Algérie, dans leur majorité, s'embarquent sur ce nouvel esquif qu'on leur dit, de plus, remorqué par les Américains. Ils peuvent le faire sans repentir, sans reniement profond et avec le sentiment qu'ils n'auront pas à rendre de comptes; mais voici que de Gaulle, le traître de Londres, le général félon, arrive à Alger en mai 1943. C'est un bouleversement complet qui va ouvrir les vannes de l'épuration.
Pour un Français d'Algérie qui a opté pour toutes les opinions de Vichy, qui a cru découvrir en elles des vérités absolues, c'est à la fois la crise de conscience, le drame moral et surtout la crainte de représailles.
Pourtant, une fois encore, il va tout accepter de cette France souveraine qui désormais semble s'exprimer par le martyre et l'héroïsme de sa résistance. Derrière de Gaulle, derrière le comité de Londres, il va s'engager pour libérer, au prix de son sang, l'Europe occupée et la France.
Voici donc toute l'Algérie française engagée dans une politique de soutien actif à l'œuvre de rénovation nationale. Le grand chef qu'on lui a délégué, le général Weygand, leur inculque l'esprit de la résistance à toute ingérance extérieure et en particulier à celle de nos anciens alliés les Anglais. L'Algérie baigne tout entière dans les marais de la collaboration teintés des moirures tricolores d'un patriotisme outrancier quand surgit le débarquement de novembre 1942.
Darlan, puis Giraud convient les Français d'Algérie à ne brûler qu'une partie des choses qu'on leur a fait adorer. Pétain c'est bien, mais avec les Américains : au feu, le pangermanisme, au feu, Hitler et ses séides. Engagez-vous tous pour combattre l'ennemi héréditaire qui n'est plus l'Angleterre mais l'Allemagne. Franchissant une nouvelle étape, les Français d'Algérie, dans leur majorité, s'embarquent sur ce nouvel esquif qu'on leur dit, de plus, remorqué par les Américains. Ils peuvent le faire sans repentir, sans reniement profond et avec le sentiment qu'ils n'auront pas à rendre de comptes; mais voici que de Gaulle, le traître de Londres, le général félon, arrive à Alger en mai 1943. C'est un bouleversement complet qui va ouvrir les vannes de l'épuration.
Pour un Français d'Algérie qui a opté pour toutes les opinions de Vichy, qui a cru découvrir en elles des vérités absolues, c'est à la fois la crise de conscience, le drame moral et surtout la crainte de représailles.
Pourtant, une fois encore, il va tout accepter de cette France souveraine qui désormais semble s'exprimer par le martyre et l'héroïsme de sa résistance. Derrière de Gaulle, derrière le comité de Londres, il va s'engager pour libérer, au prix de son sang, l'Europe occupée et la France.
Lucien Adès sur Alger en 1940
Alger est en juin 1940 la véritable capitale de toute l'Afrique du Nord. La ville, bâtie au fond d'une baie somptueuse, s'enorgueillit d'être une vraie métropole. Par sa population voisine de quatre cent mille habitants, elle est, de fait, en 1940, la troisième ville de France après Paris et Marseille. Mais les statistiques officielles ne le reconnaîtront jamais. Avec ses deux cent cinquante mille Européens, elle domine non seulement toute l'Afrique du Nord mais aussi tout l'empire français d'Afrique. Son université, qui reçoit les étudiants de toute l'Algérie, ceux du Maroc et de Tunisie, est réputée pour l'exigence de ses examens; affectée d'un complexe d'infériorité inculqué par tous les maîtres et tous les professeurs venus de la métropole pour y enseigner, elle n'a cessé, au cours de ces cent dernières années, de tenter de rattraper le niveau des universités de France. Insensiblement et sans s'en rendre compte elle a fini par le dépasser et le dominer à un point tel que le baccalauréat d'Alger comporte, en 1940, les épreuves les plus difficiles de toutes les académies de France.
La ville est ordonnée sur un amphithéâtre dont le dessin et la beauté envoûtent le visiteur étranger. Les larges boulevards tracés en arc de cercle sur le front de mer, les jardins somptueux qui s'épanouissent des hauteurs de la ville jusqu'aux rivages de la baie, la ville arabe, la Casbah, dont les petites maisons blanches et bleues se touchent et s'imbriquent les unes dans les autres (selon des principes architecturaux dont le secret sera souvent recherché) déferlent en terrasses fleuries sur deux kilomètres de pentes et d'escaliers; le climat doux et tempéré, le ciel profond, ardent et bleu feront dire à Montherlant : « Il y a encore des Paradis. »
Alger est aussi une ville moderne. Le génie français a contribué à son développement. Ses bâtiments officiels ou publics sont des modèles enviés en Europe. La Grande Poste, inaugurée lors des fêtes du centenaire de l'Algérie française, et dont le central téléphonique et les services de tri font à l'époque l'admiration de tous les techniciens, offre au public un hall immense et ordonné dont l'esthétique tranche avec une tradition d'indigence. Le
Gouvernement général abrite ses fonctionnaires dans des édifices modernes qui ouvrent leurs ailes sur des jardins qui dominent la mer. Les rues de la ville française sont ornées de magasins luxueux et sillonnées de tramways aérodynamiques qui provoquent l'envie des habitants des plus grandes métropoles; les lycées et les écoles sont vastes, aérés, équipés et agréables; l'université, qui déploie ses bâtiments dans des allées fleuries et ombragées, offre aux étudiants une bibliothèque dont la richesse et la sérénité invitent à l'étude.
Alger est en juin 1940 la véritable capitale de toute l'Afrique du Nord. La ville, bâtie au fond d'une baie somptueuse, s'enorgueillit d'être une vraie métropole. Par sa population voisine de quatre cent mille habitants, elle est, de fait, en 1940, la troisième ville de France après Paris et Marseille. Mais les statistiques officielles ne le reconnaîtront jamais. Avec ses deux cent cinquante mille Européens, elle domine non seulement toute l'Afrique du Nord mais aussi tout l'empire français d'Afrique. Son université, qui reçoit les étudiants de toute l'Algérie, ceux du Maroc et de Tunisie, est réputée pour l'exigence de ses examens; affectée d'un complexe d'infériorité inculqué par tous les maîtres et tous les professeurs venus de la métropole pour y enseigner, elle n'a cessé, au cours de ces cent dernières années, de tenter de rattraper le niveau des universités de France. Insensiblement et sans s'en rendre compte elle a fini par le dépasser et le dominer à un point tel que le baccalauréat d'Alger comporte, en 1940, les épreuves les plus difficiles de toutes les académies de France.
La ville est ordonnée sur un amphithéâtre dont le dessin et la beauté envoûtent le visiteur étranger. Les larges boulevards tracés en arc de cercle sur le front de mer, les jardins somptueux qui s'épanouissent des hauteurs de la ville jusqu'aux rivages de la baie, la ville arabe, la Casbah, dont les petites maisons blanches et bleues se touchent et s'imbriquent les unes dans les autres (selon des principes architecturaux dont le secret sera souvent recherché) déferlent en terrasses fleuries sur deux kilomètres de pentes et d'escaliers; le climat doux et tempéré, le ciel profond, ardent et bleu feront dire à Montherlant : « Il y a encore des Paradis. »
Alger est aussi une ville moderne. Le génie français a contribué à son développement. Ses bâtiments officiels ou publics sont des modèles enviés en Europe. La Grande Poste, inaugurée lors des fêtes du centenaire de l'Algérie française, et dont le central téléphonique et les services de tri font à l'époque l'admiration de tous les techniciens, offre au public un hall immense et ordonné dont l'esthétique tranche avec une tradition d'indigence. Le
Gouvernement général abrite ses fonctionnaires dans des édifices modernes qui ouvrent leurs ailes sur des jardins qui dominent la mer. Les rues de la ville française sont ornées de magasins luxueux et sillonnées de tramways aérodynamiques qui provoquent l'envie des habitants des plus grandes métropoles; les lycées et les écoles sont vastes, aérés, équipés et agréables; l'université, qui déploie ses bâtiments dans des allées fleuries et ombragées, offre aux étudiants une bibliothèque dont la richesse et la sérénité invitent à l'étude.
Gloire à l'armée d'Afrique
Auteur : André Figueras
Le tombeau sous l'Arc de Triomphe
L'Arc de Triomphe de l'Étoile est le dernier grand monument dont la Gloire ait doté Paris. La terrible victoire de 1918, trop endeuillée pour bâtir, s'est recueillie sous cette voûte, en y creusant le plus illustre des sépulcres anonymes. Un simple soldat a choisi, parmi des cercueils inconnus, le soldat français qui dormirait là, pour un million cinq cent mille de ses frères. Et chaque soir, malgré le fracas de la ville, un étroit instant de silence permet à ceux qui se souviennent de la Patrie, de saluer le représentant glacé du peuple fabuleux de nos morts.
Parfois même, une fanfare lugubre annonce l'émotion officielle. Le Président de la République vient un peu se faire sacrer là, comme le Roi jadis à Reims. Sur cette tombe où dorment symboliquement un million et demi de sacrifices suprêmes,
l'homme qui, pendant quelques années, incarnera la France, promet, en s'inclinant pour déposer une gerbe, qu'il n'oubliera pas que le passé commande, et les ordres que les défunts sublimes ont le droit de donner aux vivants.
Ainsi, cette dalle est-elle comme la pierre d'autel du culte indispensable de la Patrie. Et de même que toute église doit placer sous son autel les reliques d'un saint, petits fragments de son squelette, voici sous l'Arc de Triomphe l'un million cinq cent millième fragment laïque, et cependant sacré, de cette légion funèbre qui a subi le martyre des tranchées, de l'yperite, de la grippe espagnole, les baïonnettes dans les tripes, les biscaïens qui découpent la chair, le massacre mécanique perpétré par les mitrailleuses, et enfin la vie — avant de mourir à son tour — dans la compagnie décomposée des cadavres. Tout cela, pour qu'il y ait de nouveau trois couleurs en haut de la cathédrale de Strasbourg, et que Paris ne connaisse point l'amertume des bottes étrangères sur les Champs-Élysées. Oui, tout cela, qui fut le plus grand témoignage et la plus large offrande, rapproche, au plan terrestre sans doute, mais à un moment où la terre n'est peut-être pas très loin du ciel, ceux de Douaumont, et ceux des arènes sacrilèges de Rome.
Auteur : André Figueras
Le tombeau sous l'Arc de Triomphe
L'Arc de Triomphe de l'Étoile est le dernier grand monument dont la Gloire ait doté Paris. La terrible victoire de 1918, trop endeuillée pour bâtir, s'est recueillie sous cette voûte, en y creusant le plus illustre des sépulcres anonymes. Un simple soldat a choisi, parmi des cercueils inconnus, le soldat français qui dormirait là, pour un million cinq cent mille de ses frères. Et chaque soir, malgré le fracas de la ville, un étroit instant de silence permet à ceux qui se souviennent de la Patrie, de saluer le représentant glacé du peuple fabuleux de nos morts.
Parfois même, une fanfare lugubre annonce l'émotion officielle. Le Président de la République vient un peu se faire sacrer là, comme le Roi jadis à Reims. Sur cette tombe où dorment symboliquement un million et demi de sacrifices suprêmes,
l'homme qui, pendant quelques années, incarnera la France, promet, en s'inclinant pour déposer une gerbe, qu'il n'oubliera pas que le passé commande, et les ordres que les défunts sublimes ont le droit de donner aux vivants.
Ainsi, cette dalle est-elle comme la pierre d'autel du culte indispensable de la Patrie. Et de même que toute église doit placer sous son autel les reliques d'un saint, petits fragments de son squelette, voici sous l'Arc de Triomphe l'un million cinq cent millième fragment laïque, et cependant sacré, de cette légion funèbre qui a subi le martyre des tranchées, de l'yperite, de la grippe espagnole, les baïonnettes dans les tripes, les biscaïens qui découpent la chair, le massacre mécanique perpétré par les mitrailleuses, et enfin la vie — avant de mourir à son tour — dans la compagnie décomposée des cadavres. Tout cela, pour qu'il y ait de nouveau trois couleurs en haut de la cathédrale de Strasbourg, et que Paris ne connaisse point l'amertume des bottes étrangères sur les Champs-Élysées. Oui, tout cela, qui fut le plus grand témoignage et la plus large offrande, rapproche, au plan terrestre sans doute, mais à un moment où la terre n'est peut-être pas très loin du ciel, ceux de Douaumont, et ceux des arènes sacrilèges de Rome.