Maréchal Pétain
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Réhabilitation du Maréchal Pétain
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A la vérité, rien ne nous avait préparé au malheur. L'âme de celui qui, même s'il est inférieur, lutte et se cramponne jusqu'au bout, elle n'était plus la nôtre. Depuis de longues années déjà, nous traversions une crise qui nous avait vidés, moralement. Les réflexes ne travaillaient plus. Notre dialectique était intacte; mais nous n'avions plus assez de virilité. Nous n'étions même plus capables de nous entraîner, nous avions perdu la foi dans les valeurs les plus évidentes, et nous étions prêts à céder devant la force, quelle qu'elle fût. C'était là, à part de rares exceptions, la mentalité des Français de 1940.
Georges André Groussard. Service secret 1940-1945 (p. 56). La Table ronde
Destinés initialement à regrouper et à encadrer les dizaines de milliers de jeunes soldats, appartenant aux classes 39/2 et 40/1, les Chantiers de la Jeunesse eurent pour but essentiel de former et éduquer les jeunes qui n'avaient pas - ou peu - connu l'expérience du combat.
Parallèlement à l'armée de l'Armistice avec laquelle ils avaient des contacts suivis, les Chantiers constituèrent, en même temps qu'une idée originale de Service national, un vaste réservoir de combattants potentiels qui devaient d'ailleurs fournir en Algérie près de 60 % des effectifs de l'armée d'Afrique (40 000 hommes sur 70 000). Dans la bataille de Tunisie, ils étaient presque vingt fois plus nombreux (40 000) que toutes les Forces françaises libres engagées par Leclerc (2 336 hommes).
L'esprit était celui d'une sorte de scoutisme militaire. Une majorité des 380 000 jeunes de métropole qui passèrent par les Chantiers devait rejoindre, sans autre motivation que la religion de la France, les unités de la 1 ère armée ou les Forces françaises de l'Intérieur (FFI) comme le célèbre corps franc du colonel Pomiès.
Amour de la patrie, culte de l'effort et du travail, sens de l'honneur et de l'autorité, respect de la parole jurée, goût du service et du sacrifice : telles sont, brièvement résumées, les vertus que s'appliquèrent à insuffler un noyau de cadres soudés autour du général de La Porte du Theil. Polytechnicien, ancien commissaire des Scouts de France, commandant de l'École d'application de l'artillerie en 1935, Joseph de La Porte du Theil fit la campagne de 1940 à la tête du VII ème corps d'armée. Il occupa les fonctions de commissaire général des Chantiers de la Jeunesse depuis le 4 juillet 1940 jusqu 'à son arrestation en janvier 1944 suivie de sa déportation en Allemagne. Avant son arrestation, il avait laissé ce message : " Gardez toujours une foi indéfectible dans les destinées de notre patrie, et, quoi qu'il arrive, une inébranlable fidélité au Maréchal... parce qu'il est le seul chef légitime. " Cette fidélité lui valut d'être arrêté à son retour de déportation et poursuivi par la justice de la Libération. Une ordonnance de non- lieu reconnaissant ses activités de résistance le libérera à la fin de 1947.
JÉROME BODIN • Jérôme Bodin est l'auteur de Les officiers français, 1936·1991, Perrin 1992.
Un beau livre autobiographique très bien écrit, ce livre est le témoignage du baron de Montbas qui relate se vie d'officier au sein de l'armée royale sous Louis XIV. Il s'engage à 14 ans en suivant ses frères eux-mêmes au service du roi de France, il se retrouve tout jeune à protéger le roi contre la fronde des nobles en 1650, Louis XIV est alors âgé de 12 ans. Il donnera sa vie au service du roi de France. Le dévouement est total. Il est en plus un chrétien exemplaire en essayant d'être l'homme le plus vertueux possible au nom de dieu. On se retrouve plongé dans les armées du roi de France.
Mais pour revenir à moi, je tins parole à ma mère ; je n’oubliai point à lire et écrire ; mais ayant atteint l’âge de treize ans et étant à Montbas, où je voyais plusieurs de mes frères revenir de l’armée pour y passer une partie de leurs quartiers d’hiver, et puis raccommoder leurs équipages pour retourner en campagne ; j’avais une envie démesurée d’y aller. Mon frère aîné était Mestre de camp du régiment Royal de cavalerie ; lequel régiment venant de Flandre s’en allait aux environs de la Rochelle et Niort en quartiers d’hiver. Un jour j’entendis mon frère aîné, qui était à Montbas, qui avait copie de la route de sa compagnie Mestre de camp qui devait arriver à tel jour à Croustelle, qui est un endroit près de Poitiers. Les enfants écoutaient. Pour moi, j’écoutais si bien cela, et avec la grande envie que j’avais d’être dans les troupes, que j’eus bientôt assemblé mon conseil, et sans en parler à personne, je partis de Montbas à pied. Je ne songeai pas même que j’aurais faim : je ne portais point de pain et n’avais pas un sou.

Barton de Montbas, Jean-François. Au service du roi
GARDES DU CORPS DE LA MAISON MILITAIRE DU ROI, 1790-1792, ANCIENNE MONARCHIE
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Ainsi, le 2e régiment de Cuirassiers est l’héritier du « Régiment du Cardinal-Duc », créé sous ce nom le 16 mai 1635 par le cardinal duc de Richelieu. Aux compagnies d'ordonnance, il joint la compagnie de chevau-léger d’Esclainvilliers (qui deviendra plus tard le 3e Régiment de Cuirassiers). Les 300 hommes du régiment assuraient la protection du cardinal.

On en a un autre exemple avec le 6è cuirassiers, lui aussi créé par le cardinal de Richelieu en 1635 qui s'appelle dans un premier temps le régiment des Dragons du Cardinal, prenant en 1638 le nom de Fusiliers à Cheval de son Éminence. Afin de le distinguer du « Cardinal-Duc », on l'appelle le « Régiment de son Éminence »

A la mort du cardinal, chacun de ces deux Régiments revient au roi Louis XIII. Le premier devenant le 1er aout 1643 le Royal cavalerie et le second les Fusillers à Cheval du Roy, bientôt renommé dès 1646 le Roy cavalerie.
«Les Cuirassiers» est un chant de tradition des régiments de cuirassiers. Il est ici interpreté par la promotion Général Bergé de l'EMIA. Aujourd’hui ils sont devenus des régiments de chars lourds, actuellement équipés de chars Leclerc et sont les héritiers de régiments royaux de cavalerie du XVIIe siècle, qui prirent leur nom de Cuirassiers sous le Consulat.
A la mort du cardinal, chacun de ces deux Régiments revient au roi Louis XIII. Le premier devenant le 1er aout 1643 le Royal cavalerie et le second les Fusillers à Cheval du Roy, bientôt renommé dès 1646 le Roy cavalerie.

La dernière charge du « Cardinal-Duc » est décisive, durant la grande bataille de Rocroi, le 19 mai 1643, aux ordres du Grand Condé.

La guerre ne cesse pas et le régiment combat sans relâche. Commandé par Monsieur de Turenne puis à nouveau par le Grand Condé, le régiment acquiert une grande renommée.

Pour sa part le Roi Cavalerie se trouve engagé sur de nombreux théâtres d'opérations, le régiment participe à la guerre de trente ans 1618-1648, à la Fronde 1653-1659, à la guerre de dévolution 1667-1668, à la guerre de Hollande 1672-1678, à celle de la Ligue d’Augsbourg 1688-1697, celle
de succession d’Espagne 1703-1713 et à celle du Rhin en 1734

C’est du service de Louis XIV que les 2è et 6è Cuirassiers ont hérité de la devise personnelle du roi: « Nec puribus impar ».

Sous Louis XV, le Royal cavalerie a comme commandants le maréchal de Saxe puis le maréchal d'Estrées.

A cette époque, le Roi Cavalerie est pour sa part notamment engagé lors de la guerre de succession d'Autriche (1740-1748) au cours de laquelle il se distingue à Prague en 1741, puis lors de la bataille de Fontenoy le 11 mai 1745 et au siège de Gand en juillet 1745 contre les anglais, il
s'illustre ensuite à l'occasion de la guerre de Sept-ans de 1756-1763.
Tirant les enseignements de sa victorieuse campagne de 1800 en Italie, Bonaparte profite des trois années de paix qui s’ensuivent pour réorganiser complètement son armée et notamment ses troupes à cheval. Rationalisant leur composition, le Premier Consul crée progressivement, entre octobre 1801 et septembre 1803, une nouvelle subdivision : les cuirassiers. Tirant leur nom du port d’un plastron et d’une dossière en fer appelés cuirasse dont l’usage est alors tombé en désuétude dans la cavalerie française depuis près d’un demi-siècle, ces régiments vont être regroupés en brigades et en divisions et constituer les fameux corps de réserve de cavalerie de la Grande Armée. Douze puis bientôt quatorze régiments seront ainsi créés pour participer à toutes les campagnes et illustrer brillamment les grands principes de la tactique napoléonienne depuis leur éclatant succès sur le plateau de Pratzen, lors de la bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805, jusqu’à leur évanouissement dans les charges désespérées sur les pentes de mont Saint-Jean, lors de la bataille de Waterloo le 18 juin 1815.

La réforme de Napoléon Bonaparte du 1er vendémiaire an XII ayant mené à une totale réorganisation de la cavalerie française et à la création de 12 régiments de cuirassiers, ceux-ci sont organisés en 2 escadrons de 2 compagnies, à raison de 200 hommes par escadron. En 1807, le régiment passe de 4 à 5 escadrons avec un effectif de 1 040 hommes. Malgré la suppression du 5e escadron en 1809, l’effectif ne diminuera pas. Un 13e et un 14e régiment sont constitués en 1810 et en 1812.

Les cuirassiers faisaient partie avec les carabiniers de la cavalerie lourde, aux côtés des dragons et lanciers (cavalerie de ligne) et des hussards et chasseurs à cheval (cavalerie légère).
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«Les produits chimiques industriels ont plus tué que les 2 guerres mondiales depuis 1950»
Gilles-Éric Séralini, biologiste français, professeur de biologie moléculaire.
Saint Louis,
Roi de France
"J’interdis la spéculation par accaparement sur les matières premières et sur les marchandises, ainsi que la surproduction.
Le Livre des Métiers encourage les harmonies des compagnons et des maîtres. Il rappelle le sens sacré de l’ouvrage qui est création.
Le travail, qui n’est qu’un moyen, meurt en l’objet créé ; l’effort n’est pas une fin en soi. La fin, c’est l’œuvre.
Le chef d’atelier et ses ouvriers créent un « chef-d’œuvre" .
Je veux aussi domestiquer le commerce de l’argent.
L’argent n’est qu’un serviteur ; le vrai capital, c’est le savoir-faire. Il est pernicieux que l’argent produise de l’argent.
Toute stipulation d’intérêt relève d’une vilaine paresse car elle vient - sans labeur - grossir au moment de la restitution; la somme prêtée.
Je veux interdire l’usure et l’argent qui prospèrent en dormant."
La vraie collaboration ignorée

Entre-temps, on le sait, le Maréchal s’était engagé dans la voie d’une collaboration ultra-secrète, autrement souhaitée et autrement sincère, celle-là : la collaboration avec l’Angleterre.

Le 22 octobre, en effet, le jour même où Laval était convoqué à Montoire par Hitler, le professeur Rougier arrivait à Londres où il était reçu par le Sous-Secrétaire, puis par le Secrétaire d’État du Foreign Office, lord Halifax, enfin par Churchill lui-même, subissant ainsi un contrôle progressif. Le professeur Rougier put, de la sorte, donner de vive voix connaissance, aux responsables anglais, non seulement des desiderata du maréchal Pétain, mais de l’exact état d’esprit de ce dernier. Ainsi fut levé le masque derrière lequel le Maréchal dissimulait sa véritable pensée et Churchill put comprendre les claires raisons d’un comportement plein d’équivoques. Plus encore que pour la conclusion d’un protocole, l’intérêt de la mission Rougier résidait précisément dans la dissipation du nuage qui voilait, jusque-là, les intentions réelles du Maréchal. Churchill put ainsi acquérir la conviction que la collaboration avec Hitler n’était qu’une façade obligée que l’on abattrait dès que les circonstances le permettraient et que l’alliance avec l’Angleterre persistait en esprit, en attendant de pouvoir se convertir en actes. Naturellement il fut convenu que les gaullistes, dont on pouvait craindre les indiscrétions, ne sauraient rien de ces pourparlers.

Le 30 octobre, quelques heures seulement après avoir prononcé son message, le Maréchal faisait venir, dans le plus grand secret, M. Gama Ochoa, ambassadeur du Portugal pour lui demander de rassurer M. Churchill quant à l’entrevue de Montoire et de faire savoir à ce dernier qu’il n’accepterait pas de collaborer militairement avec l’Allemagne et ne permettrait aucun acte d’hostilité à l’égard de l’Angleterre. Malheureusement le public français ne put être également informé de ce correctif au message qui venait d’être prononcé.

André Laffargue. La victoire du "vieux renard" (pp. 131-132).
Parer à une deuxième menace allemande contre l’Afrique du Nord - La victoire du "vieux renard" d'André Laffargue
Hendaye et Montoire Octobre 1940 - (p. 120) TRVIVIC
Le plan « Félix »
Si, à constater l’impuissance allemande contre la forteresse insulaire britannique, l’opinion française a ressenti un soulagement profond, elle ne se doute pas que la nuée orageuse, faute d’avoir pu crever sur l’Angleterre, va se détourner vers d’autres rivages, ceux de notre Afrique du Nord.
Car le sentiment de cette impuissance amène Hitler à raisonner comme l’a fait Bonaparte. Ne pouvant abattre l’Angleterre par une attaque directe contre les Iles Britanniques, il va tenter d’en venir à bout par une attaque indirecte, en coupant les communications de l’Angleterre avec son Empire : un plan qui exige la mainmise préalable sur le détroit de Gibraltar et l’Afrique du Nord.
Ainsi Hitler s’est-il rendu compte — mais un peu tard — des avantages stratégiques considérables que lui donnerait la possession du Maghreb français, laquelle lui permettrait de se saisir de Suez et d’intercepter les convois suivant la côte atlantique.
Ce qu’il n’a pu obtenir de la diplomatie, par son quasi-ultimatum du 16 juillet, Hitler va donc le demander maintenant à la force : un dessein qui se concrétise en un plan d’invasion de l’Afrique du Nord, par l’Espagne : le plan « Félix ».
Or Hitler parle trop. Devant l’ambassadeur du Japon à Vichy, M. Renzo Sawada, convoqué à Berlin pour assister aux préliminaires du pacte tripartite entre l’Allemagne, l’Italie et le Japon, le Führer, qui ne contient plus son orgueil, fait étalage de ses plans grandioses hispano-africains.
Le hasard veut que M. Renzo Sawada connaisse fort bien le colonel Fonck, l’aviateur de la Grande Guerre ; il lui fait part des projets d’Hitler. Il se trouve également que Fonck, ayant noué une amitié chevaleresque avec Goering, lui-même aviateur dans la précédente guerre, s’est déjà mis à la disposition du Maréchal pour tâcher de lui obtenir, par Goering, une entrevue avec Hitler. Cette double circonstance fait ainsi de Fonck, en ce moment, un pion décisif sur l’échiquier du destin. Aussi, sans plus attendre, Fonck peut-il se précipiter auprès du Maréchal pour lui communiquer le renseignement de M. Sawada.
Voici le Maréchal éclairé sur le but du rassemblement de forces et de matériel qu’on lui signalait dans le Sud-Ouest et qui l’inquiétait. Et d’agir, aussitôt, pour organiser, de concert avec Franco, le barrage qui doit faire obstacle au « plan Félix ».
Sur-le-champ il convoque l’ambassadeur d’Espagne, M. de Lequerica, le met au courant et lui demande d’aller aviser Franco et de l’assurer que la France, pour sa part, est prête à s’opposer au passage d’Hitler en Afrique. Le Maréchal sait fort bien que Franco, au sortir de la guerre civile, a une indigestion de guerres et ne tient aucunement à se trouver impliqué dans un nouveau conflit.
Quatre jours plus tard M. de Lequerica rentre de Madrid rapportant les remerciements du Caudillo et l’assurance que ce dernier allait s’arranger pour éviter la traversée de l’Espagne par les troupes allemandes.
Ainsi se trouve tendu, par le Maréchal, en travers de la route d’Hitler, le fil invisible qui va faire capoter le plan « Félix ».
La farce d’Hendaye et de Montoire
Jusqu’ici c’est le Maréchal qui avait sollicité une entrevue avec Hitler pour tâcher d’obtenir un allegement aux mesures de rétorsion prises à la suite du rejet de la demande du 16 juillet et Hitler ne cessait de faire la sourde oreille. Or c’est lui, Hitler, maintenant, qui devient brusquement le demandeur, car lui, le vainqueur, a besoin du vaincu pour réaliser son plan « Félix ». Il se produit, de la sorte, un renversement des rôles à la faveur duquel les portes, obstinément fermées, vont s’ouvrir devant le Maréchal. Il va en résulter une cascade de trois entrevues organisées par le Führer, lequel va se déranger au lieu de convoquer à son quartier général.
On pourrait s’attendre à un drame : ce ne sera pourtant qu’une farce qui va se jouer en trois actes précédés par un prologue :
— le 22 octobre, à Mo
ntoire, entrevue d’Hitler et de Laval.
— le 23 octobre, à Hendaye, entrevue d’Hitler et de Franco.
— le 24 octobre, à Montoire, entrevue d’Hitler et du Maréchal.
Le 21, prologue. Convoqué pour voir, croit-il, von Ribbentrop qu’il a demandé à rencontrer, Laval part pour Paris. Le 22, on l’embarque en auto et on l’amène à Tours, puis dans une petite gare, Montoire. Là se trouve un train prêt à s’abriter dans un tunnel en cas de menace aérienne. Ô surprise, Laval se trouve en présence d’Hitler. Quelle chance ! pense-t-il. Alors de répéter, mais amplifié, le discours qu’il a fait à Abetz lors de leur première rencontre. N’ayant rien compris à l’évolution de la situation militaire et toujours persuadé de la défaite de l’Angleterre, il fonce dans sa chimère de collaboration avec l’Allemagne et d’Europe nouvelle. Puis, sans hésiter, il prend sur lui d’offrir le concours de la France contre l’Angleterre. Hitler n’en croit pas ses oreilles. N’est-ce pas son propre langage qu’il entend dans la bouche de Laval ?
Et de renchérir... toutefois sans rien promettre. Pourquoi s’engagerait-il avec ce naïf qui s’enfourne sans garanties ? En tout cas Hitler est ravi : son voyage s’annonce sous les meilleurs auspices. Nul doute que Franco, qui a tant d’obligations envers lui, ne se montre aussi compréhensif.
Ce même jour Laval rentre à Vichy où il fait un rapport enthousiaste mais fumeux et fort inquiétant. Mais comment le brider ?
Le 23 octobre, le train d’Hitler stoppe à Hendaye. Celui de Franco devrait s’y trouver ; il n’y est pas et arrive avec une heure de retard... voulu. Franco en descend, petit homme rondelet, coiffé d’un impertinent bonnet de police, pas du tout navré du retard, tout au contraire souriant, débordant de cordialité. Et le dialogue de commencer.
L’entrevue va durer neuf heures. C’est long, terriblement long neuf heures, lorsqu’il faut parler pour ne rien dire : neuf heures à remplir de vent, de vide, sans décourager, sans irriter le demandeur. Ce tour de force, Franco l’accomplit ! On a su qu’il émit, sur le Maroc et sur l’Algérie, des prétentions tellement énormes qu’Hitler en eut le souffle coupé. Puis le clou de la scène ce fut le coup de la sieste. Pendant une heure Hitler dut attendre le réveil de l’interlocuteur. Finalement, dindonné par le Caudillo, qui cependant lui devait tant, le Führer dut repartir amèrement déçu, n’ayant obtenu rien d’autre que de bonnes paroles, des sourires et des poignées de main, sans avoir même posé le pied sur la terre espagnole.
Ainsi l’Espagne resterait fermée aux divisions, aux avions et aux chars allemands qui ne prendraient ni Gibraltar ni ne fouleraient le sol marocain. Ah non ! après les épreuves de la guerre civile, Franco n’en voulait point d’autres pour son pays. Non, même pour acquitter une dette de reconnaissance, il ne tenait aucunement à infliger à son peuple, qui avait déjà tant de peine à vivre, les restrictions d’un blocus et les risques de nouveaux bombardements. Mais, en même temps, par son refus, il nous rendait un immense service car il fermait là porte de l’Afrique à Hitler.