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et élastique, odeur de la polycopieuse et du pot de colle blanche. L’effet "madeleine de Proust" fonctionne à plein. De l’autre côté du poste, on se surprend à sourire.Instabilité à l’international, absence de visibilité politique en France (https://www.lexpress.fr/politique/michel-barnier-face-a-la-motion-de-censure-nos-recits-et-analyses-de-lactualite-politique-JLLSTL242FESVI2IGYN5RJOZZY/), faits divers angoissants… Nostalgie incarne un monde familier et rassurant dans un univers qui ne l’est pas. Avec une ambition modeste : amener ses auditeurs à chantonner une ritournelle évocatrice des bons moments de leur vie. En décidant, il y a quelques années, de rajeunir sa sélection musicale pour en écarter les titres des années 1960 ou 1970 et se concentrer sur les années 1980, la radio a trouvé la martingale. Pour les quinquas qui ont grandi dans ces années-là, un titre de Mylène Farmer, de Jean-Jacques Goldman ou de Queen ravive le souvenir d’un premier amour, d’une bande de copine ou d’un concert mythique. Les premières mesures des Démons de minuit, de Nuit de folie ou d’Eve, lève-toi réveillent les images d’un mariage, d’un anniversaire ou d’une soirée d’été. On oublie que les années 1980 ont aussi été celles de l’émergence du sida, du chômage de masse et des premiers attentats pour n’en garder que les photos sépia d’une époque heureuse, celle où la famille était encore soudée, où tout était encore possible, un temps de l’insouciance que quelques notes suffisent à raviver.Une antenne au goût sucré de l’enfanceParce que les quinquas, désormais parents, ont imposé leur bande-son à leurs enfants, Nostalgie est aussi la fréquence la mieux partagée dans le cercle familial ou amical. La marque dépasse allègrement les frontières qui lui ont été désignées au sein du groupe NRJ, auquel elle appartient depuis la fin des années 1990. Sur le papier, la répartition des rôles y est claire : à NRJ, le public jeune, à Chérie FM, celui des jeunes adultes, à Nostalgie, celui des adultes. Mais à l’exception des allergiques à la publicité, Nostalgie séduit dans toutes les tranches de la population : 13 % de ses auditeurs ont moins de 30 ans et 35 % moins de 50 ans.Preuve qu’elle est une radio familiale, elle connaît un net regain de succès en été, lors des vacances et des soirées qui s’éternisent autour du barbecue, mais aussi les 24 ou le 31 décembre avec une écoute en streaming qui double ou triple pour les réveillons. Peu importe que les plus jeunes n’aient pas grandi avec Confidence pour confidence, Libertine, Sweet Dreams ou I’m Still Standing - les quatre chansons les plus programmées à l’antenne -, peu importe qu’ils les apprécient ou les détestent sur un plan artistique, l’essentiel est qu’elles ont le goût sucré de l’enfance, des tubes chantés à tue-tête sur la route des vacances et des bals du 14 Juillet.La radio n’est pas seule concernée par le retour en grâce de la nostalgie. A l’initiative de ceux qui y voient un intérêt commercial ou qui se veulent à l’avant-garde de la mode ou la culture, l’engouement pour les pastilles vintage de l’Institut national de l’audiovisuel, le succès des rediffusions d’émissions de télé comme Le Juste Prix ou le Bigdil ou les tentatives de faire revivre les R5 ou les 4L en version électrique témoignent d’un attachement renouvelé au monde d’hier. Etonnante évolution pour une notion souvent décriée. "Au XVIIe siècle, le mot a été créé pour désigner la maladie qui frappait ceux qui quittaient leur ancrage spatial. Aujourd’hui, dans un monde de progrès technologique, elle est fréquemment perçue comme régressive, comme à contretemps", note l’historien Thomas Dodman, professeur à l’université Columbia à New York et auteur de Nostalgie, histoire d’une émotion mortelle (Seuil).Utilisée par les plus conservateurs des politiques, à l’image d’un Donald Trump (https://www.lexpress.fr/monde/amerique/donald-trump_1702460.html) et de son slogan Make America Great Again, renvoyée comme une critique aux classes
populaires qui ne comprendraient pas le sens de l’histoire, la nostalgie rebute encore. "Mais elle évolue, elle est protéiforme. Les psychologues disent, par exemple, qu’elle est une émotion positive, un recadrage utile pour les personnes qui se sentent perdues", reprend Thomas Dodman. Rester populaire sans passer pour réac, idéaliser le passé sans sombrer dans le délétère "Ah, c’était mieux avant !", c’est à ce délicat équilibre que s’essaie Radio Nostalgie depuis plusieurs années. Et, incontestablement, ça plane pour elle…
Guerre en Ukraine : les macabres révélations du journal d'un soldat nord-coréen déployé avec les Russes
https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-les-macabres-revelations-du-journal-dun-soldat-nord-coreen-deploye-avec-les-russes-XWRFXPXAQZHNNOJDXPSITKXJNI/

L’arrivée de troupes nord-coréennes sur le champ de bataille en octobre dernier, aux côtés des troupes de Moscou, avait été une nouvelle très inquiétante pour Kiev (https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-loperation-speciale-de-kiev-contre-les-refractaires-a-la-mobilisation-militaire-PPSLVTDT6BANNCJL5E3PHHQUNQ/). L’Ukraine semble aujourd’hui en apprendre davantage sur leur utilité au sein de l’armée dirigée par le Kremlin. Samedi 11 janvier, l’Ukraine a annoncé avoir capturé deux soldats nord-coréens (https://www.lexpress.fr/environnement/guerre-en-ukraine-kiev-dit-interroger-deux-soldats-nord-coreens-faits-prisonniers-B7H57UFVSFBIJOSQT5Z2DNCIC4/) dans la région russe de Koursk, et dit procéder à leur interrogatoire. L’un d’eux, âgé de 19 ans, a assuré qu’il pensait venir s’entraîner en Russie, et non combattre, a fait savoir le service national du renseignement de Corée du Sud (NIS), qui coopère avec son homologue ukrainien, le SBU.Mais le journal de bord d’un autre soldat nord-coréen, récupéré par Kiev sur le champ de bataille après sa mort le 21 décembre, offre, selon le Wall Street Journal, des détails macabres concernant le rôle des milliers d’unités Nord-Coréennes à Koursk.Certains extraits ont récemment été rendus publiques par les forces d’opération spéciales ukrainiennes. Entre deux scènes de la vie quotidienne sur le front et des passages exprimant l’amour du jeune soldat pour son dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un (https://www.lexpress.fr/monde/europe/les-bombes-humaines-de-kim-jong-un-ces-soldats-delite-qui-menacent-lukraine-EXC6QWACL5FEFMHQG2F7Y44ZYQ/), des diagrammes grossiers esquissés à l’encre bleue y détaillent les sombres tactiques militaires que doivent appliquer les soldats nord-coréens déployés en soutien sur le front. À l’approche d’un drone ukrainien (https://www.lexpress.fr/monde/europe/comment-contrer-les-drones-fpv-ukrainiens-quand-les-soldats-russes-recoivent-un-guide-de-survie-YSRXJ7ZS2RHOPKUDLUUKIPREOE/) par exemple, un soldat appelé "appât" reste immobile pour attirer le drone, afin que d’autres soldats puissent tenter de l’abattre. "Même au prix de ma vie, j’exécuterai les ordres du commandant suprême sans hésitation", peut-on lire sur une page adjacente. "Je montrerai au monde la bravoure et le sacrifice des forces spéciales de Kim Jong Un."Cette tactique reflète, selon le quotidien américain, le peu de considération faite par l’armée russe pour ces renforts nord-coréens. "Au cours de leurs premières semaines de combat, les soldats nord-coréens ont été déployés imprudemment, selon des images de drones des forces spéciales ukrainiennes et des experts militaires. Ils traversent des champs ouverts à pied et sans véhicules blindés ni renforts d’artillerie, leurs uniformes de camouflage sombres sont très visibles contre la neige blanche. Leur formation et leur intégration avec les forces russes semblent inadéquates", affirme le journal, qui rapporte par ailleurs que de nombreux soldats nord-coréens choisissent la mort plutôt que la capture. Le gouvernement ukrainien a lui aussi affirmé que la capture des deux hommes qu’il détient n’avait pas été aisée. "Les Russes et les autres soldats nord-coréens achèvent leurs blessés et font tout pour effacer les preuves de la participation d’un autre Etat" dans la guerre, (https://www.lexpress.fr/monde/ukraine-donald-trump-prepare-une-rencontre-avec-vladimir-poutine-pour-en-finir-avec-la-guerre-ESCHT5IPBRDNRLNRWMKX3E33IU/) a indiqué Volodymyr Zelensky (https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-volodymyr-zelensky-demande-des-troupes-occidentales-pour-forcer-la-russie-a-la-QACAG3IKLNCDTKP4EBMKGU4X7A/).Les soldats nord-coréens en première ligneLes premiers aperçus des
Nord-coréens en action les représentent sous la contrainte, effrayés ou confus, selon une compilation vidéo publiée par l’armée ukrainienne et vérifiée par Storyful, qui appartient à News Corp, la société mère du Wall Street Journal. "Dans la compilation, des groupes de troupes nord-coréennes se recroquevillent sur place ou tentent de fuir des drones ukrainiens qui les poursuivent", affirme le WSJ.Selon les différents décomptes, près de 12 000 soldats nord-coréens - souvent très jeunes - ont été déployés en soutien dans la région russe de Koursk en octobre dernier, quelques mois après la signature d’un pacte de défense mutuelle entre les deux pays. Une information jamais confirmée publiquement ni par Moscou ni par Pyongyang. En tant que seul territoire russe en partie sous contrôle ukrainien, Koursk est considéré comme une monnaie potentielle dans tous pourparlers qui arrêteraient les combats.D’abord maintenus à l’écart pendant des mois, les soldats nord-coréens jouent depuis quelques semaines un rôle crucial dans la reprise du territoire perdu par la Russie et dans la résistance à la contre-offensive (https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-ukraine-kiev-lance-de-nouvelles-operations-offensives-dans-la-region-russe-de-koursk-BVPSZFLXB5GRPNIRVSP4FUWP7E/)actuellement lancée par l’Ukraine. (https://www.lexpress.fr/monde/ukraine-une-brigade-zombie-formee-en-france-visee-par-une-enquete-K7O6V6J4DNDMRIFF264ZJAJPCQ/) Environ 30 % des troupes envoyées en Corée du Nord auraient déjà été déployées pour des combats de première ligne, selon Doo Jin-ho, analyste à l’Institut coréen d’analyses de la défense à Séoul cité par le WSJ. "Les Nord-Coréens contribuent à ce que la frontière ne soit pas franchie et libèrent les soldats russes pour chercher des percées dans d’autres régions", explique l’analyste. Selon Volodymyr Zelensky, plus de 4 000 Nord-Coréens sont morts ou ont été blessés depuis leur arrivée sur le champ de bataille. Selon le gouvernement américain, 1 000 d’entre eux sont morts au cours de la seule dernière semaine de décembre.
Nintendo : avant la sortie de la Switch 2, les derniers secrets d'un empire du jeu vidéo
https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/nintendo-avant-la-sortie-de-la-switch-2-les-derniers-secrets-dun-empire-du-jeu-video-5NZ6ZO6DPJE67HZCP5VUTDTASU/

Qui pleure les méchants tués dans les jeux vidéo (https://www.lexpress.fr/economie/loot-boxes-vers-la-fin-de-la-machine-a-cash-pour-les-jeux-video_2179072.html) ? L’idée fait sourire, tant ces morts remplies d’hémoglobine provoquent d’ordinaire l’exultation. Ce ne sont, après tout, que des personnages virtuels. Le but même du jeu est de les supprimer. Mais Shigeru Miyamoto n’est pas comme tout le monde. Le légendaire producteur de Nintendo, père de Mario, Zelda (https://www.lexpress.fr/culture/zelda-tears-of-the-kingdom-ce-que-disent-les-chiffres-sur-le-dernier-jeu-phenomene-de-nintendo-NVG7J5XG5BE4HPP5TK5ZSO4W4Y/) et Donkey Kong a cherché toute sa vie à provoquer des émotions positives chez les joueurs.Les jeux guerriers où les balles fusent ne sont vraiment pas sa tasse de thé. Dans les années 90, alors qu’il teste un jeu James Bond du studio Rare qui doit sortir sur Nintendo 64, il suggère même, avec une innocence désarmante, que la séquence des crédits de fin fasse visiter au joueur chacune de ses victimes virtuelles sur son lit d’hôpital. "Je lutte aussi contre l’idée que tuer les monstres serait systématiquement une bonne chose. Ils ont une motivation et des raisons d’être tels qu’ils sont", confiait-il au New Yorker (https://www.newyorker.com/culture/the-new-yorker-interview/shigeru-miyamoto-wants-to-create-a-kinder-world). Même un secteur aussi chargé d’adrénaline et de bagarres que le jeu vidéo (https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/take-two-microsoft-le-secteur-des-jeux-video-en-forte-zone-de-turbulences-44QNZBPGEVEGRGTDCUL47DLF5E/) a son Dalaï-lama. Un doux dingue dont les idées semblent d’une naïveté confondante avant de se révéler d’une modernité folle.La concurrence a appris à la dure à ne pas sous-estimer le "gentil garçon" du jeu vidéo qu’a toujours été Nintendo. A l’heure où beaucoup de studios mettent désormais l’histoire de leurs titres au premier plan, le Japonais n’a jamais perdu de vue l’ingrédient clef d’un jeu : sa dimension ludique. "Ses équipes traquent avec un soin obsessionnel tout ce qui peut agacer ou ennuyer les joueurs et le transforment en quelque chose de simple et d’amusant", explique Frédéric Markus, dirigeant de Féérik Games passé par tous les plus grands studios, de Nintendo à Rockstar, Ubisoft ou encore Epic Games. Une logique simple qui a fait du groupe l’acteur le plus inventif de son domaine.Les coups de génie de NintendoLes joueurs ont mal aux doigts à force de marteler leurs boutons pour explorer des mondes que la 3D vient d'étendre ? Nintendo met à leur disposition, en 1996, un joystick analogique, qui suit en souplesse le moindre geste du pouce et que ses concurrents s’empresseront de copier l’année suivante. Les trajets d’un village Pokémon à l’autre sont barbants ? Nintendo leur donne du piquant en disséminant dans les prés ses créatures fantastiques. Le Japonais a révolutionné le jeu de course avec la même logique ludique. Dans Mario Kart, les dérapages ne vous font pas ralentir, mais accélérer. Et, à rebours des titres traditionnels, les retardataires ont toujours une chance de rattraper le peloton, en jetant sous les roues adverses des carapaces de tortues ou des peaux de bananes.Cela ne marche pas à tous les coups. La console Wii U, par exemple, a été un fiasco. Mais Nintendo sait que les ratés font partie du processus. Cet échec posera de plus les bases qui conduiront au carton qu’a été, cinq ans plus tard, la console portable Switch. L’entreprise, toutefois, ne sort un produit que si elle pense avoir quelque chose de novateur à proposer. Nintendo attendra ainsi longtemps avant de s’aventurer dans les mondes ouverts 3D, ce genre très populaire où le joueur peut vagabonder à sa guide dans l’univers du jeu.Cela fait alors déjà
une quinzaine d’années ans que des studios comme Rockstar Games (Grand Theft Auto (https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/gta-vi-les-recettes-gagnantes-de-rockstar-pour-conquerir-le-monde-du-jeu-video-ILJKP6XUHJANHHE37PDSBLD2JI/)) et Blizzard Entertainment (World of Warcraft) développent ces titres formidablement complexes puisqu’il faut conserver l’intérêt du joueur sans rien savoir du chemin qu’il empruntera lors de sa partie. Pourtant, quand Nintendo se jette à l’eau avec Zelda : Breath of the Wild, l’originalité de son titre estomaque les pontes du secteur. "Le Japon a développé un art subtil des mondes miniatures qu’on retrouve aussi bien dans ses jardins zen que dans ses marchés de figurines. Comment créer quelque chose de très poétique, d’harmonieux, avec quelques éléments simples. C’est cet équilibre que l’on retrouve et qui subjugue quand on pénètre dans Zelda", analyse Frédéric Marcus. Le titre de Nintendo est du reste bourré de bonnes idées comme ce parapente grâce auquel Zelda peut mieux se déplacer et appréhender son environnement. Une manière ingénieuse de régler le gros défaut des mondes ouverts : ils sont si vastes que facilement, l’on s’y perd.Switch, Nintendo DS : des consoles plébiscitéesLe Japonais s’est toujours moqué de la course à la puissance dans laquelle les cadors du jeu vidéo se sont engouffrés. Sony et Microsoft n’ont cessé d’accroître les performances de leurs consoles et le réalisme de leurs titres. Résultat, ces derniers sont bien plus coûteux à produire. "Les studios qui consacraient six à douze mois à leurs jeux phares y passent désormais parfois cinq ou sept ans", observe Laurent Colombani, associé de Bain & Company spécialiste du secteur des télécoms, médias et technologies.Nintendo a eu raison de ne pas se laisser entraîner dans cette course folle. Si les progrès vers le photoréalisme ont bluffé les millenials, ils intéressent beaucoup moins les jeunes générations qui plébiscitent des jeux comme Roblox, Minecraft ou les ludiques créations Nintendo. "En misant sur des graphismes plus simples, le groupe japonais s’assure qui plus est de maîtriser ses coûts", pointe Olivier Mauco, PDG de l’agence de conseil Game in Society et enseignant à Sciences Po. Cela n’a pas empêché Nintendo de donner au secteur une magistrale leçon lorsqu’il se lance dans la 3D avec Super Mario 64 et conçoit pour l’occasion un système de caméra libre, depuis imité par tous ses concurrents.En se tenant à l’écart des univers violents, Nintendo a également réussi à toucher un public plus large que ses rivaux. "La Wii a étonné tout le secteur avec cette nouvelle manière de jouer basée sur le geste. Une approche beaucoup plus accessible, transgénérationnelle, qui a permis aux familles de se retrouver autour d’un jeu", souligne la psychologue Célia Hodent, ancienne directrice de l’expérience utilisateurs chez Epic Games (Fortnite) et auteure du livre "Dans le cerveau du gamer" (éditions Dunod, 2020). La Switch est, elle aussi, une console que de jeunes enfants ou des personnes qui ne connaissent rien au jeu peuvent facilement utiliser. "Cette mentalité se voit dans leurs publicités. Les autres studios mettent souvent en avant leur jeu, son univers. Nintendo met en scène les joueurs en pleine partie", fait observer l’experte.Bien sûr, si tous les studios avaient emprunté le même chemin que le Japonais, l’univers des jeux vidéo ressemblerait un peu trop à un épisode des Télétubbies. L’aiguille ayant franchement penché du côté des émotions fortes, son positionnement de "gentil ovni" apporte cependant aujourd’hui une touche de gaieté bienvenue. Et rencontre un succès fou. Parmi les trois consoles les plus vendues au monde, deux sont nées entre ses murs : la Nintendo DS (154 millions d’exemplaires) et la Switch (143 millions). Celle-ci continue de se vendre étonnamment bien alors qu’elle a trois ans de plus que les dernières consoles de Sony et de Xbox.Mario et Zelda sur grand écranNintendo s’est aussi constitué des
franchises de renom. Mario est un des rares personnages à séduire les enfants de la génération qui l’a découvert. Un nouveau Zelda fait battre le cœur de millions de personnes. "Le dernier jeu Pokémon, TCG Pocket, a encore créé l’évènement. Et avec 6,4 millions de dollars de recettes par jour, il promet d’être extrêmement rentable", précise Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l’analyse de marché chez eToro. Ces marques de poids permettent à Nintendo de s’attaquer à un nouveau marché, celui des parcs d’attractions.Des royaumes féeriques emplis de châteaux, de dinosaures et de champignons mignons ont déjà poussé à Osaka et à Los Angeles. Un troisième doit ouvrir ses portes cette année à Orlando, en Floride. Nintendo infiltre également les salles obscures. Après le succès du film Super Mario Bros (qui a dépassé La Reine des neiges en termes de recettes), le groupe planche sur un film Zelda. Trois défis attendent cependant le groupe.D’abord sa bonne situation en Bourse est à nuancer. "Toutes les actions japonaises ont été dopées en 2024 par le bas niveau du yen et la politique très accommodante des autorités et de la banque centrale", analyse Andrea Tueni, responsable des activités de marchés de Saxo Bank. Sans cela, Nintendo se serait sans doute moins bien porté car ses résultats économiques ont déçu au premier semestre de son exercice 2024-2025. En novembre dernier, le groupe a d’ailleurs indiqué s’attendre à une baisse de 32 % de son bénéfice opérationnel annuel et à une baisse des ventes de 23 %. "C’est logique. Les joueurs décalent leurs achats car ils savent que la Switch 2 va arriver sous peu. Mais les attentes autour de cette nouvelle console sont élevées, il ne faut pas que Nintendo déçoive", explique Andrea Tueni.Nintendo doit également se préparer à la montée en puissance de nouveaux concurrents : les studios chinois. Ces derniers qui faisaient déjà beaucoup de développement en sous-traitance sont montés en compétence. "Leurs jeux marchent de plus en plus. Le succès international de Wukong Black Myth en 2024 (NDLR 10 millions d’exemplaires vendus en trois jours) le prouve", observe Olivier Mauco. Des géants de la tech chinois auraient, par ailleurs, le savoir-faire et les chaînes d’approvisionnement nécessaires pour se lancer dans la fabrication de consoles performantes à petit prix, comme celles de Nintendo.Un univers rassurant pour les parents inquietsDernier et principal défi du Japonais : l’essor de plateformes cloud dédiées aux jeux vidéo (cloud gaming en anglais). L’idée est de ne plus contraindre les joueurs à utiliser une console ou un PC. Mais de recourir à de puissants serveurs à distance capable de gérer les jeux les plus simples comme les plus gourmands en puissance de calcul. Les utilisateurs pourraient, dès lors, faire tourner n’importe quel titre, sur n’importe quel appareil, dès lors qu’ils disposent d’une connexion internet satisfaisante.Un horizon qui fait rêver beaucoup d’internautes. Soutenu par les solides capacités cloud de Microsoft, Xbox s’engage énergiquement dans cette voie. Nintendo, lui, est plutôt en retard. La dématérialisation pose toutefois de gros défis techniques. "Les deux approches, cloud et équipements physiques, vont certainement cohabiter", prédit Laurent Colombani du cabinet Bain. Et même si le jeu dématérialisé réduit la part de marché des consoles, Nintendo est idéalement placé pour se maintenir. "Pour les parents, leur console a des arguments intéressants : elle permet aux enfants de jouer à un catalogue de jeux familiaux, dans un environnement fermé, où ils ne risquent pas d’être contacté par des inconnus", observe la psychologue spécialiste du jeu vidéo Célia Hodent. Parfois, les bons sentiments rapportent gros.
Immobilier, le retour en grâce en 2025 ? Ces signaux qui redonnent espoir
https://www.lexpress.fr/argent/immobilier/immobilier-le-retour-en-grace-en-2025-ces-signaux-qui-redonnent-espoir-JGAYNRPQH5HFVPLQ6ZSECNGMFE/

Les professionnels de l’immobilier veulent y croire. Après deux années difficiles, 2025 sera celle du retour à meilleure fortune. Quelques signaux vont dans ce sens, même s’il paraît un peu prématuré de crier victoire. A commencer par les taux d’intérêt des crédits (https://www.lexpress.fr/argent/immobilier/credit-immobilier-ces-astuces-pour-economiser-sur-lassurance-de-votre-emprunt-M4CNXQGCVZCGLKYXP76JPSII3U/), en baisse. Selon le courtier Cafpi, les taux d’emprunt s’établissaient en moyenne à 3,31 % sur vingt ans en décembre dernier. Vousfinancer, de son côté, constate une amélioration des conditions de financement en ce début d’année, et table sur de nouvelles baisses dans le courant de l’année, avant une stabilisation "aux alentours de 3 %". Couplée aux baisses de prix enregistrés l’an dernier, cette embellie bancaire favorise le retour des acquéreurs. SeLoger note, dans son baromètre de janvier, qu’en un an, le nombre de projets d’achats immobiliers (https://www.lexpress.fr/argent/immobilier/vendre-sa-maison-aux-encheres-la-solution-pour-echapper-au-marasme-immobilier-KGOMCVSYZBHEVLRWOGZLPO4RSU/) a grimpé de 10 %.Une stabilisation des prix depuis février dernierCe regain d’intérêt profite surtout aux grandes villes, note Thomas Lefebvre, vice-président data de SeLoger et Meilleurs Agents. "Certaines des grandes métropoles ont vu la demande littéralement exploser l’année dernière, indique-t-il. C’est notamment le cas à Toulouse et Bordeaux où elle a respectivement bondi de 37 % et 38 %. Paris n’est pas en reste. Après une année noire en 2023, durant laquelle la capitale a perdu 10 % de candidats à l’achat, 2024 a été l’année de son retour en grâce auprès des acquéreurs. La demande a enregistré une hausse de 31 % entre janvier et décembre."Autre élément propice : la baisse des prix semble toucher à sa fin. La Fnaim constate que ceux-ci se stabilisent depuis février 2024, après avoir connu la plus forte baisse depuis quinze ans. S’il se confirme, cet atterrissage, avant une éventuelle reprise, pourrait mettre fin à une forme d’immobilisme de la part des acquéreurs en quête d’opportunités.Autant de facteurs qui devraient mécaniquement soutenir le marché. Selon Thomas Lefebvre, "celui-ci devrait connaître un point de bascule au printemps, avec une reprise de la demande susceptible d’amorcer, dès lors, l’entrée dans un nouveau cycle haussier." L’expert de SeLoger et Meilleurs Agents anticipe une remontée des prix "de l’ordre de 2 % d’ici la fin de l’année."De nombreuses inconnues subsistent toutefois, qui pourraient altérer l’optimisme ambiant. La principale d’entre elles, la crise politique que connaît la France, pourrait en effet avoir de multiples conséquences, tant sur les taux d’intérêt que le pouvoir d’achat des ménages ou leur confiance dans l’avenir.
Incendies à Los Angeles : les feux progressent et les critiques se multiplient
https://www.lexpress.fr/monde/amerique/incendies-a-los-angeles-les-feux-progressent-et-les-critiques-se-multiplient-UCRMOLOJ55AHHNEHFLUNN6TF6A/

Alors que les feux qui ravagent Los Angeles (https://www.google.com/search?q=Los+Angeles+feu+lexpress&oq=Los+Angeles+feu+lexpress&gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIGCAEQRRg80gEINDUwMWowajeoAgCwAgA&sourceid=chrome&ie=UTF-8) et sa banlieue ne cessent de gagner du terrain, ce dimanche 12 janvier, Donald Trump (https://www.lexpress.fr/monde/amerique/mark-burnett-lhomme-sans-qui-donald-trump-naurait-jamais-ete-president-SSHZNLJXG5AHNFAYZRTKUW5MEI/) lance une nouvelle attaque envers les dirigeants californiens (https://www.lexpress.fr/environnement/en-californie-le-modele-energetique-qui-exaspere-trump-HRW2ISJO55DALBZJ3KF5YK7XGU/). "Les politiciens incompétents n’ont aucune idée de la manière de les éteindre", a déclaré le président américain élu dans un message publié sur sa plateforme Truth Social. "C’est l’une des pires catastrophes de l’histoire de notre pays. Ils n’arrivent pas à éteindre les incendies. Qu’est-ce qui ne va pas chez eux ?", écrit-il.Cinq jours après le début des incendies, les infrastructures sur place semblent ne pas suffire pour lutter contre les cinq feux qui avalent tout sur leur passage. Dans le quartier huppé de Pacific Palissade, les bouches incendie se sont rapidement taries, et les pénuries d’eau ont largement entravé les efforts déployés dans les autres zones, amenant le gouverneur de l’état le plus peuplé du pays, Gavin Newsom, à demander "un examen indépendant complet" des services de distribution d’eau de la ville.Ce qui a donné lieu à une série d’attaques de la part de Donald Trump, bientôt de retour à la Maison-Blanche. Dans la semaine, déjà, il accusait les démocrates d’avoir détourné l’eau de pluie pour protéger un "poisson inutile" dans l’État, accusant sans fondement les politiques environnementales d’être responsables des pénuries.Eviter les fumées sans pouvoir se relogerLes critiques n’émanent pas que du président élu. Samedi, la maire de la deuxième plus grande ville du pays, Karen Bass, s’est défendue en assurant que ses services étaient "tous sur la même longueur d’onde". La veille, la cheffe des pompiers de la ville avait pointé le budget insuffisant alloué par la municipalité aux soldats du feu (https://www.lexpress.fr/monde/amerique/incendies-a-los-angeles-ces-rustines-qui-viennent-aider-des-pompiers-en-sous-effectif-NLQ4D4OSARDIXDJLNNMUQYL2EA/).Le même jour, les autorités sanitaires de Los Angeles alertaient les habitants des risques pour la santé que posent les fumées, leur demandant de rester à l’intérieur des bâtiments. Les incendies ont jusqu’à présent détruit plus de 12 000 structures, (https://www.lexpress.fr/monde/amerique/incendies-a-los-angeles-le-cauchemar-des-societes-dassurance-en-chiffres-6KFGDPFLD5HDNFKIXULHXFE2VU/) selon l’agence californienne de lutte contre les incendies, tandis que le bureau du médecin légiste du comté de Los Angeles fait état de 16 morts - un bilan provisoire. Des secouristes assistés de chiens renifleurs continuent d’inspecter les décombres à la recherche de corps.Plus de 15 000 hectares sont partis en fumée, principalement à Palisades Fire et dans l’Eaton Fire, le deuxième feu qui frappe Altadena, banlieue du nord-est de Los Angeles. Les évacués eux, font face à un casse-tête pour se reloger, alors que le tarif des locations vient de faire un bond ahurissant. Ce qui a poussé le procureur général de l’Etat à rappeler, samedi, que le gonflement artificiel des prix est un "crime passible d’un an de prison et de 10 000 dollars d’amende".Des pompiers mexicains et canadiens en renfortLes pompiers ont bénéficié d’une accalmie des vents ces trois derniers jours. Mais les rafales doivent de nouveau forcir ce week-end. "Ces vents, combinés à un air sec et à une végétation sèche, maintiendront la menace d’incendie dans le comté de Los
Angeles à un niveau élevé", a averti Anthony Marrone, le chef des pompiers du comté auprès de l’AFP. Malgré les efforts de milliers de pompiers, le "Palisades Fire" s’est étendu samedi au nord-ouest de Los Angeles. Il menace désormais au nord la vallée densément peuplée de San Fernando, poussant à l’est vers les collections inestimables du musée d’art Getty Center.Face à la situation qui ne fait qu’empirer, le soutien afflue depuis les deux frontières (https://www.lexpress.fr/monde/amerique/incendies-a-los-angeles-ces-rustines-qui-viennent-aider-des-pompiers-en-sous-effectif-NLQ4D4OSARDIXDJLNNMUQYL2EA/) des Etats-Unis. Samedi matin, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a annoncé le départ d’un "groupe d’aide humanitaire pour Los Angeles en Californie". "Nous sommes un pays généreux et solidaire", a-t-elle ajouté, en publiant sur X la photo de deux avions-cargos sur le tarmac d’un aéroport, faisant fi des tensions commerciales amorcées par la future administration Trump. "Il y a beaucoup de Mexicains dans cette partie des Etats-Unis" souligne-t-elle.En este momento sale el grupo de ayuda humanitaria a Los Ángeles, California. Somos un país generoso y solidario. Gracias al equipo del Plan DN-III-E de la Secretaría de la Defensa, a los combatientes forestales y a @laualzua (https://twitter.com/laualzua?ref_src=twsrc%5Etfw), coordinadora nacional de Protección Civil. Llevan con… pic.twitter.com/MviVvKCxvE (https://t.co/MviVvKCxvE)— Claudia Sheinbaum Pardo (@Claudiashein) January 11, 2025 (https://twitter.com/Claudiashein/status/1878084010045329766?ref_src=twsrc%5Etfw)Le gouvernement canadien (https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/demission-de-justin-trudeau-et-retour-de-donald-trump-le-canada-sous-pression-commerciale-Q2ZKLKKI5RC7RMAPI7H5JJWZ54/) a lui aussi annoncé collaborer avec ses provinces pour fournir un soutien dans les jours qui viennent. Le Quebec et l’Ontario ont notamment déployé plusieurs avions-citernes CL-415, ainsi que des pilotes, des techniciens et du matériel. L’Alberta a annoncé mettre à disposition 40 pompiers, ainsi que des bombardiers d’eau et des hélicoptères équipes de vision nocturne. La Colombie-Britannique a elle aussi envoyé une équipe de techniciens chevronnés, et se prépare à déployer des équipes supplémentaires si nécessaire.Une enquête conduite par le FBI est toujours en cours pour déterminer les causes multiples de ces départs de feu. Les vents chauds et secs de Santa Ana qui ont attisé ces incendies sont un classique des automnes et des hivers californiens. Mais ils ont atteint cette fois une intensité inédite depuis 2011, selon les météorologues, avec des rafales jusqu’à 160 km/h cette semaine. De quoi propager les braises très rapidement, parfois sur des kilomètres. Un scénario cauchemardesque pour les pompiers, car la Californie sort de deux années très pluvieuses qui ont fait naître une végétation luxuriante, désormais asséchée par un manque de pluie criant depuis huit mois.
Grippe aviaire : comment le monde se prépare à affronter une pandémie
https://www.lexpress.fr/sciences-sante/grippe-aviaire-comment-le-monde-se-prepare-a-affronter-une-pandemie-P6O3E4M5YRHJNEUFNEQSFRUQVM/

Pile, une pandémie. Face, la menace disparaît. La pièce est jetée en l’air, et bien malin qui pourrait prédire de quel côté elle retombera. Le virus de la grippe aviaire H5N1 (https://www.lexpress.fr/sciences-sante/la-grippe-aviaire-ce-virus-qui-se-rapproche-des-humains-ces-scenarios-que-redoutent-les-755HNY3TOVGOHKDTXPC4SIU35M/) circule abondamment chez les animaux – oiseaux et mammifères sauvages ou domestiques, et surtout dans les troupeaux de bovins aux Etats-Unis (https://www.lexpress.fr/monde/grippe-aviaire-les-etats-unis-en-font-ils-assez-Q7VPJU2EIFDL7EN7PT7IDGIGFI/). Ses incursions chez l’Homme (https://www.lexpress.fr/sciences-sante/grippe-aviaire-loms-alerte-sur-la-propagation-croissante-de-lepidemie-4RHAOD7DNNAA3AW4SU7UWY6RCY/) atteignent des niveaux rarement vus, avec 66 cas en 2024 outre-Atlantique dont deux graves, et un premier décès début janvier. S’il s’agit d’infections sporadiques, la crainte que ce nouvel ennemi ne finisse par devenir transmissible dans notre espèce est dans toutes les têtes.Totalement imprévisibles, les virus grippaux n’en restent pas moins redoutables, et redoutés. Celui-ci en particulier, et notamment sa version retrouvée chez les oiseaux : depuis son émergence dans des élevages de poulets à Hongkong en 1997, il a tué de 30 % à 50 % des humains infectés, heureusement peu nombreux. Le premier mort américain a d’ailleurs été contaminé par un oiseau sauvage. Sa variante détectée dans les fermes bovines s’est, elle, adaptée au pis des vaches – elle semble se transmettre avant tout par contacts avec le lait contaminé, et n’a jusqu’ici donné que des cas bénins. "A ce stade, le niveau d’alerte reste faible, mais la situation est jugée suffisamment critique par les autorités sanitaires un peu partout dans le monde pour que la préparation soit lancée", résume la Pr Brigitte Autran, la présidente du Covars, le comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires.Surréaction après le dénuement de la planète face au Sars-CoV-2 ? Toujours est-il que contre H5N1, notre arsenal paraît mieux rempli. Des vaccins, d’abord, se trouvent en développement. Les injections saisonnières ne seraient en effet d’aucune utilité : il faudra des produits adaptés, plus complexes à produire. Habituellement, les industriels injectent la souche virale en circulation dans des millions d’œufs, où le virus se multiplie avant d’en être extrait puis inactivé. Impossible avec un H5N1. "Comme ce virus est hautement pathogène pour la volaille, il le serait aussi pour les œufs. La souche virale doit donc être modifiée génétiquement en amont, pour la rendre moins dangereuse et lui permettre de se multiplier dans les œufs", explique la Pr Marie-Anne Rameix-Welti, responsable du Centre national de référence des infections respiratoires, à l’Institut Pasteur de Paris.Vaccins : encore des goulots d'étranglementLa préparation de ces souches virales adaptées relève de la compétence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’institution onusienne en a même déjà tout un catalogue. Deux fois par an, en même temps qu’ils choisissent les souches à inclure dans les vaccins saisonniers, ses experts identifient dans la nature les virus zoonotiques potentiellement menaçants, pour lesquels il semble important de disposer de souches vaccinales modifiées "prêtes à l’emploi". Celles-ci sont produites par des centres partenaires de l’organisation internationale, comme les CDC (centres pour le contrôle et la prévention des maladies) américains (https://www.cdc.gov/bird-flu/php/severe-potential/candidate-vaccine-virus.html). "Des tests avec les virus H5N1 en circulation aux Etats-Unis ont montré que deux des souches modifiées déjà disponibles offriraient une protection", indique Margaret Harris, porte-parole de l’OMS. Si besoin, elles
seraient mises à la disposition des industriels pour qu’ils fabriquent les injections. De quoi gagner quelques semaines.Une avance précieuse, car si la technique classique de production de vaccins antigrippaux sur œuf est bien rodée, elle ne permet ni une grande réactivité, ni une multiplication exponentielle des volumes. "Par définition, il faut des œufs, beaucoup d’œufs, et des œufs d’une nature particulière, puisqu’ils sont 'embryonnés' : rien à voir avec ceux que l’on trouve dans le commerce", rappelle Marie-Paule Kieny, virologue et ancienne présidente du comité scientifique vaccin Covid-19. Les industriels en commandent une ou deux fois par an, au moment où ils lancent la fabrication des doses contre la grippe saisonnière. Si l’alerte survenait juste avant le démarrage de la production, celle-ci pourrait être réorientée, mais plus tard, les œufs ne seraient plus disponibles : il faudrait attendre d’en obtenir à nouveau.Un autre goulet d’étranglement identifié par l’OMS dans un rapport encore non publié concerne le "fill and finish" : l’étape de remplissage des flacons. Les capacités actuelles, jugées insuffisantes, pourraient aussi limiter la production. "Des essais cliniques avaient par ailleurs montré qu’il faudrait deux doses pour obtenir un bon niveau de protection, contre une seule pour la grippe saisonnière. En réorientant toutes les lignes de production disponibles, il est probablement assez réaliste de penser qu’on arriverait à vacciner 1,5 milliard de personnes en une année", estime Marie-Paule Kieny.Enorme, mais insuffisant pour protéger rapidement la planète entière. Comme pour le Covid, la technologie ARN messager (https://www.lexpress.fr/sciences-sante/arn-messager-les-coulisses-dune-revolution-vaccinale-ZFMLZJXRFJEX3K2JNQMYQGZQTA/) nous sauverait-elle ? A date, aucun vaccin antigrippal basé sur cette plateforme n’est commercialisé. Mais les développements vont bon train. La firme américaine Moderna a annoncé en juin que son vaccin combiné Covid-grippe saisonnière déclenchait une bonne réponse immunitaire. Un jalon essentiel, première preuve que l’ARN messager pourrait fonctionner contre les virus influenza. Depuis, Moderna et les CDC américains ont publié mi-décembre (https://www.science.org/doi/10.1126/scitranslmed.ads1273) une étude dans la prestigieuse revue Science montrant qu’un vaccin H5N1 à ARN messager était efficace pour protéger les furets, le modèle animal privilégié pour les infections respiratoires. Pfizer, GSK et des équipes académiques américaines sont aussi sur les rangs.La course aux commandes est lancéeLa grande question sera ensuite d’obtenir les injections – on se souvient des batailles entre les Etats pendant la pandémie de Covid… Certains pays possèdent déjà des stocks adaptés aux précédentes souches de grippe aviaire. "Ils ne seraient pas forcément inutiles : les flacons non périmés pourraient servir de premières doses", indique la Pr Marie-Anne Rameix-Welti. Reste que la course aux commandes de vaccins adaptés est déjà lancée. Les Etats-Unis ont acheté un total de 10 millions de doses auprès de trois producteurs. Comme à l’époque du Covid, le gouvernement américain s’est aussi engagé à financer les dernières étapes du développement du vaccin de Moderna. De quoi garantir ensuite un accès privilégié à sa production. Les Européens, de leur côté, attendent une livraison de 665 000 doses, et ont signé une option d’achat pour 40 millions de vaccins auprès du fabricant Seqirus (https://newsroom.csl.com/2024-06-11-CSL-Seqirus,-a-Proud-Champion-of-Pandemic-Preparedness,-Signs-an-Agreement-with-the-European-Commission-to-Provide-Pre-Pandemic-Vaccines-to-the-EU). "La France en a réservé plusieurs dizaines de milliers. Ce petit stock permettrait de vacciner en anneau autour d’éventuels cas de contamination humaine dans un élevage par exemple", explique le virologue Bruno Lina, également membre du Covars.Par ailleurs, l’OMS a déjà conclu des accords avec les principaux fabricants : ils
s’engagent à lui donner l’équivalent de 10 % de leur production, à destination des pays en développement. Surtout, des transferts de technologie sont organisés sous l’égide d’un organisme associé à l’OMS, le Medicine Patent Pool (MPP) : "Nous travaillons avec des laboratoires situés dans 14 pays à revenus faibles ou intermédiaires, pour qu’ils aient la capacité de produire des vaccins à ARN messager pour leur population", détaille Marie-Paule Kieny, aujourd’hui à la tête du MPP. Reste qu’en cas de circulation interhumaine d’un virus de grippe aviaire, nous n’échapperions pas à des mesures barrière, le temps que les vaccins arrivent.Dans l’intervalle, nous disposerions toutefois de deux autres armes qui nous avaient tant fait défaut il y a cinq ans : des médicaments, et des tests. Côté antiviraux, l’Hexagone possède 200 millions de comprimés de Tamiflu. Un volume jugé suffisant par le Haut Conseil de la santé publique dans un rapport paru en décembre. Cette instance plaide par ailleurs pour une prolongation à vingt ans des dates de péremption de ce produit, à l’instar du choix fait par les Etats-Unis. Le Covars a par ailleurs recommandé à l’Etat de préparer des stocks d’un autre antiviral, le baloxavir. "Son efficacité semble supérieure à celle du Tamiflu, explique la Pr Autran. Notre message a été entendu : l’Europe a pris un pré-engagement d’achat auprès des fabricants."Des mesures insuffisantes pour freiner le virusLes tests, eux, se trouvent déjà en cours de déploiement. "Les tests PCR utilisés en France pour le diagnostic de la grippe humaine permettent aussi de repérer des virus aviraires H5N1 similaires à ceux qui circulent aux USA", explique Bruno Lina, qui dirige le Centre national de référence des virus respiratoires basé à Lyon. Si l’un d’eux était détecté, le réseau des laboratoires spécialisés Biotox-Piratox sera bientôt en mesure de réaliser des tests plus spécifiques, et en cas de H5N1 avéré, les deux centres de référence, à Paris et à Lyon, seraient alertés et interviendraient pour isoler le patient et limiter la transmission. "En termes de préparation, nous sommes dans une situation très favorable. Les alertes actuelles ont permis de se mettre en ordre de bataille. En espérant que nous n’en aurons pas besoin", résume le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé global à l’université de Genève (Suisse).C’est tout le paradoxe, avec d’un côté des préparatifs bien avancés, mais de l’autre des mesures longtemps insuffisantes aux Etats-Unis pour freiner la circulation du virus. "Ce à quoi nous assistons est assez scandaleux, avec peu de transparence et des décisions tardives de protection des élevages et de surveillance du lait cru, alors qu’on sait qu’il peut favoriser la transmission à l’humain", déplore Marie-Paule Kieny. L’arrivée de Robert F. Kennedy Jr, antivax et fervent partisan du lait cru, à la tête du ministère de la Santé américain n’est pas pour rassurer. "Plus on laisse le virus circuler, plus il y a de risques qu’il devienne transmissible. D’ailleurs des marqueurs d’adaptation (https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sante/grippe-aviaire-le-virus-aurait-mute-dans-lorganisme-dun-patient-americain-Z3MWZPEYA5H2NJOFNYGVVNJAAI/) à l’homme apparaissent dès qu’il passe chez un mammifère ou un chez un humain", relève la Pr Rameix-Welti.Depuis les travaux controversés du virologue néerlandais Ron Fouchier, qui avait rendu un H5N1 transmissible chez les mammifères dans les années 2000, on connaît les mutations que ce microbe doit accumuler pour pouvoir circuler entre les humains. "Elles sont au minimum au nombre de cinq", rappelle le Pr Lina. Comme autant de verrous, qui l’empêchent aujourd’hui de s’accrocher à nos cellules, de s’y multiplier, mais aussi de survivre dans l’air. "Cela fait vingt-cinq ans qu’on redoute ces modifications, et on ne les voit pas apparaître", constate Antoine Flahault. Les virus grippaux présentent toutefois cette particularité de pouvoir à la fois évoluer au fil du
temps, en acquérant les mutations les unes après les autres, mais aussi d’un seul coup, par échange de matériel génétique avec d’autres virus. Quelle direction choisira H5N1 ? Pour l’instant, la pièce est toujours en l’air.
Eric Trappier à la tête de Dassault : les coulisses d’un changement d’ère
https://www.lexpress.fr/podcasts/laloupe/eric-trappier-a-la-tete-de-dassault-les-coulisses-dun-changement-dere-W7XJGZTR75H7HA42Z27CGH324A/

Cette semaine, La Loupe a choisi de s’intéresser au fleuron tricolore de l’aéronautique (https://www.lexpress.fr/economie/entreprises/en-2024-le-nombre-de-rafale-livres-par-dassault-a-presque-double-EA6FA6HS4FE2RJVND6ALYGMNMM/), Dassault qui a récemment changé de direction. Une réorganisation discrète de pouvoir pour une entreprise qui n’a eu que quatre patrons en près d’un siècle. Dans cet épisode, Béatrice Mathieu, grand reporter spécialiste de l’économie à L’Express, nous raconte les dessous (https://www.lexpress.fr/economie/entreprises/le-rafale-petits-secrets-dun-grand-succes-comment-lavion-de-dassault-est-devenu-incontournable-AHURCB523ZAK5DW3YV2NHH2LG4/) de cette passation de pouvoirs inédite.TROUVEZ TOUS LES EPISODES DE LA LOUPEEcoutez cet épisode et abonnez-vous à La Loupe sur Apple Podcasts (https://podcasts.apple.com/fr/podcast/la-loupe/id1570855740?l=en), Spotify (https://open.spotify.com/show/3HNRGEtjT3UrOpc6vsfRdt?si=SJAyStSURPa44FNMao3B4A&dl_branch=1), Deezer (https://deezer.page.link/An7W7pizXJcAqLQy7), Podcast Addict (https://podcastaddict.com/podcast/3380332) et Amazon Music (https://music.amazon.fr/podcasts/11c4e8d8-2cb7-47fb-a0c7-276f11d5cbce/LA-LOUPE).Inscrivez-vous à notre newsletter (https://infos.lexpress.fr/renderers/inscription_laloupe).L’équipe : Charlotte Baris (présentation), Léa Bertrand (écriture) Jules Krot (montage et réalisation)Crédits : France 5, Europe 1, Télé Loisirs, Le MondeMusique et habillage : Emmanuel Herschon/Studio TorrentLogo : Jérémy CambourComment écouter un podcast ? Suivez le guide (https://www.lexpress.fr/actualite/medias/comment-ecouter-un-podcast-depuis-votre-smartphone-ou-votre-ordinateur_2152856.html).Charlotte Baris : Pour débuter notre série, je vous emmène au 9 Rond-Point des Champs-Elysées à Paris. C’est ici qu’on entre au cœur de l’empire Dassault. Il faut pousser les grilles en fer forgé, grimper quelques marches en pierre. Nous voilà dans le salon d’entrée de l’hôtel d’Espeyran.Au mur, on aperçoit lʼun des derniers exemplaires de l’hélice "Eclair", première invention en 1916 de Marcel Dassault, le fondateur du groupe. En dessous, son portrait aligné avec ceux de ses fils, Claude et Serge, et celui de lʼun de ses petits-fils, Olivier.On trouve aussi beaucoup de photos d’avions. Des clichés dʼOlivier Dassault dans lʼune des salles de travail. Si on marche un plus loin dans le couloir, on se retrouve dans le bureau qu’occupait autrefois Serge Dassault. Depuis sa mort le 28 mai 2018, la pièce est restée inoccupée. Et aucun de ses enfants ne s’y installera, le patriarche s’en est assuré…Comment perpétuer l’héritage d’un homme qui a bâti un empire colossal, entre aviation, industrie numérique et influence politique ? Aujourd’hui, on vous raconte l’enjeu de cette succession pour Dassault.Pour aller plus loin :Dassault, une famille politique : la chute de l’héritier, leurs relations avec les présidents…Face à Poutine, le pas de géant de l’Europe de la défenseQui seront les industriels qui réussiront ? La vision du patron de Dassault Systèmes
L'immigration, ingrédient clef du succès de la tech américaine
https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/limmigration-ingredient-clef-du-succes-de-la-tech-americaine-WYK6FZAYV5DU3M53A7IZFYOUDY/

La moitié des start-ups américaines valorisées à plus de 1 milliard de dollars ont été fondées ou cofondées par des immigrés. Après l'Europe, les Etats-Unis cherchent désormais à attirer les meilleurs talents des pays émergents.
Drogue : le plan de Gérald Darmanin contre "les cent plus gros narcotrafiquants"
https://www.lexpress.fr/societe/justice/drogue-le-plan-de-gerald-darmanin-contre-les-cent-plus-gros-narcotrafiquants-3I775ZWIQZFW5CULNT4TTA5KHQ/

Isoler dans "une prison de haute sécurité", à l’été, les "cent plus gros narcotrafiquants" qui poursuivent leur activité criminelle depuis leur cellule : c’est la mesure annoncée dimanche 12 janvier sur LCI par le ministre de la Justice Gérald Darmanin (https://www.lexpress.fr/societe/justice/gerald-darmanin-assure-quavec-quelques-millions-de-plus-pour-la-justice-il-fera-des-miracles-F64V3HJRVBGNNGA6YSFH544SGQ/). "Nous allons prendre une prison française, on va la vider des personnes qui y sont et on y mettra, puisqu’on l’aura totalement isolée, totalement sécurisée, avec des agents pénitentiaires particulièrement formés, anonymisés", les "cent plus gros narcotrafiquants (https://www.lexpress.fr/societe/jerome-durain-en-travaillant-sur-le-narcotrafic-jai-compris-que-tout-le-monde-avait-un-prix-2M6PZG7H3BHLVJUJXEUDSXXZGM/)", a développé le garde des Sceaux, sans préciser quel serait cet établissement pénitentiaire. "On va montrer que quand on est en prison (https://www.lexpress.fr/societe/justice/ca-peut-degenerer-face-a-la-surpopulation-carcerale-les-surveillants-penitentiaires-epuises-J3PACNK7BJHQBAGFIUVGN24IXI/) et qu’on est un narcotrafiquant on ne peut pas téléphoner et on ne peut pas avoir une vie agréable", a-t-il ajouté.Le ministre, qui a fait de la lutte contre le narcotrafic (https://www.lexpress.fr/societe/trafic-de-drogue-a-nice-le-point-de-deal-pres-de-chez-moi-genere-entre-15-000-et-20-000-euros-par-YIUHVBMOTRC5HBLFCPYVHISESY/) une de ses priorités depuis son arrivée le 23 décembre place Vendôme, entend "taper très fort" contre cette "menace de sécurité intérieure". "Il faut faire contre la drogue (https://www.lexpress.fr/societe/uber-shit-recrutement-en-ligne-et-represailles-en-live-le-trafic-de-drogue-se-democratise-sur-QGRNKIAURRGTHJ6XJDGUICRB74/) ce qu’on a fait contre le terrorisme et qui a fonctionné même s’il y a encore des attentats", a-t-il ajouté, rappelant que "la France (avait) su se doter d’armes extrêmement fortes judiciaires, administratives contre le terrorisme". "Il faut tout changer dans la lutte contre le trafic de stupéfiants", a estimé le garde des Sceaux qui fut ministre de ’'Intérieur de juillet 2020 à septembre 2024.La mixité "ne marche pas""Aujourd’hui, on isole certains trafiquants parmi d’autres détenus et on voit bien que ça ne marche pas, ce système de mixité qui consiste à mettre des terroristes, des criminels, des gens qui ont écrasé avec leurs voitures, des gens qui ont tapé leurs femmes et on les met tous dans la même prison", a ajouté Gérald Darmanin (https://www.lexpress.fr/societe/justice/maisons-darret-delais-de-garde-a-vue-les-propositions-de-gerald-darmanin-pour-la-justice-G6VAJ32YSJFX3MAKTP4QYWGSRA/). Or, ces détenus "ne sont pas tous de la même dangerosité et on n’adapte pas la sécurité de la même manière" selon les profils.🔴 Narcotrafic : "Pour cet été, (...) on va mettre les 100 plus gros narcotrafiquants dans une prison", annonce le ministre de la Justice @GDarmanin (https://twitter.com/GDarmanin?ref_src=twsrc%5Etfw).

"On va montrer" que pour ces profils, "on ne peut pas téléphoner et avoir une vie agréable", dit-il.

▶️ avec @DariusRochebin (https://twitter.com/DariusRochebin?ref_src=twsrc%5Etfw) pic.twitter.com/HffbxzUTWm (https://t.co/HffbxzUTWm)— LCI (@LCI) January 12, 2025 (https://twitter.com/LCI/status/1878497725861285900?ref_src=twsrc%5Etfw)"Il n’y a pas que le brouillage (des téléphones portables) il y a les menaces ou la corruption d’agents pénitentiaires (https://www.lexpress.fr/societe/entre-narcotraficants-et-agents-penitentiaires-le-tabou-de-la-corruption-en-prison-W5INWDOUMBH4FBQ5VAQJWCYWWE/), les drones, les livraisons, les hélicoptères", a-t-il ajouté, insistant sur la "puissance financière énorme" des narcotrafiquants."Ce qui
est insupportable", a estimé Gérald Darmanin, c’est que les prisons (https://www.lexpress.fr/societe/influenceurs-drogues-drones-et-surpopulation-la-honte-des-prisons-francaises-QRM52MDY5BFQLCJNH7GGP5PK3E/) "ne soient plus des entraves pour la plupart d’entre eux pour continuer leur trafic, ou assassiner, ou menacer des magistrats, des agents pénitentiaires, des journalistes ou des avocats".Pour mettre en place cette "prison de haute sécurité" à l’été, "je n’ai pas besoin de loi pour ça, j’ai besoin de la volonté et on va en avoir, un petit peu d’argent et j’en aurai", a-t-il assuré.
Livres : les ambivalences du Maroc vues par Leïla Slimani et Mahi Binebine
https://www.lexpress.fr/culture/livre/livres-les-ambivalences-du-maroc-vues-par-leila-slimani-et-mahi-binebine-QA5AJJ56NVHUZJWD3VGVRMBJGM/

Le Maroc qui rit et le Maroc qui pleure, le Maroc de la lumière et de l’hospitalité et celui des obscurantismes et de la violence étatique… Ce sont bien ces deux pans qui traversent les très beaux romans d’inspiration familiale de Mahi Binebine et de Leïla Slimani dont les titres se répondent étrangement, La nuit nous emportera (Robert Laffont) pour le premier et J’emporterai le feu (Gallimard, le 23 janvier) pour la deuxième.Commençons par le Marocain Mahi Binebine (https://www.lexpress.fr/monde/afrique/seisme-au-maroc-et-voila-que-la-terre-refait-des-siennes-par-mahi-binebine-FCNDZ5DWPVCAJFPTPKEAADDNFU/), peintre et sculpteur réputé, qui évoquait déjà la figure de son frère Aziz croupissant dans la prison de Tazmamart, dans le récit consacré à son père, Le Fou du roi (le bouffon d’Hassan II) en 2017. Cette fois-ci, il en fait le personnage principal, ou tout du moins le grand absent, lorsque après la tentative de putsch militaire de 1971 contre le roi, Abel, le grand frère adoré du narrateur Sami et cadet de l’armée, est envoyé dans la prison de Kénitra avant de disparaître des registres. Propulsant sa mère, Mamaya, dans un désespoir profond et une attente sans fin : Mamaya ne cessera d’aller toutes les semaines sur l’esplanade du pénitencier et de mettre de la nourriture de côté pour son aîné. Le père s’étant volatilisé, c’est à cette mère courage qu’il faut assumer tout : les errances de sa propre mère, la redoutable "Maman-du-bled", veuve d’un capitaine "ayant pactisé avec le diable" (soit les Français), et la pitance de ses cinq enfants, le tout narré par Mahi Binebine avec une belle gouaille et une formidable sensibilité…Il est aussi question de prison avec la Franco-Marocaine Leïla Slimani (https://www.lexpress.fr/culture/livre/pandemie-de-covid-censure-religion-leila-slimani-orhan-pamuk-l-entretien-croise_2169669.html), qui achève ici sa trilogie à succès Le Pays des autres (commencée en 2020) sur l’histoire de ses grands-parents maternels (https://www.lexpress.fr/culture/les-choix-litteraires-de-l-express-leila-slimani-come-martin-karl-hannelore-cayre_2121725.html)dans le Maroc colonial d’après-guerre et poursuivie en 2022 avec Regardez-nous danser autour des années 1968-1975 marquées par la révolte de la jeunesse et des intellectuels marocains face à l’intransigeance d’Hassan II. La prison, c’est celle de Salé, où fut incarcéré en 2002 Mehdi, le père en papier de Leïla, directeur de banque déchu puis convaincu, à tort, de détournement. Si la famille est cultivée et ouverte d’esprit, le monde du dehors reste dangereux, notamment pour les "déviants", tel Mia, la fille aux penchants homosexuels qui s’exilera définitivement en France, tout comme sa jeune sœur, la ravissante Inès, future médecin.En attendant, en ces années 1970-1980-1990, enfants et mendiants errent dans la rue tandis que les indics de la police se cachent partout et que l’on peut disparaître à tout moment si l’on franchit l’une de ces trois lignes rouges : la religion, le roi, le Sahara. Aussi, Aïcha, la mère de famille, gynécologue de son état, tente-t-elle d’inculquer à ses filles une aversion du risque. "Elle voulait des enfants lâches à qui ne viendrait pas l’idée de s’indigner", note la narratrice qui dresse un merveilleux portrait d'"Aïcha la sainte", qui se tue au travail. De même, en est-il pour Selma, la tante, femme libérée s’il en est. Quant à Mehdi, sorti major à l’Inspection des finances, tout investi dans l’avenir économique de son pays, il tente d’oublier l’arbitraire de la Cour dans la littérature, la boisson et le foot.Encore une fois, la fresque aussi politique que familiale dessinée par Leïla Slimani impressionne par sa justesse et sa richesse. De la force de la littérature pour disséquer les âmes et les sociétés.
Le voile "discriminant à l'embauche" ? Des universitaires réagissent à une étude jugée "biaisée"
https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/le-voile-discriminant-a-lembauche-des-universitaires-reagissent-a-une-etude-jugee-biaisee-7OX5BHYTGVAK5JDHNVMOVYWE4I/

"Une recherche prouve que le port du voile (https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/port-du-voile-dans-son-histoire-la-france-a-eu-du-mal-a-gerer-la-diversite-religieuse-F2DXKKNY5BDV3CUUSAVIBI3L7Q/) est un facteur discriminant à l’embauche". Ce titre qui claque comme une vérité définitive et dénonce l’injustice qui frapperait certaines de nos concitoyennes a été repris par tous les médias, du Nouvel Obs à CNews. Mais cette recherche prouve-t-elle bien ce qu’elle annonce ?Sous le nom intimidant de "rapport d’étude : Discrimination à l'embauche des femmes voilées en France : un test sur l’accès à l’apprentissage" (https://ondes.univ-gustave-eiffel.fr/fileadmin/contributeurs/ONDES/Publications/WP-24-04.pdf)et derrière une dénomination faussement officielle pour mieux impressionner ("Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur"), quatre chercheurs, Denis Anne, Amynata Bagayoko, Sylvain Chareyron et Yannick L'Horty, rattachés à l’université Gustave Eiffel, ont diffusé le 9 décembre un travail académique mettant en avant que le port de voile diminue drastiquement les chances de décrocher un contrat d’apprentissage.L’enquête de ces économistes a consisté à procéder à un testing, selon une méthode largement pratiquée dans d’autres disciplines (sociologie ou sciences de gestion), à savoir l’envoi de CV d’étudiantes en première année de BTS de comptabilité, voilées et non voilées, à 2 000 entreprises tirées au sort. Après analyse des retours, ces chercheurs concluent que le port d'un voile "abaisse de plus de 80 % les chances de recevoir une réponse positive". Le public ne peut que s’émouvoir et dénoncer une discrimination.Pour autant, la lecture du document révèle de nombreuses anomalies. En premier lieu, le nombre de CV est faible et les documents se différencient sur d’autres variables que la tenue, avec des erreurs formelles problématiques (nom et prénom différents dans un même CV, etc.), rendant la comparaison incertaine (quel facteur explique la réponse, positive ou négative ?). Le principe même du testing est inopérant. En outre, deuxième procédé atypique : il n’y a pas de groupe de contrôle avec une autre variable, permettant de mesurer l’éventuelle discrimination liée au voile (par exemple, des personnes avec ou sans casquettes ou tatouages apparents). Les auteurs utilisent en complément du voile un critère purement subjectif (la "suggestion d’une origine maghrébine"), par principe invérifiable. De plus, il s’agit de candidatures spontanées, sans poste identifié. Finalement, le taux de réponses est très faible.Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que la réaction principale des entreprises est de ne pas répondre aux candidates, voilées ou non. En clair, les réponses reçues forment un échantillon microscopique sur lequel les auteurs calculent ensuite des risques relatifs, sur des pourcentages non significatifs. Le seul résultat tangible, c'est qu'il n'y a pas d'effet du port du voile sur la probabilité d'obtenir une réponse. Voilées ou non, les candidates ne reçoivent pas de proposition d’embauche. Les auteurs notent que "le taux de réponse est de 8,5 % tous candidates confondues, celui des réponses non négatives est de 2,4 % et celui des réponses positives est de 0,5 %" – dans cette insignifiance, le voile a un effet de 1 %, avec un seuil de significativité à 5 % !En un mot, le traitement statistique et le vocabulaire hermétique des économistes masquent une absence de résultats probants. Mais il y a davantage encore.L’ignorance des pratiques de recrutementLe déroulé de cette recherche ne manque pas d’étonner. Car cette étude ne traite pas de ce qui est mis en avant auprès du grand public – l’éventuelle discrimination liée au port du
voile – mais uniquement de la préférence pour une tenue conforme à la normalisation professionnelle.En proposant un testing de CV avec ou sans voile, les auteurs peuvent facilement alarmer un lecteur novice. Or, mal conçu, leur dispositif méthodologique ne teste aucune hypothèse concernant le voile : la tenue des candidates aurait pu être toute autre (religieuse ou non), les résultats auraient été identiques ou certainement plus défavorables encore. Pourquoi ? Parce que la comparaison avec une tenue d’apparence professionnelle tourne forcément au désavantage de la tenue incongrue au regard des critères des entreprises. En outre, la méconnaissance du droit par les auteurs leur fait oublier l’essentiel. La jurisprudence confirme les limites de la liberté vestimentaire dans le cadre professionnel. Les justifications sont nombreuses : les entreprises peuvent invoquer la sécurité, l’hygiène, l’image ou la décence pour imposer des tenues adéquates. Ces notions sont suffisamment englobantes pour permettre des rappels disciplinaires, des licenciements motivés ou des refus d'embauche. Par ailleurs, la normalisation managériale est extrêmement puissante, comme le montrent les recherches reconnues sur le sujet ou le fait que des cabinets de relooking proposent justement de revoir l’allure de personnes éloignées du marché de l’emploi pour en faciliter l’embauche. Dans ce contexte, le voile est aussi inadapté que les autres tenues qui ont alimenté la jurisprudence, ni plus, ni moins.Mais les chercheurs ont construit leur enquête pour obtenir la conclusion qu’ils désiraient.Les candidates n’ont pas reçu de réponses car elles ont envoyé des CV au petit bonheur la chance, à une époque où l’on recrute via des réseaux sociaux comme LinkedIn ou HelloWork. Le voile n’y change strictement rien. Et il est assez éloquent de lire, dans une note en fin de document, un timide aveu : "Dans les estimations présentées, toutes les offres testées ont été conservées. Cependant, pour une part importante des offres, aucun des candidats n’a reçu de réponses. Il est possible de considérer que ces tests n’apportent aucune information sur le comportement discriminatoire ou non de l’entreprise et qu’ils ne doivent pas être considérés dans l’estimation."En somme, la recherche est mal construite, les résultats inexistants, mais les auteurs communiquent malgré tout sur les discriminations, avec une apparence de scientificité.Une médiatisation irresponsableAu moment où se tient le procès des instigateurs de l’attentat meurtrier contre Samuel Paty (https://www.lexpress.fr/societe/education/proces-samuel-paty-le-verdict-a-demontre-le-poids-de-la-rumeur-5UBPRD5UGVGCXIQYNQFLHWFZKY/), dans un contexte de conflits internationaux liés en partie à la question islamiste, de menaces d’attentats djihadistes en France et de tensions nationales motivées par un communautarisme agressif de part et d’autre de l’échiquier politique, les chercheurs en sciences humaines et sociales ont une responsabilité particulière. Les auteurs de cette recherche sans aucune validité ont commis une faute. L’accroche retenue par les journaux, les télévisions et les réseaux sociaux est non seulement alarmiste mais, pire, s’avère constituer un boutefeu facilement instrumentalisable.Ce rapport propose des calculs justes sur des choses insignifiantes statistiquement et dangereuses politiquement. Il montre que les PME ne répondent pas aux candidatures spontanées, peu importe le type des candidates, rien d’autre. Peut-être que le voile constitue un facteur de discrimination à l’embauche. Nous n’en savons rien. Mais cette étude ne le montre pas. Et sa médiatisation est proprement irresponsable, signal inquiétant de la volonté chez certains de privilégier l’idéologie à la méthodologie.Les signataires : Joan Le Goff (professeur de sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil), Philippe Jourdan, (professeur de sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil), Jean-Claude Pacitto, maître de conférences