Dextra
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Dextra s’est fixé comme objectif d’être un laboratoire d’idées centré sur la formation politique. Nous organisons chaque vendredi soir des conférences.

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On nous parle du bio, oui, c’est bien mais c’est un label commercial. En France, on a de la chance. Nous sommes le pays de la bouffe et de la douceur de vivre : nos produits sont contrôlés. Un produit local et de saison sera nettement plus sain que des citrons soit disant bio venus d’Espagne ou du QUINOA du Pérou.

Alors, agissez, sauvez un agriculteur français, mangez local et de saison, ce sera déjà très bien, bien pour la planète, pour l’économie locale, pour votre santé et pour votre porte-monnaie aussi. Mais ça implique de devoir se retrousser les manches, de passer plus de temps à faire le tour des petits commerces, d’apprendre à cuisiner, de dire adieux au KFC et aux tomates en hiver.

Chronique entendue, et suivie d’un épisode musical circonstancié, sur Radio Virus : https://youtu.be/87ayUo4GPMM
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Brisons les idoles : Dyonisos

Notre monde actuel porte en elle de nombreuses idoles, qu’inconsciemment ou non, nous nous plaisons parfois à adorer. Hardi, chassons et brisons ces idoles pour retrouver nos libertés !”Tu vas faire quoi ce week-end ?”, “T’as prévu un truc vendredi soir ?” ou bien encore “et toi ? Tu pars où en vacances ?”.Du lundi au vendredi, au détour d’une pause café, du déjeuner ou même d’une rencontre de couloirs se pose cet éternel sujet de discussion : “qu’allons-nous faire de notre temps libre ?”Week-end à Bali pour une cure de vitamine D, soirée série et pizza pour se vider la tête, un bon gueuleton entre copains, il est tout de même rare d’entendre : “je n’en ferai rien”.
La mécanisation constante de notre société permettant d’augmenter la productivité et même aujourd’hui l’automatisation de nombreuses tâches, le temps accordé aux tâches du travail sont de plus en plus réduits. Congés payés, semaine des 35 heures et bientôt peut être revenu universel, notre temps libre prend le pas sur celui du travail.

Chez les grecs, « loisir » se dit scholè, qui a donné le mot « école », ce temps libre était alors consacré au loisir : à la réalisation de son être, par la politique, ou bien encore la culture.
Loin de cette image d’épinal, notre temps libre est aujourd’hui ballotté entre Bali, Netflix et les côtes de bœuf. Dépassant nos simples besoins biologiques, le marché a vite su nous proposer de nouvelles consommations pour occuper ce temps libre. La fatigue physique a été remplacée par celle nerveuse, parfois nommée charge mentale, pour s’en échapper, nous n’hésitons pas à recourir au “divertissement” du latin divertere, détourner, nous nous détournons de notre vie et de nos tracas quotidiens. Ce “divertissement” loin d’être forcément inactif (vie digitale, manifestation festive*) a pour but de “nous vider la tête”, de nous préparer à retourner aux tâches du travail dans de bonnes conditions et ce grâce à une consommation continue de nouveaux divertissements : une série, une balade à roller, le rafraîchissement du fil d’actualité…Ainsi, nous nous affranchissons des tâches du travail, pour nous plonger dans une nouvelle cage, faite-sur-mesure, où pour échapper à notre propre vie, nous sommes amenés à consommer toujours plus.
Cette situation a été longuement décrite par Guy Debord, dont nous vous conseillons la lecture :« Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis. Il n’est rien que l’économie se développant par elle-même. (…) Pour amener les travailleurs au statut de producteurs et consommateurs “libres” du temps-marchandise, la condition préalable a été l’expropriation violente de leur temps. » (Guy Debord, La Société du spectacle, 1967.)Dès l’antiquité, l’apparition de Dyonisos porte les germes de cette fracture anthropologique. Venant de l’étranger, d’où son bonnet phrygien, il est avant de devenir une figure tutélaire du foyer de certaines cités (tels que Thèbes, ou même Athènes), une figure de la nature non-civilisée. L’exemple le plus flagrant est l’omophagie : les hommes suivant les lois de la Cité sacrifient selon des règles précises les animaux domestiques, en réservent une part aux Dieux et mangent la viande cuite. La mystique dionyste au contraire encourage les hommes, à manger crues les chairs d’une victime animale, (mais pas seulement !) chassé sauvagement, déchiqueté par ces hommes, qui tour à tour se confondent avec les dieux ou les animaux.
L’homme a la poursuite de son plaisir immédiat, perd ainsi le sens de la mesure, franchissant les tabous de la Cité, rompant par là même avec cette dernière.

Rappelons la célèbre phrase d’Aristote : “celui qui est sans cité, […], est ou un être dégradé ou au-dessus de l’humanité”.

Alors comme ça, si on boit un coup avec des copains on est un animal ? Si on va au ciné, on est un mangeur de viande crue ?L’amitié est pourtant le lien de toute communauté humaine, bien plus que le fait de vivre en “agelaia”, en troupe, le logos, le partage d’une sensibilité et d’une éthique commune, fait de nous des hommes et non de simples abeilles. On sait aujourd’hui qu’avant la Renaissance, quasiment un jour sur trois était chômé dans l’année, ces jours étaient alors consacrés au repos, aux fêtes religieuses indispensables à l’unité de la Cité, mais aussi à l’inactivité.
Comment comparer le conte du Graal aux Anges de la télé-réalité ? Le carnaval aux parades à roller ? Alors que l’un a pour objet d’élever l’individu en lui remplissant la caboche de tout plein de concepts, l’autre a pour unique fonction de vider la tête.

Alors que l’un permet à toute la Cité de se rencontrer, d’expurger un ressenti social, mais aussi de tirer sur la soupape de décompression, l’autre a pour unique ambition de passer le temps.
Il s’agit de retrouver le sens du mot loisir, nous devenons un peu plus humains en nous remplissant de nouvelles connaissances, de liens d’amitiés renforcés. Nous nous devons de ne surtout pas céder à la facilité de “l’entertainment”, de ce divertissement qui nous vide de nos soucis, mais surtout du sens de notre vie en la rendant inexplicable et sans avenir.

Privilégier un livre aux réseaux sociaux, une réunion entre amis à une soirée branchée, l’inactivité au loisir effréné. Nous ne nous contenterons plus du pain et des jeux.
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L’alternative à ce monde : une nouvelle société

L’Histoire nous a prouvé à de multiples reprises que malgré l’effondrement d’une société, une autre peut naître de ses cendres, l’exemple le plus frappant de l’Histoire de France est sûrement la guerre de Cent ans. La France était alors réduite à une infime partie du territoire. Comme le dit si bien la célèbre chanson, les terres du Roi de France en 1429 se limitaient à Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry et Vendôme.
La France d’aujourd’hui n’est pas si différente, elle est occupée non pas par l’envahisseur anglais mais par l’immigration qui ne cesse de remplacer le peuple français, par le capitalisme qui tue peu à peu les petits commerçants, par l’Etat qui opprime toujours un peu plus chaque jour et à petit feu la liberté de chacun. Aujourd’hui comme en 1429, la France est morte.

Comment s’est-elle relevée ? Certains diront par l’intervention « Deus ex machina » de Jeanne d’Arc, sortie du petit duché de Lorraine pour remettre le Roi à sa juste place. Mais la réalité historique est bien plus simple. Certes la France semblait perdue, pourtant le peu d’hommes encore fidèle à l’idée de la France, bien conscient de la puissance de l’adversaire qui occupait leur pays, ne s’est pas laissé abattre et n’a pas abandonné la lutte. Leur but n’était pas de vaincre les Anglais directement mais plutôt de déstabiliser l’adversaire en menant ce que l’on appellerait aujourd’hui de la guérilla en harcelant l’ennemi plutôt que de mener des attaques frontales qui seraient vouées à l’échec. Par la suite, l’épopée de Jeanne d’Arc n’est que l’incarnation de toutes ces petites attaques contre l’adversaire, la finalité d’années de guérilla contre un ennemi trop puissant pour l’affronter directement.
Quelles leçons en tirer ? Nous sommes dans le même cas de figure; l’adversaire, qu’est l’Etat -aidé par le capitalisme, la mondialisation, etc – est bien trop fort pour des attaques directes, ainsi il faut mener des petites attaques ciblées contre lui. Nous nous devons également de tenter de faire sécession, ne plus reconnaître l’Etat comme seul moyen de survie, tenter de vivre en dehors des lois que le système nous impose, en bref nous devons tenter de refaire la nouvelle Bourges.

Nous ne serons pas sauvés par une intervention divine, à l’exemple de tous ceux dans l’Histoire qui ont préféré l’insurrection à la soumission, nous devons rester fidèles à l’idée de ce qu’à pu être la France. Pour cela, il n’y a pas mille choix possibles, il est essentiel de forger une communauté car là où il y a communauté, il y a société. Peu importe que cette société soit composée de milliers de personnes ou d’une trentaine, la victoire est toujours remportée par ce qui a été une minorité à ses débuts. La politique est devenue aujourd’hui un simple moyen de survie et non pas un moyen pour l’homme de se réaliser en tant qu’homme car il n’y a plus de cité pour cela. A nous de créer cette cité, cette nouvelle Athènes, cette nouvelle Bourges ou cette nouvelle France.« En politique le Salut ne vient pas du Ciel mais il vient de l’Homme » disait Chesterton. Alors n’attendons pas une nouvelle Jeanne d’Arc, mais au contraire armons nos bras pour créer une nouvelle société.
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La mutinerie de la Bounty

Aujourd’hui nous parlerons d’hommes qu’on rêve d’être parfois. Plusieurs fois, le thème des pirates et de la flibusterie ont été sur les lèvres et la bouche de camarades qui désiraient embarquer sur un brigantin, voguer et faire sécession.

C’est pourquoi je vais vous narrer l’histoire des mutins de la Bounty, une frégate anglaise.

Nous sommes en 1787, à Portsmouth en Grande-Bretagne. En ce 23 décembre, la Frégate Bounty appareille pour Tahiti. La Bounty est une frégate qui auparavant s’appelait la Betia (changer le nom d’un navire pour les marins porte malheur). Elle part en mission chercher des arbres à pain, dont le fruit fournit une farine comestible et très nourrissante, qui pourrait à bas coût servir de nourriture pour les colonies et les esclaves.
La frégate équipée part avec un équipage de quarante-quatre hommes ayant une moyenne d’âge de 20 ans. Les deux hommes forts de l’équipage sont le capitaine William Bligh (33 ans) et son second Christian Fletcher (22 ans). Le capitaine est un excellent marin, intelligent mais dur, avec une voix qui monte dans les aigus quand il s’énerve (chacun fera son analogie).Au moment où ils embarquent, les vents sont violents et la Bounty prend du retard. Ils doivent se presser car le passage par le Cap Horn sera pris par les glaces au mois de mai. L’ambiance est tendue, le capitaine est ambitieux et d’emblée assez dur. Le retard causé par les vents amoindrit les ressources. Bligh est un bon navigateur mais il fait claquer le fouet très régulièrement, le fameux chat à neuf queues arrachait la peau des marins à chaque erreur commise. En effet, les jeunes moussaillons parfois enrôlés de force payaient leur indiscipline.

Après plusieurs mois de navigation, la Bounty dans son atmosphère délétère passe par le Cap de Bonne-Espérance afin d’éviter les glaces du bout de l’Amérique du Sud. Mais il n’en reste pas moins que les hommes manquent de nourriture, ont froid et ne sont réchauffés que par le fouet.

Le 26 octobre, ils accostent enfin à Tahiti. L’équipage découvre cette région luxuriante, où les délices du climat et des autochtones les ravissent. Cet aparté heureux va durer plusieurs mois mais sera ponctué de l’éternel ami du capitaine Bligh : le fouet. Certains après désertions seront même pendus.
Le 4 avril 1788, ils doivent quitter cet Eden. Les tensions sont pesantes entre le commandant Bligh et le fameux Fletcher. Les colères de Blaye sont insupportables et Fletcher va guider l’équipage à la mutinerie. Il fait arrêter Bligh, la grande chaloupe est mise à l’eau avec des officiers et certains matelots. Christian fait couper les amarres, abandonnant les 19 hommes au milieu de l’Océan.

Les qualités de marin de Bligh le sauveront puisqu’il voguera sur cette chaloupe durant 41 jours, parcourant 6000 km jusqu’au Timor. Les 19 passagers saufs retourneront en Angleterre. La traque des mutins commence, la frégate Pandora aura la mission de les trouver.

Les 25 mutins à bord de la Bounty connaissent bien des déboires, car beaucoup étaient simplement des suiveurs et un contingent désir retourner à Tahiti. Fletcher, conscient des risques de retourner là-bas, dépose 16 des mutins. A Tahiti ils se battront pour des broutilles et des femmes, et certains mourront. Ceux qui ont survécu seront trouvés par le Pandora en 1791 et seront jugés et pendus pour la majorité.
Quant à Fletcher et les plus orthodoxes, ils partiront avec des polynésiens probablement pris de force, dans le but de vivre libre et de créer une communauté. Pendant 20 années, nul ne les trouvera.

En 1808, un baleinier américain aborde une île inconnue, des pirogues les accueillent et à leur stupeur les piroguiers parlent anglais. Les Américains veulent rencontrer leur chef, un certain Alec.

Ils mettent pied à terre et sont reçus par ce chef mystérieux dont le vrai nom est Alexander Smith, un matelot jadis châtié par le capitaine Bligh. C’est le dernier survivant de la Bounty. Il vit là-bas avec 34 personnes, lui est un vieil homme entouré de tahitiens et d’Anglais. Il faisait partie des 10 à avoir pris le large avec Fletcher.

Il explique que pendant longtemps la communauté a bien vécu sur l’île, jusqu’à ce que les naufragés se soient entretués, les Anglais considérant que toutes les femmes tahitiennes leur appartenaient.